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LA FRANCE A LA VEILLE DE LA GUERRE

§ 5. — Le personnel parlementaire.

Le personnel gouvernemental se composait de députés dont le niveau moral baissait à chaque législature. Ils n'étaient guère nommés sans l'appui du gouvernement, qui les recrutait do,ns le monde des petits politiciens de province, à l'élocution facile, no reculant devant aucune surenchère et jugés, pour cette raison, par leurs électeurs, capables de rendre des services.

A beaucoup d'eux aurait pu s'ap.pliquer ce mot de Proudhon : « Les hommes qui ignorent le plus complètement l'état d'un pays, sont presque toujours ceux qui le représentent ». Ce qu'ils représentaient, c'était surtout les intérêts matériels de nombreux partis qui toujours ont divisé la France.

Dans la Gaule, disait déjà César, on ne voit que factions, non seulement dans les cités et provinces, mais dans les moindres communes.

Nos députés inspiraient d'ailleurs une bien médiocre estime, même à ceux qui les utilisaient^ Dans un discours prononcé à Commercy, en 1896, et cité par M. G. Lachapelle, M. Poincaré disait ;

La députation est devenue un emploi, un métier, une fonction, au lieu de rester un contrat de bonne foi entre les électeurs et les élus ; et nous nous acheminons peut-être rapidement vers l'heure où elle ne sera plus, sauf de rares exceptions, que le luxe de la richesse ou le gagne-pain du politicien d'aventure. On ne saurait trop dénoncer un tel péril. Le jour où naîtrait une sorte de classe politique et parlementaire sans attaches avec les parties les plus vivantes de la démocratie, sans racines dans les profondeurs du sol national, qui sait entre quelles mains inhabiles et inexpérimentées, qui sait peut-être entre quelles mains criminelles tomberaient les destinées de la France?

Dans la dernière Chambre élue, le parti socialiste avait obtenu 1.400.000 suffrages contre 1.100.000 aux élections précédentes.

La plupart des députés ne professant aucune opinion arrêtée, votaient pour le parti supposé le plus fort. M. Clemenceau a donné sur ce fait les détails suivants : -

La moyenne des désintéressements publics aime à se placer sous la protection de la force, et rien n'est plus commode pour savoir l'opinion que l'on a que de connaître celle qui doit triompher. C'est pourquoi, pendant de longues années, j'ai vu de très près — ayant été, jadis, secrétaire de la Chambre — de braves députés s'entasser autour des corbeilles du scrutin, en toute innocence — bulletin blanc dans une main, bulletin bleu dans l'autre — pour montrer la patte blanche de la chèvre ou la patte noire du loup, selon que la raison du plus fort — toujours la meilleure — allait être attribuée à l'une ou l'autre partie.

§ 6. — L'opinion de l'étranger sur l'état de la France \ an moment de la guerre.

Il ^eiaii attristant de reproduire l'opinion des étrangers sur la France avant la guerre, si nous n'avions pas la satisfaction de prouver, dans un autre chapitre, par des citations fort éloquentes, à quel point cette opinion s'est modifiée depuis que la guerre a révélé les qualités solides masquées par notre désordre et nos dissensions.

En ce qui concerne l'opinion étrangère avant l'ouverture des hostilités, je me bornerai à un petit nombre de citations recueillies dans des journaux amis, et ne pouvant, par conséquent, être accusés de dénigrement systématique.

Voici d'abord un extrait du Journal de Genève du 2 décembre 1914 :

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