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LE MANIEMENT DES FORCES QUI LES MÈNENT

§ 1. — Difficultés de connaître l'âme des peuples.

Parmi les nombreux enseignements de la guerre, il faudra noter ce fait essentiel que les divers peuples de l'univers se connaissaient très peu et portaient par conséquent les uns sur les autres des jugements fort erronés.

La connaissance du caractère des peuples reposait sur deux sources que l'on croyait très sûres mais dont l'insuffisance est visible maintenant.

La première était constituée par les fréquentations personnelles, la seconde, par la lecture des œuvres publiées chez le peuple dont la mentalité était recherchée.

Or la fréquentation des hommes dans les circonstances ordinaires ne révèle que des fragments superficiels de leur âme, et les^œuvres des écrivains ne parlent guère que de personnages exceptionnels ou imaginaires.

Il faut bien admettre que la connaissance d'un peuple est fort difficile puisque les plus illustres

observateurs, M""' de Staël autrefois, Taine et Renan de nos jours, ont très mal connu l'âme allemande. Les erreurs commises par les diplomates ont prouvé que ces derniers ne la connaissaient pas davantage.

Pour connaître l'âme d'un peuple, il ne faut pas Tobserver dans sa vie journalière mais dans les grandes circonstances de son histoire. Il faut chercher son âme dans ses actes et non dans ses discours.

Les livres représentent des manifestations de l'âme consciente et mobile. Les actes révèlent l'âme inconsciente profonde créée par les aïeux.

En s' attachant surtout à ces derniers éléments d'information, on reconnaît bientôt que, malgré de superficielles apparences, Fâme profonde d'un peuple change très peu dans le cours des siècles. Les caporaux prussiens aussi bien que les historiens et les philosophes n'ont fait qu'orienter des aspirations et des instincts existant bien avant eux. L'Allemand âe la guerre de Trente Ans s'est montré aussi féroce que ses descendants actuels. Le mépris des traités était aussi complet à l'époque de Frédéric II qu'aujourd'hui.

Si les opinions que les diplomates se font de l'âme des peuples sont souvent très erronées, celles que les peuples se font les uns des autres sont plus erronées encore. C'est même sur cette ignorance réciproque que se fondent parfois leurs amitiés.

Il n'est pas indispensable, en effet, que les peuples se connaissent pour sympathiser. C'est plutôt le contraire qui paraît nécessaire. La sympathie avouée de beaucoup d'Espagnols pour les Allemands pendant la guerre résulte en partie de leur ignorance complète de TAllemagne, avec laquelle ils étaient sans relation.

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