LES ILLUSIONS SUR LA PSYCHOLOGIE DES PEUPLES
raissantque dans les grands bouleversements, restent, • ■n temps ordinaire, méconnues.
Une autre cause est venue encore accroître l'incompréhension de certains diplomates, ceux de l'Allf- Miagne principalement. Toutes leurs notions univer- <itaires aboutissaient à la conception d'un homme métaphysique moyen créé par la raison et sans parenté avec l'homme de la réalité. C'est ce type imaginaire (ju'ils firent raisonner d'après leurs règles théoriques.
Règles d'ailleurs fort simples, puisqu'elles se ramenaient au maniement d'un tout petit nombre de facteurs constamment appliqués pendant la durée de la guerre : la terreur, la menace et l'intérêt.
Ces moyens d'impressionner ne sont pas assurément sans valeur. Ils furent excellents avec dos peuples comme les Turcs dont les dirigeants ne respectent que la force et l'argent, mais détestables avec des nations de mentalité dilférente, les Anglais notamment.
La psychologie des diplomates allemands se montra presque toujours erronée, précisément parce qu'ils ne tenaient aucun compte de l'àme ancestrale des diverses catégories d'hommes auxquels ils s'adres- >aienl, ni de la diiïérence des mobiles caj)ablcs d'agir -iir l'individu isolé et sur les colleclivilés. De là des opérations comme le torpillage du /.usilnnia, l'exécution de miss Cawell, etc., tjui, loin de produire l'elTcl d'intimidation attendu, n'eurent d'autres résultats que de provoquer l'indignation générale, et d'accroître dans de notables proportions le chiiïre des engagés \olontaires anglais. Sans le coulage du /.usitaniu et les raids de zeppelins. l'Angleterre ne fut proba-
4i PREMIÈRES CON'SÉQLENCES DE LA GUERRE
blement pas arrivée à voter le service militaire obligatoire et à décupler la production de ses munitions.
§ 3. — Le maniement des forces psychologiques à la guerre.
Si la connaissance du maniement des forces psychologiques est fondamentale pour la conduite des peuples, elle ne l'est pas moins dans la direction des armées. On peut difficilement être un grand capitaine sans être aussi un habile psychologue.
Tous les chefs illustres se sont préoccupés d'être maîtres de la vo.^uLi' de leurs soldats. Suivant les hommes et les époques, ils ont dû utiliser des éléments psychologiques assez diiférents.
De toute évidence, en effet, des Croisés entraînés vers la Palestine par leur foi, des reîtres de la Renaissance entrant au service du parti qui payait le mieux, des Balkaniques s'entre-déchirant avec fureur dès que l'occasion s'en présente, sont poussés par des impulsions d'origines très dissemblables. Le Croisé obéissait à des forces mystiques. La cupidité <les reîtres appartenait à la catégorie des forces biologiques et aiïeclives, de même que les haines héréditaires des Balkaniques.
Les deux éléments psychologiques employés par ta plupart des anciens chefs d'armée pour obtenir l'obéissance de leurs hommes furent l'intérêt et la peur. L'intérêt, en promettant de fructueux pillages, la peur, en menaçant de châtiments redoutables. J'ai rappelé, dans mon dernier ouvrage, la citation de Frédéric H disant que les soldats allemands n'étant impressionnés que par la crainte du bâton,