LE GOUVERNEMENT DE LA FRANCE AU DÉBUT DE LA GUERRE
§ 1. — Leçons de psychologie politique fournies par l'histoire du gouvernement delà France pendant la guerre.
, Lorsque, dans une cinquantaine d'années, de paltients érudits réussiront, en dépouillant des montagnes de documents, à écrire l'histoire du gouAcrnement de la France pendant la guerre, ils y trouveront les éléments du plus instructif traité de psychologie politique qui ait jamais été formulé.
Aujourd'hui personne ne pourrait écrire un tel livre, pas plus les gouvernants que les gouvernés. L'histoire d'un gouvernement ne se compose pas simplement, en effet, de l'énumération des mesures édictées par lui, mais aussi de la façon dont elles ont été appliquées puis de leurs répercussions innombrables et souvent invisibles.
L'enrèevêtrement de ces divers éléments forme un réseau compliqué qu'il faut en lite démêler pour comprendre la période politique dont on veut retracer le cours.
Mais si la vraie physionomie du gouvernement français pendant la guerre ne saurait être dégagée actuelle-
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rnciit, il est du moins possible d'étudier qucNiuesuns des enseignements psychologiques fournis par >(.'s actes.
Les critiques ne manqueront sûrement pas do -exercer sur cette époque. Beaucoup seront fondées, mais si, suivant la méthode pragmatique, on juge les choses d'après leurs résultats, l'historien de l'avenir dira sans doute que la France eut pondant la guerre le meilleur gouvernement qu'elle pouvait avoir en pareilles circonstances. Elle vit à sa tète do très braves gens n'ayant d'autre ambition que cello de sauver leur pays. Ils se sont trompés queltiuelois, ont été mal secondés souvent; mais où sont les hommes pouvant prétendre qu'ils auraient mieux agi?
.len'aipas d'ailleurs à insister sur ce jioint. Le rôle d'un jthilosophe n'est nullement de crili(|uer ou de louer, mais de constater, et dégager d'utiles lei^'ons des faits observés. Jamais pareille mine d'étndes psychologiijues n'aura été olVcrle aux méditations des penseurs.
Kn aucun temps, par exemple, la valeur des diverses formes de gouvernement : [)ersonnol, parlementaire, etc., ne pourra mieux être appréciée. Jamais napparaitront aussi clairement les avantages ou les inconvénients de l'autocratie militaire et civile, les conditions ijui donnent naissance à de tels modes de gouvcrneniont ou tléterminent leur évolution.
(»n |iourra étudier surtout le mécanisme de la formation il'un pouvoir dictatorial et de sa disjtarition. l'est dans les autocraties que les démocraties cherliient souvent un remède à leurs maux, comme elles tirent jadis en choisissant Najioléon III pour
maître. Mais la guerre a montré, une fois de plus encore, que l'autocratisme est une fiction. L'autocrate théorique se trouve obligé, en eilet, de déléguer ses pouvoirs à des milliers de sous-ordres qui, se sentant irresponsables, deviennent vite d'intolérables despotes. L'autocrate lui-même perd bientôt son action sur eux et en est réduit, pour limiter leurs méfaits, à convoquer des assemblées, ce qui, vlu même coup, transforme son pouvoir personnel en pouvoir collectif. Ce phénomène a été observé penilanl la guerre, non seulement en France, mais encore en Russie.
§ 2. — Désagrégation de la vie nationale
au début de la guerre
et formation spontanée d un gouvernement autocratique.
La première conséquence de la déclaration de guerre, au commencement d'août 1914, fut une désagrégation instantanée de l'existence nationale. En quelques jours, et même en quelques heures, la vie sociale se trouva interrompue. Circulation, industrie, commerce, tout fut arrêté, les banques et les usines fermées. L'un après l'autre les éléments de la vie nationale disparaissaient, comme les lumières d'une grande avenue successivement éteintes.
Le seul service qui continua à fonctionner fut celui des chemins de fer. Il fonctionna même très bien, puisque du l" au 20 août dix mille trains transporlèrcut près de deux millions d'hommes à la frontière.
Les Chambres ayant été ajournées, le pouvoir fut exercé par un conseil de ministres (jui se montrèrent