‹ Première, quatrième et treizième lettres provincialesChapitre 4 sur 40 · Perrone, Prxlect. TheoL, De Grat., I, IV, n · texte numérisé non relu

Perrone, Prxlect. TheoL, De Grat., I, IV, n

i. Ibid. Dû Grat. I, iv, n. 275.

3. Les futurs conditionnels de la tliéolujjMc uc so cuiifuiidcnl pas abso-

lument avec les futurs continr/cnts des Epicuriens. Cf. à ce propos Leibnilz. Tkéodicée (édition Erdmnnn, p. 554, 2« colonne). ÈiCxcéron, De Fato, iO, 37.

cherche dans les trésors innombrables de ses grâces celles qu'il prévoit, par la Science Moyenne, devoir incliner leur volonté, ou les faire persévérer dans la vertu. N'a-t-il pas pour eux cette 'prédilection spéciale et positive? Il se contente de leur envoyer des grâces ordinaires, sans songer à établir entre le secours concédé, et les circonstances où ils se trouvent, cette harmonie nécessaire à l'accomplissement du précepte. Les premières grâces sont efficaces, les secondes seulement suffisantes * . » La distinction des élus et des réprouvés n'est plus ainsi qu'une question de plus grande ou de moindre prédilection, et les Molinistes se flattent d'échapper à ce que semble avoir de révoltant pour la raison le dogme du petit nombre des élus pris dans toute sa rigueur.

Cette doctrine est subtile; mais, en somme, on la comprend. J'avoue qu'il est plus malaisé d'entendre celle des Thomistes. Gomment font-ils pour sauvegarder la liberté même dans le cas de la grâce efficace, qui, selon eux, est efficace essentiellement, et par nature? Ils se tirent d'embarras au moyen d'une distinction singulière, celle du sens composé, et du sens divisé. Dans le sens composé, il est impossible que la grâce efficace ne soit pas suivie d'eff"et : tout comme il est contradictoire de dire qu'un homme assis n'est pas assis; mais dans le sens divisé, il n'en va pas de même. Celui qui est eifectivement assis, aurait pu ne pas s'asseoir. En d'autres termes on peut regarder d'une seule vue, pour ainsi dire, [sensus compositus) l'action d'être assis ; et alors, celui qui est assis, est nécessairement assis ; mais on peut aussi y distinguer deux moments {sensus divisus) : le moment présent où celui qui est assis, l'est nécessairement; et le moment antérieur, où il aurait pu ne pas s'asseoir. De même pour toutes les actions où nous amène la grâce efficace. C'est du moins ainsi que j'entends cette distinction bien subtile, et que le P. Perrone indique sans la commentera

Futur condilionel des Molinistes, sens composé et sens divisé des Thomistes : voilà, il faut le reconnaître, d'étranges explications et qui laissent encore subsister dans l'esprit plus d'un doute sur la nature mystérieuse de ce compromis qui doit intervenir entre la grâce et la liberté.

L'Eglise n'a pas essayé de suivre les Molinistes non plus que

i. L'abbô Maynard, Provinciales, I 2. Prxlect. ThcuL, De Grat., I, iv, tome 1, introduction générale, p. 20. | n. 268.

les Thomistes dans leurs explications. Elle s'est bornée à établir un double principe : savoir, que tel ou tel est élu; tel ou tel autre réprouvé; et d'autre part, que le libre arbitre coopère avec la grâce. — Mais le premier des deux principes révolte le sens. L'Eglise répond : c'est un mystère. Nul n'a mieux expliqué que Pascal lui-même l'obscurité et la nécessité de ce mystère. « Si Dieu avait voulu damner tous les hommes, il aurait exercé sa justice; mais sans mystère. S'il avait voulu effectivement sauver tous les hommes, il aurait exercé sa miséricorde, mais sans mystère ; et en ce qu'il a voulu sauver les uns et non pas les autres, il a exercé sa miséricorde et sa justice ; et en cela, il n'y a point encore de mystère. Mais en ce que, tous étant également coupables, il a voulu sauver ceux-ci et non pas ceux-là, c'est en cela proprement qu'est la grandeur du mystère^. »

On objecte que la coopération du libre arbitre et de la grâce est inintelligible. — Yoici la réponse deBossuetqui est celle de l'Eglise même. S'il n'est pas possible de comprendre, il n'en faut pas moins « tenir toujours fortement comme les deux bouts de la chaîne, quoiqu'on ne voie pas toujours le milieu par où l'enchaînement se continue^. »

