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LE GOUVERNEMENT DE LA FBANCE

bientôt assez gênants pour nécessiter une modification du gouvernement.

Après avoir entravé toute la vie sociale par les décrets moratoires, l'autorité s'était attaquée, sous forme de réquisitions, à une foule d'industries, celle des hôtels, par exemple, dont vivaient un nombre immense de citoyens. L'hôtelier ayant des protecteurs suffisants était sûr de se voir épargné. S'il en manquait, son hôtel se trouvait réquisitionné à vil prix et lui-même ruiné au profit des concurrents voisins, véritables auteurs, le plus souvent, de la réquisition. Je pourrais citer une plage maritime fort coU' nue, non loin de Bordeaux, où un obscur agent, improvisé chef de service, après avoir réquisitionné pour lui et sa famille le pavillon d'un hôtel, puis l'automobile de cet hôtel pour ses promenades, prétendait fermer les hôtels rivaux sous prétexte d'y mettre des blessés, alors que les hôpitaux militaires de la région étaient presque vides. Je séjournais alors dans cette localité et pus téléphoner au ministère, à Paris, pour tâcher d'interrompre les fantaisies du satrape improvisé. Mais à pareille distance les ordres du ministre étaient peu écoutés ; il dut les renouveler trois fois et destituer le chef de service qui avait couvert l'agent coupable. Ce dernier, protégé par des francs-maçons influents, continua à exploiter le pays, jusqu'au jour où des réclamations unanimes obligèrent le gouvernement à l'expulser, mais il fallut qu'un général vînt lui-même procéder à cette opération.

Des faits analogues furent observés partout. Les désordres et scandales devinrent universels. Le rapporteur de la Commission des Comptes, M. le député

Brousse, en a signalé quelques-uns. Le plus grand nombre resta ignoré du public, quoique ayant probablement coûté bien des millions.

Je suis allé ces jours derniers dans un département envahi. Les autorités civiles avaient organisé d'une façon parfaite les compagnies agricoles. L'administration militaire a voulu mettre la main sur elles et elle a d'abord, natui:ellement, nommé un inspecteur général. Mais, quand on nomme un inspecteur général, il est toujours suivi d'un inspecteur adjoint. Celui-ci a été suivi à son tour de sous-officiers, de soldats et de l'automobile indispensable. Depuis, les a'Jaires ne vont plus; les compagnies agricoles qui marchaient jusque-là à la perfection sont à vau-l'eau.

Si nous passons au ministère de la Marine, nous voyons que les mesures maladroitement prises ont occasionné une hausse considérable du fret. Plus de la moitié de noire flotte a été rendue indisponible; et cela coûte au budget français 800 millions, près de 1 milliard. A-t-on frappé les fonctionnaires responsables de cet état de choses ? La France paiera annuellement près de 30 millions de rente du fait de cette incurie !

Si nous faisions le tour des ministères, nous verrions que dans tous se commettent des abus semblables; il y en a partout.

L'auteur cite beaucoup de faits du même ordre. Des avions coûtant 12.000 francs et comptés 30.000 francs à l'État pour enrichir des intermédiaires; des pièces détachées valant 9 fr. 50 et facturées 93 francs ; des ouvriers embusqués payés 30 et 35 francs par jour sous prétexte de fabriquer des obus, etc.

Ce gaspillage était, d'ailleurs, la simple continuation, un peu exagérée, de traditions administratives déjà anciennes. Le même député montrait, à propos de l'assistance aux vieillards, qui est surtout une assistance aux électeurs, comment une enquête faite sur près de 5.000 dossiers révéla que les deux tiers des inscriptions étaient à supprimer, « mais quand on poursuit devant la justice les auteurs de ces escroqueries, la cour d'assises les acquitte ».

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