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LE GOUVERNEMENT DE LA FRANCE

Se jugeant toute-puissante, la Convention, elle aussij avait réquisitionné et taxé les comestibles, poursuivi les accapareurs, établi des greniers d'abondance, etc. Le seul but atteint fut,. comme le reconnaissait un conventionnel :

de rendre le peuple plus furieux, les marchés plus dégarnis, les blés encore plus chers. Il n'est pas au pouvoir d'aucune autorité humaine, même conventionnelle, de fixer par une parole la valeur des choses.

La Convention, persuadée, comme nos législateurs modernes, que l'élévation des prix tenait à l'accaparement, décréta la peine de mort corilre les accapareurs. Les marchandises disparurent alors tout à fait. Jamais on ne vit mieux l'impuissance des législateurs quand ils veulent lutter contre des loisnaîurelies.

Les valeurs, disait le conventionnel Latouche, ont leur base dans une multitude infinie de rapports variables que h ;oi ne peut ni saisir ni dominer.

La Convention finit par reconnaître son erreur. Le 14 brumaire an III elle prescrivait au Comité de salut public et des finances de rédiger un rapport sur les inconvénients du maximum « Le rapporteur Gérard montra que ces lois « savaient tué l'agriculture, étouffé le commerce, anéanti toute espèce d'industrie et ruirîé les communautés. Il concluait en disant : « Si vous laissez subsister la loi du maximum une partie des terres restera bientôt sans culture. » En nivôse an III l'Assemblée décréta la suppression complète des lois du maximum. Et s'adressant au peuple elle ajoutait :

Une disette absolue eût été la suite nécessaire de cette loi, si la Convention, en la rapportant, n'eût brisé les chaînes de Fin-

dustrie. C'est à l'industrie dégagée d'entraves, c'est au commerce à multiplier nos richesses. Les approvisionnements de la République sont confiés à la concurrence et à la liberté, seules bases du commerce et de l'agriculture.

Un autre conventionnel observait justement à ce

propos :

Il est un principe que nous avons appris malheureusement à connaître à nos dépens : c'est que, si le gouvernement se mêle de commerce, il l'anéantit.

Bien que ce dernier principe eût été solidement sanctionné par Fexpérience, nos gouvernants actuels ne le comprirent pas et ils s'obsiinèrent à formuler des lois pour fixer le prix des denrées. En temps ordinaire, ce prix est déterminé par la grande loi de l'offre et de la demande, qui assigne aux choses leur vraie valeur. Elle fut naturellement paralysée par le système des réquisitions permettant à l'État de s'emparer des objets qui lui semblaient utiles pour la défense nationale en les payant au cours du jt)ur.

Mais comme des intermédiaires connaissant ses besoins avaient fait monter les cours en ramassant toutes les marchandises, le mécanisme de l'offre et de la demande se trouva entièrement faussé.

Les faits révélés à la Chambre montrèrent que la plupart des matières achetées par l'Etat avaient été payées des prix extravagants. On croyait volontiers que l'État rançonnait alors qu'en réalité c'est lui qui était rançonné et le public aussi par voie de conséquences.

Malgré toutes les démonstrations présentes et passées le gouvernement ne cessa d'intervenir dans le prix des denrées et finit par faire voter de nouvelles lois du maximum.

Le résultat de ces mesures fut l'obligation pour

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l'État de s'improviser marchand. On eût compris qu'à un moment donné il achetât tout le blé disponible pour le revendre avec perte, afin d'empêcher la hausse sur une denrée de première nécessité. Mais étendre un pareil procédé à d'autres substances condamnait l'État à devenir le seul commerçant. C'est ce que marquait ;fort bien un grand journal à propos des très impinidentes taxations votées par les Chambres.

L'un des résultats les plus à craindre des taxations et des réquisitions, c'est l'arrêt du commerce libre, mis dans l'impossfbilité de continuer à approvisionner le pays à l'aide d'achats à l'étranger.

Les cours, sur les marchés extérieurs, sont tels que souvent 'es prix assignés pour les nouvelles réquisitions auraient chance de leur être inférieurs; donc, les importations libres cesseraient. Alors, comme l'approvisionnement du pays devrait quand môme continuer, l'Etat se serait condamné à l'effectuer lui-même. Ainsi, il devrait se faire importateur de tdutes les denrées et substances, et, par suite, s'être mis en mesure de les payer. A l'aide de quelles ressources ?

La rareté du sucre a été un nouvel exemple de /influence des taxations et interventions de l'État. « Le sucre est rare, écrivait le Temps, parce que l'administration, évinçant le commerce, n'a pas fait les importations nécessaires en temps utile. Il fallait laisser s'exercer le commerce librement. La crise actuelle eût été évitée si, par ses menaces de réquisition à 75 francs, en novembre dernier, quand le granulé américain vakiit de 80 à 85 francs, le gouvernement n'avait pas mis le commerce dans l'impossibilité d'importer. »

Malgré toutes ses prétentions à Inorganisation savante, le gouvernement allemand a échoué lui aussi dans ses luttes autocratiques contre les lois naturelles. Il arriva, comme cela était inévitable, à augmenter

encore la raréfaction des marchandises produite par un demi-blocus et de nombreuses émeutes en résultèrent.

Voici comment s'exprime à ce propos le journal allemand Lokal Anzeiger en mai 1916 :

Quelles absurdités avons-nous été forcés de subir! La population croyait que le gouvernement, grâce à ses grands services de statistique, grâce à son organisation administrative, grâce à la science de ses hauts fonctionnaires, était exactement renseigné sur les approvisionnements du pays. Mais le gouvernement a-t-il été renseigné le moins du monde et a-t-il manifesté de la prévoyance, lorsque, peu après le début de la guerre, il a ordonné le grand massacre obligatoire des porcs ? On voulait économiser ainsi des pommes de terre; mais erg pommes de terre, au printemps de 1915, ont pourri en grande qumtité dans les celliers, et le manque de viande dont on souiïru aujourd'hui est en grande partie la conséquence de cette mesure hâtive.

Le gouvernement a encouragé la consommation exagérée du sucre : avec son approbation, on a nourri de sucre des chevaux, des vaches et des porcs. Aujourd'hui, nos femmes restent debout pendant des heures en longues files devant les boutiques des marchands et attendent qu'on leur en remette un quart de livre. Voilà ce qu'on a réussi à faire en Allemagne, le pays qui autrefois approvisionnait en sucre la moitié du monde !

L'hiver dernier, le gouvernement a tranquillement regardé faire, pendant qu'on massacrait les bêtes à cornes et qu'on emmagasinait leur viande sous forme de boîtes de conserves. Actuellement, il est presque impossible de trouver sur le marché de Berlin un morceau de viande de bœuf...

Les protestations des journaux allemands furent unanimes. Ils ont trouvé entre la réglementation actuelle et celle du Comité de Salut Public en 93, « une ressemblance effrayante. »

Les attroupements devant les magasins, les prix maxima et leurs conséquences aussi néfastes qu'inévitables, enfin et surtout la haine déchaînée des consommateurs contre les producteurs, les accusations d'accaparement, les menaces et leurs suites possibles, rien ne manque au tableau. Les journaux conservateurs et agrariens publient un appel à la concorde : habitants des Tilles, les agriculteurs sont vos frères. Les mesures du gouver-

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