LA FRANCE A LA VEILLB DE LA 6UERBE
revenu, constituant, grâce à l'inquisition fiscale, un excellent procédé de tyrannie contre leurs adversaires.
Le désordre, d'ailleurs, s'étendait à toutes les branches d'administration. Que dira l'histoire de ces ministres de la guerre démagogues, demandant eux-mêmes, nous l'avons vu, la réduction des budgets militaires pour se rendre populaires? Que dira-t-elle des politiciens gaspillant les ressources nécessaires à l'armement du pays dans les plus folles aventures : rachat de chemins de fer dont le coût dépassa un milliard, lois prétendues sociales plus onéreuses encore, fonds électoraux empruntés, par de savants virements, au budget de la guerre qui, accru parfois sur le papier se trouvait, en réalité, chaque jour plus appauvri.
J'avais longuement montré, voici plusieurs années. dans ma. Psychologie politique, où notre régime actuel conduirait la France, et prouvé que la guerre grondait déjà. Ce ne sont malheureusement pas les écrits des philosophes, je le disais plus haut, mais uniquement les expériences qui instruisent les hommes. ,
Je n'ai jamais été grand admirateur des démocraties. L'histoire enseigne que leur triomphe dans une nation précède généralement son déclin. Il faut bien reconnaître, cependant, que si nous n'avons pas sombré dans le gouffre où nous poussaient les sophismes des rhéteurs et les manœuvres électorales, c'est uniquement grâce à l'héroïsme clairvoyant de toute une nation. Ce ne fut pas alors l'élite qui sauva le peuple, mais le peuple qui sauva l'élite.
P^ns une sorte de vision instantanée, le pays entier
I ^ ^AfiMléRES CONSÉQUENCES BE LA GUERRE
découvrît l'abîme aux bords duquel l'avaient conduit des politiciens d'aventure, dominés par la peur, la h^ine et l'envie. Tout un passé d'erreurs, de mensonges, de fallacieuses promesses s'évanouit en un jour.
Qui oserait actuellement parler encore du retour à la loi de deux ans, des persécutions religieuses, de la défense laïque, de la lutte des classes, de socialisation des richesses, de pacifisme, de grève en cas de guerre, du programme de Pau, etc.? Que tout cela paraît aujourd'hui lointain, morne, désuet et surtout honteux.
Il n'existe pas, peut-être, dans Thistoire, d'exemple d'aveuglement aussi complet que celui de notre Parlement avant la guerre. La cécité mentale de nos législateurs était absolue. Elle serait même incompréhensible, si on ne savait à quel point le fanatisme obscurcit l'esprit. Le sectarisme étroit et haineux des socialistes qui, malgré leur nombre restreint, dominaient toute la politique, constituait une atmosphère spéciale empêchant de rien juger sainement ni de rien comprendre.
Devant une politique conduisant la France à la déchéance, et encouragée, semblait-il, par le peuple puisqu'il choisissait lui-même ses députés, on conçoit le pessimisme qui envahissait les penseurs. Bien difficile était l'optimisme en face d'un tel tableau. On m'a parfois reproché la note assombrie de certains de mes livres. Les événements, en vérifiant plusieurs de mes prédictions, ont trop montré que je n'avais rien exagéré.