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ÉVOLUTION DU GOUVEBNBMENT DE LA FRANCS

Dans la phase nouvelle où entrait le gouvernement, les commissions parlementaires jouèrent un rôle important. Leur influence s'était déjà exercée, mais elle restait minime tant que leurs réclamations ne pouvaient être portées devant les Chambres, c'està-dire devant l'opinion.

Il faut bien rendre au Parlement cette justice que pendant la guerre — sauf de rares exceptions — sa tenue fut parfaite et son action fort utile. Cette excellente attitude a beaucoup frappé les étrangers.

Quand on se rappelle ce qu'est la Chambre actuelle, écrivait le Journal de Genève du 27 mars 1915, cela tient du miracle.

Elle est née des intrigues exaspérées des partis, à l'heure d'une des pires divisions intestines que la troisième République ait connues. Elle est faite avant tout de spécialistes pour les luttes électorales, de politiciens, d'hommes de parti professionnels. Chacun a son étiquette de groupe. Beaucoup ne valent,

une année anglo-française importante à Salonique et réussit à surmonter les hésitations de la Roumanie, Son rôle visible dans celte nouvelle phase de la guerre fut aussi considérable que l'avait été son influence invisible au début. Plusieurs journaux ont rappelé discrètement ce rôle à propos de l'anniversaire de la bataille de la Marne, mais on n'a pas encore publié les délails dfe la mémoràblCL séance du conseil des ministres tenue au début de septembre 1914 et dont on peut dire que s'y décida le sort de la France.

J'ai rappelé dans mon précédent volume que le généralissime considérant 1« défense de Paris impossible et rejetant l'idée du maréchal French d'organiser une ligne de défense sur la Marne, avait par son ordre du jour n» 4 prescrit à son armée de se replier & 100 kilomètres environ au sud de la capitale, sur une ligne dont j'ai indiqué les principaux points.

Il en résultait l'abandon de la capitale et comme conséquence son incendie quartier par quartier afin d'obliger le gouvernement à une paix immédiate. La bataille de la Marne nous sauva, mais il est clair que pour la gagner il fallait d'abord consentir à la livrer.

Or bien peu s'en fallut qu'elle ne le fût pas. Devant la décision du généralissime de se replier au sud de Paris, le ministre de la Guerre de celte époque déclarait à ses collègues réunis en conseil qu'il refusait formellement d'intervenir dans les opérations militaires. A la suite d'une discussion où il fut appuyé par MM. Ribot, Thomson, Guesde, Sembat, Vivian!, et le président de la République, M. Briand finit par obtenir que l'ordre fût donné au généralissime d'arrêter sa retraite et de livrer bataille aux Allemands parvenus déjà aux portes de Paris. Cette décision qui sauva la France pourra, comme je l'ai fait remarquer, être invoquée pour montrer à quels hasards tiennent quelquefois les prétendues fatalités historiques.

n'ont été élus qu'à raison de cette étiquette. La Chambre de 1914 s'annonçait comme une pétaudière délirante d'animosités de partis et de rancunes personnelles. Les premiers mois de son existence avaient été détestables. Sa complexion même fut sans doute pour beaucoup dans le choix que fit l'Allemagne de l'heure où elle a déchaîné la. guerre. Cette assemblée qui, malgré le péril impossible à ne pas voir, pour peu qu'on ouvrît les yeux, ne parlait que de revenir sur la loi de trois ans, avant même qu'elle eût~ été complètement appliquée, paraissait à la chancellerie impériale merveilleusement apte à servir involontairement ses projets.

Et voici que la nécessité historique et le sentiment national, réveillé par le péril, lui imposent une unanimité, une cohésion dont aucune de ses devancières n'a donné le spectacle, doublement impressionnant parce qu'il s'agit d'elle. L'impératif catégorique de la France a passé. Les groupes sentent qu'à reprendre leurs sempiternelles disputes ils risqueraient gros. Le peuple ne le pardonnerait pas et même, tout permet de le croire, il saurait agir, car l'événement a montré à quel point ses prétendus représentants lui sont inférieurs.

Le Parlement ne s'est pas borné à un rôle effacé. Par ses grandes commissions il a exercé, je le répète, une action fort utile et mitigé l'autocratie gouvernementale. Ce sont elles, par exemple, qui arrivèrent à vaincre la routine des directeurs de l'Artillerie, s'obstinant à refuser la création de canons lourds et l'accroissement de la fabrication des obus, par suite de leur persuasion que la guerre ne pouvait durer*.

1. Le rôle des Commissions de l'armée, favorisé par la campagne du sénateur Hmnberl dans le Journal, a été tout à fait capital pour l'accroissement de notr* matériel de guerre. Voici ce que m'écrivait à ce propos le président de la Commission de l'armée de cette époque, M. le sénateur Boudenoot.

« Son rôle s'est surtout exercé pour amener en mai 1915, après une résistance qui se manifestait de plus en plus grande depuis janvier 1915, le Gouvememen et plus spécialement le ministre de la Guerre à modifier les errements, les méthodes cl les conceptions des directeurs de l'Artillerie. Ce sont les rapporta multiples, les objurgations réitérées de la Commission sénatoriale de l'armée (comme aussi de la Conimisssion de la Chambre), qui ont vaincu l'inertie et la résistance des bureaux et ont fait qu'à l'heure actuelle et depuis quelques moia déjà, progressivement de juin 1915 à la date où noua sommes, on a accru la production et la fabrication dans des proportions énormes et noiu balaill^os loueurs pour qu'on les accroisse encore. »

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