On n'a pu trouver cet écrit. (Nûle de M"** de J.J
)) d'une réponse. Mais bien loin de la craindre nous la )) soubaitons.au contraire de tout notre cœur. Car tout le » monde est dans l'impatience de voir comment et avec » quelles couleurs ils reprocberont aux personnes les plus » considérables du Royaume d'avoir voulu imposer au )) public par des mensonges. »
Mais les Curés en publiant leur buitième et leur neuvième écrit, firent voir qu'ils avaient trouvé ce milieu que les Jésuites croyaient si difficile à trouver. Car ils ne reconnurent point leurs calomnies, et ils ne portèrent point la confusion que méritent les calomniateurs. Mais ils firent connaître à tout le monde qu'ils n'avaient mérité aucun des reproches que les Jésuites leur avaient fait. Ils justifièrent leur fidélité, et surent garder en la justifiant toutes les mesures de respect qu'ils devaient aux personnes dont on avait produit des témoignages contre leur Journal. Ainsi personne ne se trouva offensé de leur réponse. Les puissances que les Jésuites avaient fait entrer inutilement dans cette querelle, ne s'y trouvèrent plus intéressées. Les Jésuites seuls furent confondus. Ils eurent la douleur de voir que tous les efforts qu'ils avaient fait pour décrier les Curés, ne servaient qu'à faire éclater davantage leur sincérité et leur prudence. Ils reconnurent que ce qu'ils avaient cru devoir rétablir leurs affaires achevait de les ruiner. Car les Curés prirent cette occasion pour découvrir de nouveaux relâchements de leur morale, qu'ils avaient trouvé depuis peu dans leur Père Tambourin : ce qui en donna encore plus d'horreur au public déjà indigné contre ces abominations.
Voilà quel fut le succès de la première tentative que firent les Jésuites pour défendre leur Apologie. Mais ils furent encore plus malheureux dans le principal moyen qu'ils choisirent ensuite pour relever ce livre écrasé sous tant de censures. Aussitôt qu'ils eurent vu qu'il était devenu si odieux en France, qu'on ne pouvait l'y souffrir, ils tournèrent toutes leurs espérances du côté de la cour de Rome. Rs savaient, par plusieurs expériences, qu'ils y avaient beaucoup de crédit. Ils y portèrent donc l'affaire
de l'Apologie, et ce qu'ils opposèrent le plus som'ent eu France à toutes les censures des Evêques, c'est que l'Apologie avait été déférée au Saint-Siège. C'est ce qu'ils répétaient sans cesse. Ils se vantaient même que le jugement de Rome était plus à craindre pour les Censeurs que pour leurs Casuistes. Quelle confusion, disaient-ils, sera-ce pour ces Evoques, d'avoir condamné par des censures si rigoureuses un livre qu'ils verront bientôt justifié par l'approbation solennelle du Souverain Pontife. Il faut môme avouer que cette confiance qu'ils témoignaient ne leur fut pas tout à fait inutile. Car on dit qu'ils détournèrent par là quelques Evêques de publier leurs censures. Mais dans le temps qu'ils se glorifiaient davantage en France de la protection du Saint-Siège, on apprit que l'Apologie avait été condamnée à Rome par un décret solennel, dont on reçut peu de temps après des copies authentiques.
Il n'est pas croyable combien ce coup les étourdit, et combien ils murmurèrent en secret contre le Pape. Aussi se voyaient-ils parla hors d'état d'empêcher que désormais leur morale ne fût regardée comme condamnée par toute l'Eglise, puisque l'autorité du Saint-Siège s'était jointe aux jugements des Evoques, et aux censures des Facultés de Théologie.
Mais, dans le public, ils dissimulèrent un peu leurs sentiments. Ils parurent depuis plus modestes.. Ils feignirent de vouloir être plus soumis surtout à l'égard des Evêques, des censures desquels ils venaient de se moquer tout publiquement d'une manière si indigne. Les Jésuites de Bourges se soumirent cà celle que l'Archevêque de cette ville avait faite de l'Apologie et des écrits d'un professeur du collège des Jésuites de Bourges, contre laquelle ils s'étaient élevés peu de temps auparavant avec une hardiesse surprenante. Ce changement n'avait point d'autre cause que l'extrémité où les avait mis le décret de Rome. Il parut néanmoins si important à M. l'Archevêque de Bourges, qui dans toute cette affaire a fait paraître un zèle admirable, qu'il crut le devoir faire connaître à toute l'Égiise. Il inséra dans une lettre pastorale qu'il fit exprès,
Vacte de déclaration que les Jésuites lui avaient présenté, afln que liés par leur propre concession devenue publique, ils n'osassent plus rien entreprendre à l'avenir contre la pureté de la morale chrétienne.