C'est la même pensée qui anime leP. Perrone, organe de l'orthodoxie contemporaine. Il commence ainsi l'exposé des systèmes sur la grâce : « Nous abordons une controverse difficile, qui divise les hérétiques d'avec les catholiques, et aussi les écoles catholiques entre elles. Il s'agit de l'effet infailhble delà grâce, et du jeu du libre arbitre sous l'influence de cette même grâce. Les hérétiques loin de montrer comment se forme le hen, et d'accorder les deux principes entre eux, rompent ce lien. Pourtant, il est de foi que l'effet nécessaire de la grâce et le libre assentiment à la grâce subsistent ensemble ^ . »

En un mot, l'action de la grâce sur le libre arbitre, et la réaction du libre arbitre sur la grâce, constituent un point de théologie non défini. Le dogme seul est de rigueur -. l'interprétation en demeure hbre. L'Eglise se réserve le droit de condamner les hérésies : mais elle autorise deux opinions qui représentent : l'une, le maximum des concessions que la grâce peut faire à la liberté : c'est le Molinisme; l'autre, le maximum des concessions que la liberté doit faire à la grâce : c'est le Thomisme.

1. Pascal, Lettre sur les cornman- \ "à. Prxleet. 27(c'o;..De Grat., ParsT, déments de Dieu. I cap. iv, n. 2<6.

i. Traité du Libre-Arbitre, cap. iv. j

Il est possible de faire entrer ces diflerentes doctrines dans un tableau synopiique, qui permet de voir du premier coup d'œil le rapport qu'elles ont entre elles. J'emprunte ce tableau au Cours d'Histoire ecclésiastique de M. l'abbé Blanc. (Paris, Gaume, 1841, 3 vol. in-8°.) M. l'abbé Blanc prétend démontrer que l'Eglise, sur la question de la grâce comme sur les autres, obéit à ce qu'il appelle la Loi du Milieu. Sans le suivre dans toutes les considérations scientifiques , morales , historiques , par lesquelles il s'efforce d'établir que cette loi est la loi universelle de tout ce qui vit, on peut s'aider de son tableau pour bien comprendre la question de la grâce.

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Il semble que nous soyons assez loin de la première P. ciale et de la Censure d'Arnauld. Mais il n'en est rien. Ei consiste précisément l'hérésie des Jansénistes, étant dont termes de l'Ecole ? Elle consiste à diminuer autant que pc la part de la fjrâce suffisante. Au contraire, les Jésuites défendent la grâce suffisante et sont Molinistes. Disons mieux : ils doivent l'être. Cette tentative de conciliation à toute outrance, car au fond le Molinisme n'est que cela, a quelque chose qui flatte et qui séduit le génie souple et accommodant de leur ordre. Les Jansénistes s'en défient. Ils aiment mieux ne pas y croire. « La grâce suffisante, dit le P. Perrone, n'est dans leurs livres qu'un voile dont ils se couvrent.» Laissons de côté la question de savoir si, en cela, le Jansénisme est sincère ou non : ou plutôt admettons qu'il l'est. Entre lui et la grâce suffisante qui ne suffit -pas, comme le dit Pascal , point d'accord possible. Pourquoi ? parce que la grâce suffisante est inutile au point de vue oi^i se place le Jansénisme. La grâce efficace suffit. Mais, dira-t-on, elle est donnée à bien peu d'hommes ; et que deviennent alors les déshérités? C'est précisément là que le Jansénisme triomphe. Ne repose-t-il pas , en définitive, sur le dogme du petit nombre des élus? Plus la grâce sera rare, plus le Christianisme sera vrai. Pour être sauvé, il faut obtenir la grâce; pour l'obtenir, ilfautla demander à Dieu ; mais pour la demander, il faut déjà l'avoir. C'est la thèse même d'Arnauld et le sens de la phrase fameuse sur saint Pierre, qui fut l'occasion de la censure et des Provinciales^. — Mais cela est incompréhensible. Cela révolte le sens. Cela est absurde. A quoi Pascal répond : il faut que la Religion soit absurde: et, si elle n'était pas absurde, elle ne serait pas vraie. Son absurdité la prouve. Car n'est-elle pas la Religion des élus ? Si elle l'est , les élus seuls doivent l'entendre. Supposez que tous l'entendent indifféremment : les Livres saints, les Prophéties et l'Évangile môme auront menti. On saisit là le Jansénisme, ramassé et comme replié sur lui-même. Point de grâce, hors la grâce efficace. Point d'élus, sans cette grâce. Tout le mystère est là, et ce mystère est ce qu'il y a dans le Christianisme de plus clair. Je me trompe : c'est ce qui, pour Pascal, fait la clarté du Christianisme.

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