‹ Premières consequences de la guerreChapitre 38 sur 100 · L*ÉVOLUTION DES IDÉES RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

L*ÉVOLUTION DES IDÉES RELIGIEUSES

nous et non derrière nous. L'homme n'est plus une créature déchue, mais un être qui évolue progressivement édifiant lui-même sa destinée.

La science dit peu de choses de nos origines et d notre avenir, mais elle enseigne au moins que k formes supérieures sont préparées par des forme moins parfaites.

Et c'est jus,tement pourquoi le passé ne peut être qu'un amoncellement de débris. Quand une époque a rempli sa tâche elle doit disparaître pour laisser place à une autre plus parfaite issue de nos efforts. Les grands progrès de l'humanité ont toujours été préparés par une lente élaboration antérieure.

Telle fut la loi de la nature depuis la naissance des monstres géologiques auxquels succédèrent des formes de plus en plus élevées.

Création du passé, l'homme est aussi un créateur d'avenir. C'est à cet avenir qui «era vivant un jour et non à un passé mort qu'il doit songer.

Si les lois de ce passé restent celles de l'avenir, les générations qui nous succéderont se détacheront de plus en plus de l'ancestrale barbarie et posséderont une plus claire compréhension de l'univers.

L'humanité nouvelle que nous portons déjà en nous résultera de l'intensité et de la continuité de nos efforts. Ces efforts, comme nos erreurs, ne sont éphémères qu'en apparence et déroulent souvent leurs répercussions sur une durée de plusieurs siècles. L'homme ne crée pas seulement sa destinée pendant sa courte vie. Il prépare aussi sa future grandeur.

C'est sur de tels principes que s'édifiera peut-être un jour une philosophie nouvelle. A des hypothèses

devenues infécondes parce qu'elles ont épuisé leurs forces, suc.céderont des doctrines préoccupées surtout de l'avenir.

Contre une semblable conception, on aurait pu objecter, il y a peu de temps encore, que beaucoup d'hommes se soucient médiocrement de l'avenir.

Mais la guerre montre, au contraire, que des millions d'êtres savent se sacrifier pour l'avenir de leur race, c'est-à-dire pour des générations qu'ils ne verront pas naître.

Depuis que l'homme réfléchit, ses points de vue fondamentaux ont plusieurs fois varié. Pour s'adapter aux nécessités qu'implique la marche du monde, il devra les modifier encore. La tâche sera évidemment pénible, car il faudra d'abord renoncer à d'antiques conceptions, et surtout à l'éternité de notre personnalité.

Cette illusoire éternité ne serait pas très enviable. Mieux vaut le rôle de créateurs de personnalités nouvelles, qui seront une image perfectionnée de nousmêmes.

Et c'est ainsi que revêtus de formes transitoires pendant notre brève existence, nous prolongeons notre vie par des êtres futurs, dont nos efforts auront préparé l'existence.

Pour que cette philosophie de l'avenir puisse se instituer, il faudra d'abord nous dégager un peu de la vie individuelle, et accentuer le sentiment de notre participation à l'existence séculaire de la race, dont nous sommes de passagères incarnations. L'éphémère cachant la durée, nous oublions facilement que la perpétuité refusée à l'individu est accordée à la race dont il fait partie.

l'évolution DBS IDÉES RELIGIEUSES 133

Chaque être momentanément surgi sur la ligne du temps dérive d'un long passé et contient un immense avenir. Synthèse du passé, il renferme en puissance une suite infinie de générations attendant le moment d'échapper à leur provisoire néant. Nos formes transitoires recèlent un contenu éternel.

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