Entreprise des Jésuites au Parlement de Bordeaux contre le livre de Wendrock.
Voilà en abrégé ce qui s'est passé en France au sujet des Provinciales dans l'espace de cinq ans qu'il y a que Montalte les a publiées. Je ne puis me dispenser d'y ajouter le récit d'une nouvelle entreprise que les Jésuites ont faite cette année au Parlement de Bordeaux contre ces notes, dont la première édition, comme je l'ai dit d'abord parut dès l'année 1638. Quand même cette histoire ne ferait pas partie de celle des Provinciales, je ne la puis refuser aux instances de mes amis qui me pressent depuis longtemps delà donner au public. C'est même une reconnaissance que je dois aux Jésuites pour le service qu'ils ont rendu à Wendrock. Car si l'on doit mesurer la grandeur d'un service plus par l'avantage qu'en, retire celui qui le reçoit, que par la disposition de ceux qui le rendent, je ne fais point de difficulté d'avouer qu'il n'y a personne à qui Wendrock ait plus d'obligation qu'cà ces Pères. En effet, qui eût jamais osé espérer, que ce livre dont je reconnais, comme je le dois, le peu de mérite, eût l'honneur de faire pendant une année entière le sujet des entretiens et des conversations d'une aussi grande ville que ceUe de Bordeaux ; d'y être lu devant tout le Parlement ; et d'y trouver, quoique attaqué de toutes parts par des ennemis très vifs et très puissants, des défenseurs encore plus zélés et plus intrépides ; enfin qu'après ce long examen il eut la gloire d'être déclaré innocent par le Parlement et par l'Université. Or nous sommes moins redevables de tous ces avantages au zèle des amis de Montalte et de Wendrock, qu'cà la haine que les Jésuites ont conçue contre
l'un et contre l'autre. Leurs violences et leurs emportements ont été pournous une recommandation plus efficace auprès de ces juges éclairés et équitables, que les sollicitations les plus puissantes.
Il est doncjuste, pour obéir à mes amis, et pour témoigner aux Jésuites la reconnaissance que je leur dois, quand même elle ne leur serait pas agréable, de conserver dans ce livre la mémoire du service qu'ils nous ont rendu. Je représenterai d'al)ord quelle était la disposition de la ville de Bordeaux quand ces disputes commencèrent. Jusque-là il n'y avait point de ville dans le royaume qui fût demeurée plus tranquille. Elle n'avait pris aucune part à ces contestations. On n'y entendait parler ni de Jansénistes ni de Molinistes. On n'y était point divisé en différents partis. Il n'y en avait qu'un seul, qui était celui des Jésuites. Ils étaient seuls les maîtres. Ils dominaient parles directions et les autres moyens que la Société sait si bien employer. Plusieurs les aimaient. Presque tous les redoutaient.
Les lettres mêmes de Montalte et toutes les censures des Evêques contre leurs Casuistes ne leur faisaient pas grand tort dans cette ville. Ils avaient pu prendre des mesures pour en prévenir les suites : ou peut-être que l'on y est naturellement peu curieux de ces sortes de choses. On ne les y connaissait que par les bruits confus qui s'en répandaient des villes voisines. Il était facile aux Jésuites, dont le crédit était établi depuis tant d'années, de se soutenir contre ces sortes de bruits. Ainsi ces condamnations n'avaient fait tout au plus impression que sur quelques personnes, et n'avaient presque rien diminué de l'estime que tout le monde avait pour leur Société. Ils s'imaginaient donc qu'il n'y avait rien qui fût au-dessus de leur crédit. Mais ils ne faisaient pas assez réflexion que souvent il ne faut presque rien pour renverser la plus grande autorité et la plus grande puissance, quand elle n'est pas fondée sur la vérité, mais seulement sur une erreur populaire. C'est ce que les Jésuites ont éprouvé en diverses occasions, et ce qu'ils éprouvèrent dans celle-ci. Car rien ne contribua davantage à ruiner leurs desseins que cette confiance qu'ils
eurent dans leur crédit. Ils négligèrent toutes les mesures de prudence que le bon sens aurait fait prendre aux m oins intelligents. Ils suivirent aveuglément le mouvement de leur passion. L'emportement, la fureur, les violences, les sollicitations importunes furent les seuls moyens qu'ils employèrent. La raison ne régla presque aucune de leurs démarches.
