‹ Premières consequences de la guerreChapitre 72 sur 100 · IHPUISSANCE DU DROIT INTERNATIONAL · texte numérisé non relu

IHPUISSANCE DU DROIT INTERNATIONAL

Pour l'immense majorité des auteurs allemands, les droits et les conventions correspondent à un état social déterminé et disparaissent quand change cet état. En temps de guerre, il faut faire le plus de mal possible à l'ennemi par tous les moyens dont on dispose. On sait à quel point ce précepte fut observé par les hordes germaniques.

Beaucoup d'écrivains allemands reconnurent qu'au cours des hostilités aucune règle de droit n'avait été respectée. Voici comment s'exprimait l'un d'eux :

La foi dans la parole donnée et dans les traités écrits est fortement ébranlée, car elle fut violée de tous les côtés. « Surtout il ne faut plus faire de traités », est une parole que l'on entend souvent répéter... La guerre a rompu tous les traités entre les belligérants. Ceux qui ont été conclus avec les neutres peuvent même difficilement subsister, du moment qu'on invoque contre ces neutres les nécessités de la guerre; l'arbitraire des belligérants ne rencontrera plus d'obstacles, à moins que ces neutres ne soient assez résolus et puissants pour s'opposer à la violation des traités, violation que les nécessités de la guerre ont imposée. (Berliner Tageblatt, 1er janvier 1916.)

A propos d'une mesure prise par le gouverneur de la Pologne conquise et décrétant que les habitants, hommes ou femmes, seraient astreints à un travail forcé au profit de l'empire allemand, la Gazette de Jt/sif/ faisait remarquer : « Que' la situation créée par la guerre est telle que tous les principes et règles anciens ont perdu leur valeur et ne sont pris en considération par aucun pays belligérant ». On connaît le rapt des femmes et jeunes filles du nord de la France, et la réponse cynique du gouvernement allemand à ce sujet, expliquant que les hommes étant à la guerre, il fallait bien les remplacer.

Toutes les conventions de La Haye, sans aucune exception, furent violées par les armées germaniques,

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notamment celle interdipant le bombardement des monuments historiques, le pillage des villes, les massacres des non-combattants, etc.

Une telle conduite implique naturellement des représailles et on peut être certain que dès le début des guerres futures les conventions internationales et les vieilles lois de l'honneur ne seront respectées par aucun peuple. Celui qui les respecteraU, en effet, se placerait dans un état évident d'infériorité vis-à-vis de ceux qui ne les observent pas.

La faillite totale des conventions de La Haye a frappé plusieurs écrivains des pays neutres. Un des auteurs de VAnnuaire poîitiquey le professeur fiurckhardt, constate que la guerre actuelle a mis en pièces tout l'ancien droit international. Les violations du droit des gens, dont les populations civiles se trouvèrent victimes, furent journalières.

Sous tous ces rapports, dit l'auteur, le droit de« gens s'est montré complètement impuissant. On peut même dire qu'il est arrivé précisément le contraire de ce que voulaient atteindre ceux qui ont établi des règles internationales. Jamais encore on n'a fait une guerre qui frappe aussi douloureusement que la guerre actuelle toute la population civile non seulement des Etats belligérants, mais aussi des Jitats neutres.

Sans doute l'opinion populaire croit encore au droit international, puisqu'elle a protesté contre ses violations, mais une telle croyance aura bientôt disparu.

Ce mépris total de conventions acceptées engendrera évidemment plus d'une conséquence. La première sera une perversion morale que ne pouvaient produire les anciennes guerres, auxquelles participait une très faible partie des populations.

Le retour actuel à la barbarie ancestrale a créé

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