‹ Premières consequences de la guerreChapitre 66 sur 100 · LUS CONCEPTIONS DU DROIT ET DE LA FORCE · texte numérisé non relu

LUS CONCEPTIONS DU DROIT ET DE LA FORCE

rationnel guide la science, mais les forces d'origines affectives, mystiques ou collectives mènent les hommes.

Tout en constatant que le droit est générateur de force, il ne faut pas oublier, comme l'avaient fait les pacifistes, que le droit sans force est une chimère. Des barbares ayant seulement la force pour eux ont détruit la civilisation romaine. Bien des peuples possédant le bon droit disparurent de l'histoire parce que ce bon droit n'était pas étayé sur une force suffisante. Les Polonais en firent jadis l'expérience.

La force matérielle grandit quand elle est unie au droit, mais le droit sans force est, je le répète, un vain mot. Les débuts de la guerre européenne l'ont suffisamment démontré.

Le droit a ses époques, disait Pascal. L'histoire n'est souvent, en effet, qu'un conflit entre les idées que chaque peuple se fait de son droit.

Donc quand nous affirmons combattre pour le droit et la justice, nous voulons simplement dire que nous luttons pour conserver notre idéal de droit et de justice, de respect des traités, de loyauté internationale, de liberté, fixé dans nos âmes par des siècles de civilisation. Nous luttons pour qu'une nation, que rendait chaque jour plus arrogante sa puissance militaire, renonce à sa vaniteuse prétention de soumollre le monde à son insupportable loi. En agissant ainsi, nous ne faisons qu'opposer au droit qu'elle a conçu notre propre conception du droit, telle que l'ont forgée nos aïeux.

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§ 4. — Les conceptions germaniques du droit.

J'ai suffisamment exposé, dans mon dernier ouvrage^, les principes du droit formulés par les écrivains allemands les plus illustres pour juger {itile d'y revenir longuement. Leur théorie est simplement la loi du plus fort, qui régit le règne animal. Ce droit primitif, antérieur à l'apparition de l'homme, constitue ce que j'appellerai le droit biologique.

Les conceptions germaniques du droit sont parfaitement résumées dans l'assertion d'un certain professeur Rein, reproduite par tous les journaux : que les Germains, race supérieure, se doivent entre eux loyauté et humanité, « mais n'en doivent pas aux races inférieures, notamment aux races romanes, qu'il est urgent d'expulser de l'Europe ».

Les auteurs allemands ont répété cent fois que les êtres inégaux en force ne sauraient devenir égaux en droits. Le droit des gens constitue pour eux ur.c fiction. Les peuples faibles doivent obéir aux peuples forts et le seul peuple actuellement fort serait le peuple allemand.

J'ai rappelé avec quel cynisme les plus illustres historiens germaniques n'avaient cessé de prêcher la conquête des pays voisins simplement pour s'emparer de leurs territoires et de leurs richesses. Bernhardi, dont mon dernier livre reproduit plusieurs passages, conseillait à l'Allemagne de s'emparer, par force, de plusieurs États indépendants. Il expliquait que les peuples doivent s'agrandir aux dépens de leurs voisins quand ils y trouvent intérêt et qu'une

1. Enseignements psychologiques de la gy^rre, pages 35, 50, \ïl, etc.

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