Une conduite si téméraire et si violente avait pour principe, outre cette fierté qui leur est naturelle, la haine implacable qu'ils avaient conçue contre les Lettres de Montalte. Ils avaient, en effet, raison de ne les pas aimer. Ils attribuaient à ce livre cette multitude de censures qui les avaient décriés presque par toute la France. Ils auraient dû néanmoins dissimuler par prudence leur haine et leur ressentiment, s'ils n'avaient pas assez de charité pour l'étouffer. Mais la Société souhaitait avec trop d'impatience de voir ce livre flétri et exterminé pour jamais. Les Jésuites de Bordeaux crurent donc qu'ils devaient le faire condamner par le Parlement de cette ville dont ils espéraient pouvoir tout obtenir. Une entreprise aussi vaine et aussi ridicule marquait bien la faiblesse et la petitesse de ceux qui l'avaient formée. Car pourquoi déférer au Parlement de Bordeaux l'ouvrage de IMontalte qui était depuis quatre ans répandu dans toute la France ? Pourquoi y déférer celui de Wendrock dont il n'y avait peut-être qu'un seul exemplaire à Bordeaux, et encore caché dans quelque coin de bibliothèque, au Ueu qu'il n'y en avait plus de deux mille dispersés dans tout le reste de la France, et particulièrement cà Paris ? Mais rien ne peut arrêter la passion quand elle est déterminée à se venger. Elle ne considère point la qualité des moyens dont elle se sert. Les plus indignes et les plus honteux ne le sont plus pour elle.
Il faut avouer néanmoins que les commencements de cette intrigue furent conduits avec assez d'adresse. Les Jésuites par le crédit qu'ils ont à la Cour de France, firent donner un ordre à M. l'Avocat général au Parlement de Bordeaux, qu'il eût à requérir au Parlement que le livre de Wendrock lût condamné au feu. Il choisit, pour en
faire la réquisition, la veille des vacations. Il parla très fortement contre ce livre. La plupart de Messieurs du Parlement , qui ne savaient ce que c'était queWendrock, crurent que dans une chose dont ils n'avaient aucune connaissance, ils pouvaient s'en rapporter au témoignage de M. l'Avocat général. La Cour fut donc près de lui accorder sa demande. Néanmoins cette réquisition parut trop précipitée et même injuste ta quelques-uns de Messieurs du Parlement. Ils trouvaient qu'il était contre l'équité de condamner au feu un livre qu'on ne connaissait point. Cela partagea les avis. Les uns furent du sentiment qu'on adoucît la peine ; et d'autres qu'on ne fît rien du tout jusqu'à ce que le livre eût été examiné avec toute l'exactitude possible. Cette diversité d'opinions empêcha que le Parlement ne prononçât ce jour-là. Ainsi par un ordre secret de la Providence (car pourquoi n'oserai-je pas lui attribuer un événement si singulier), et par la fermeté de quelques juges, j'échappai à la condamnation et au feu que les Jésuites m'avaient préparé.
L'éloignement où je suis de Bordeaux fit que je n'appris que fort tard ce qu'on y tramait contre moi. J'en reçus enOn la nouvelle. Le procédé des Jésuites me fit plus de pitié qu'il ne me causa d'indignation. J'attendais tranquillement quel en serait le succès. Cependant cette première tentative ne leur ayant pas réussi, l'affaire prit un cours toujours plus contraire à leurs desseins. Messieurs du Parlement examinèrent à loisir leur deuiande.Ils firent réflexion sur l'injustice, qu'il y aurait à condamner sur le seul témoignage des dénonciateurs un livre répandu par toute la France, et lu avec approbation par une infinité de gens. Il y en eut beaucoup qui le lurent : car les libraires en avaient fait venir quelques exemplaires de Paris : et tous changèrent tellement de sentiment et de disposition, que les personnes les plus prudentes commencèrent à douter du succès de la cause des Jésuites. Ils les en avertirent en secret, et les pressèrent d'abandonner une entreprise dont l'événement était incertain^ pendant qu'ils le pouvaient sans se déshonorer.
On prétend que les Jésuites mêmes furent partagés sur le parti qu'ils devaient prendre, et qu'un de ces Pères, nommé le Père Gouvalez, plus modéré et plus prudent en cela que les autres, improuva hautement l'entreprise de ses confrères, et se plaignit avec beaucoup de liberté à plusieurs personnes, qu'il y avait parmi eux des particuliers emportés et téméraires qui commettaient tous les jours l'honneur du corps. Il en accusait principalement ceux de Paris; et il disait qu'ils méritaient bien d'être relevés un peu fortement : que pour lui il n'avait jamais pu approuver la doctrine de V Apologie des Casuistes; que rien n'avait été moins sensé ni plus imprudent que le dessein de donner ce livre au public ; que cela avait fait un tort infini à la Société, et causé la mort à l'auteur qu'il avouait être un Jésuite, et qu'il assurait en être mort de chagrin.
Les plaintes de ce bon Père étaient comme autant de prédictions de ce qui devait arriver. Mais le reste des Jésuites ne pensait qu'à poursuivre l'entreprise. Plus ils trouvaient d'obstacles qu'ils n'avaient point prévus, plus ils semblaient s'irriter. Ils criaient partout que c'était fait de la Religion, si on renvoyait absous un livre qui était plein d'hérésies. Il n'y eut point de moyens qu'ils ne missent en usage pour en presser la condamnation auprès de Messieurs du Parlement : inqDortunités, recommandations de leurs dévotes, déclamations tumultueuses, calomnies atroces, rien ne fut oubhé.
Mais plus ils faisaient paraître de chaleur contre ce livre, plus ils rendaient leur cause mauvaise. Messieurs du Parlement ne pouvaient s'empêcher de condamner un tel emportement dans des Religieux . R y en eut même qui leur firent entendre qu'ils feraient un grand plaisir au Parlement, et qu'ils rendraient un bon office à leur Société, s'ils abandonnaient leurs poursuites contre Wendrock. Mais rien ne fut plus désagréable à ces Pères, que la résolution 011 ils trouvèrent tous Messieurs du Parlement de ne point condamner ce livre, qu'après qu'ils l'auraient examiné avec tout le soin possible.
Cependant, le bruit que causait celte affaire ayant excité la curiosité de toute la ville, on commença à rechercher avec empressement, et Wendrock, et les censures des Evoques. Le nombre de ceux qui condamnaient ouvertement la morale des Jésuites augmentait de jour en jour. Les Jésuites prétendaient que c'était autant de Jansénistes, et d'Hérétiques. Mais par là ils ne faisaient que confirmer ce que Montai te etWendrock avaient remarqué: que le nom de Janséniste dans la bouche des Jésuites ne signifie pas autre chose qu'un homme qui condamne leur morale.
Enfin voyant que Messieurs du Parlement étaient déterminés à ne rien faire avec précipitation dans cette affaire, où ils considéraient qu'il ne s'agissait pas seulement delà réputation d'un particulier, mais de celle d'un grand nombre d'Eveques, dont Montalte, en attaquant la Morale des Jésuites, n'avait fait que prévenir les Censures : ils publièrent, et répandirent par toute la ville un libelle diffamatoire, où ils accusaient nommément Wendrock d'hérésie, de scandale, de calomnie, et de sédition.
J'ai honte de rapporter ici les moyens sur lesquels ils fondaient ces vaines accusations. Toute la ville de Bordeaux s'en moqua, et les rejeta avec mépris.
I. Ils n'apportaient point d'autre preuve de l'accusalion d'hérésie, sinon l*" que Montalte se raihait dans la seconde Lettre de la grâce suffisante : ce qui est une calomnie manifeste que j'ai détruite dans les notes qui sont àla fin de cette Lettre. 2° qu'il expliquait et défendait dans la troisième Lettre la proposition de M. Arnauld, comme si le sens dans lequel il l'explique et la défend, qui est que la grâce efficace nest pas toujours donnée aux justes, avait jamais été condamné par qui que ce soit, ou qu'il ne fût pas constant, de l'aveu de tout le monde, que les paroles de cette proposition sont tirées des Pères ; ou enfin que le jugement tumultueux d'une partie de la Sorbonne fût une règle de notre foi aussi certaine que la décision d'un Concile œcuménique, et qu'il donnât droit d'accuser un sentiment ou une personne d'hérésie. 3'' en-
■ fin, qu'il révoquait en doute le fait de Janséniiis dans la dix-septième ou dix-huitième Lettre, et Paul Irénée dans ses Disquisitions où cette matière est traitée plus au long. Ils prétendaient par une erreur grossière, et qui détruit les fondements de ]a foi, que cette question de fait était devenue une môme chose avecla question de droit. Comme si deux choses distinctes par leur nature, telles que sont un point de foi révélé par l'esprit de Dieu, et un fait non révélé, pouvaient jamais être mêlées et confondues ensemble.
II. Les preuves de l'accusation de calomnie n'étaient pas moins frivoles. Ils se plaignaient premièrement, par un zèle affecté pour les Dominicains, de ce que Montalte en avait parlé d'une manière injurieuse dans sa seconde Lettre. La note de Wendrock sur cet endroit réfute cette plainte simulée. Mais les Dominicains de Bordeaux la réfutèrent encore plus fortement. Ils déclarèrent hautement, qu'ils n'avaient aucun sujet de se plaindre de Montalte, qu'on ne pouvait sans injustice entendre de tout l'Ordre ce qu'il disait de quelques particuliers ; et enfin que mal à propos les Jésuites s'ingéraient de prendre leur fait et cause sans leur consentement, et contre leur volonté.
Les Jésuites se plaignaient ensuite, et en cela ils étaient plus sincères, que ce livre était rempli de médisances et dû calomnies contre eux. Mais on sait ce que cela signifie : ce n'est pas qu'ils y eussent rien trouvé de faux ; mais c'est qu'ils appellent calomnie et médisance tout ce qui peut diminuer leur réputation devant les hommes. Or Montalte ne désavouera jamais qu'il est un calomniateur dans ce sens. Il se fait honneur de ce crime, bien loin de s'en vouloir justifier, puisqu'il lui est commun avec les plus grands Evoques de France, et les plus savants Curés de ce royaume, Comme ils ont condamné avec plus d'autorité, ils ont aussi condamné avec plus de sévérité que lui les opinions pernicieuses et corrompues de la morale des Jésuites. On peut voir les censures des Evêques, et les écrits des Curés. Mais pour ne point répéter ce que j'en ai dit plus haut, je rapporterai seulement ici le jugement qu'un des plus saints
Evoques de France, lequel mourut durant ces disputes, porta des Jésuites, dans une circonstance et dans un temps où le témoignage des hommes est moins suspect de haine, ou de mensonge, c'est-à-dire peu de temps' avant sa mort ^ ,
Lorsque du fond des cœurs la vérité renaît, Que riiomme démasqué se fait voir tel qu'il est.
Ce prélat est Messire Alain de Solminihac, Evoque de Cahors, que plusieurs en France, et peut-être même les Jésuites regardent comme un saint. Il avait toujours vécu dans une grande liaison d'amitié avec M. l'abLé Ferrier, vicaire général de M. l'Evêque d'Alhi. Se voyant près de sa fin, il voulut le faire dépositaire de ses dernières volontés. Entre plusieurs ordres qu'il lui donna étant au lit de la mort, il lui dit : (( qu'il le chargeait de dire de sa (( part à M. d'Aleth, à M. dePamiers,et à M. de Comenges » qu'il avait fait ce qu'il avait pu pour ramener les Jé- )) suites de leurs erreurs ; mais qu'il avait reconnu que » c'était des gens sans remède : qu'il les tenait pour les » plus grands ennemis de l'Eglise : et qu'il priait ces )) Messieurs de n'avoir jamais aucune liaison avec eux, )) croyant que tous les Evêques qui vont solidement k Dieu, » et qui cherchent le salut et l'avantage de leurs diocèses, » ne leur devraient donner aucun emploi, ni même entrer )) jamais chez eux, parce que cela les autorisait. » Voilà quels furent les derniers sentiments de ce grand Evêque. M. l'ahbé Ferrier s'acquitta de sa commission ; et comme il a dit depuis la même chose à quelques personnes très distinguées dont on l'a appris, j'ai cru devoir l'insérer ici.
III. L'accusation de scandale était principalement appuyée sur cette raison, que Montalte avait ramassé dans ses Lettres un grand nombre d'opinions pernicieuses de divers auteurs, et que, les ayant attribuées à toute la Société, il semblait leur avoir donné par là de l'autorité.