‹ Premières conséquences de la Guerre, transformation mentale des peuplesChapitre 49 sur 78 · I.'évOI I I ION URNTAI.B I>F. I ' \ M.l F I KRRF. 'Jl.S · texte numérisé non relu

I.'évOI I I ION URNTAI.B I>F. I ' \ M.l F I KRRF. 'Jl.S

Arriver à les pt-rMiader iiuii seulenienl de la H(^ces-

siiô tiii servie»' obligatoire mais oneore d'une foule

do coiilraiiiles ahoiUissaiil à l'élalisfiie <jiie le pays

tvail en horreur, exigea des gouveruanls une inlas-

iMe patienee. Leur argument foridainenlal, le seul

•icace, fui de prouver ([ue rexislenee de l'Aiiglelerre trouvait s(^rieusement nienac(!*e. Les Alletnands se < nargèrenl d'appuyer la démonstration en envoyant plusieurs zeppelins bombarder l'intérieur de la(irande- Itrelagne. Le peuple entier comprit alors quelle n'élail pas une ile inaccessible.

Les ministres n'en eurent pas moins une diflicullé très grande à «onvaincre les Anglais qu'ils devaient "Mioncer à toute indépendance. Leur méthode de

isuasion, fort bien ada[)téc à la structure de l'àme anglaise, consista d'abord à laisser croire à leurs .luditeurs qu'ils agissaient toujours d'a()rès leur ()roi)re \'ilonté et sans contrainte. On en peut juger par 1 extrait suivant d'un discours adressé à Liver()Ool |Kir Lloyd (îeorge aux patrons ol ouvriers métallur-

-les. à propos de j.i question des munitions :

Jf vous d»>niantl<', ili>uit-il, de furiiuT vous-iin'tiios volrc raiiilé lie iliriMlioii, li'oiunniser onlre vous les ressources indus- Iles de ceUe région, pour en obtenir la plus grande pro- ' lion possible. Aux hommes d'nfTaires de ceUe communié, je dis: ■ Considérez ceUe alluire comme la vôtre. Cf si pas un gouvernement qui entre en négociations avec vous. is fiU's lo gouvernement. Vous avez un inlérCl dans cette reprise. Et je parle de mf-me aux ouvriers. Il sairil aussi de !■ iir affaire... r

l)ans ces courtes liu'iies éclate toute la dillVrence parant la menlalilé aniîlaise de la mentalité allemande.

Ea Allemagne, If gouvernement commande et le

peintle obéit. En Angleterre, pour amener le peuple à obéir, il faut d'abord conquérir sa volonté. Ce n'est en réalité qu'à sa propre volonté qu'il se soumet déliîiérément.

Obtenir le concours des ouvriers pour la fabrication des munitions, arrêter les grèves qui naissaient de divers côiés, accroître les engagements volontaires, préparer l'opinion à accepter la nécessité linale du service militaire obligatoire, exigea des gouvernants un prodigieux labeur et des interventions personnelles répétées.

Connaissant le rôle de l'image sur l'âme anglaise, ils couvrirent le pays d'affiches illustrées représentant des engagés volontaires avec des inscriptions dans le genre de celle-ci : « Il a fait son devoir, ferezvous le vôtre?» Parolesfort impressionnantes pour un peuple chez lequel le mot devoir a un sens absolument impératif.

Les gouvernants s'adressaient aux femmes et leur disaient :

Vous êtes-vous demandé ce que feraient les Allemands s'ils envahissaient votre pays ? Comprenez l'action de ce seul mot : « Parlez! » prononcé par vous pour décider les hommes à se battre pour leur roi et pour l'Angleterre.

En octobre 1915, lord Derby écrivait individuellement à chaque Anglais susceptible de s'engager une lettre ainsi conçue :

Permettez-moi, monsieur, de vous prier de vous poser cette question : « Ai-je fait tout ce que je pouvais pour la sécurité de mon pays? »

Au lent et persévérant travail de persuasion prirent part les ministres, les journaux, les femmes, les chefs du parti ouvrier, dans la mesure de leurs

l'ÉVOLLTION UENTALB OB L'A.NCLETEnRB 21îi

iiiov'Mis. Và lors(|iift le i>ul)Iic curn(iiil *\u(' les on^agoiiifiiilt» voloiilaires ne suflisait'iil p.'ts, il (iiiil par a<liii>-ii fc robli;,Mlion du service obligalcjire. iMus «l'un .111 lui nécessaire, cependant, pour rpie le l*arleniciil r.-icct'plâl. On n'aurait [»u !e faire vuler plus >itt' s.ms (irovt)'|uer une révolution.

Ce n'étaient niillcinent les dangers do la vie milil.iirc ({iii causaient celle opposiliun. fiiiisipie *leu\ iiiilli"n> (l'Anu'Iais s'enrôlèrent volonlairt'iiH'nl, résultat i|ir.'iiiruii aiili'f [lays du monde, n'anrail ohlenu- Seulr ri<lée di,* contrainte semblait i.iloléralile au peu|ili- l>ril.'innit|ue.

I*..iir rmatre rAngJcterre en étal de faire la guerre, il ne siillisait [)as d'avoir des hommes, il fallait les inslniire. les armer, créer des Usines, uliliser « elles existinies et pour cela changer toutes les haljiiudos d'ind(^pendance des industriels. Un département des muinlions fut institué. Une loi, dite des niuniiions, permil an gouvernement de contrôler les patrons et les ouvriers, de fixer les besognes, d'inlervenir dans le tau.x des salaires, eu un mot de snbonlonner de plus en plus le citoyen à l'inlérét public. Ce fut l'eflondrenient du vieil individualisme et de toutes les traditions anglaises.

De telles transformations ne s'accomplirent pas toujours sans résistance. La grève des cliarb'Uiniers •lu p.tys de Galles faillit paralyser la llotie anglaisa. Les etrifiloyés des chemins de fer inenacèrtMit «l'une grève générale. Le minislère se di\i>a conire Inimème. Jamais gouvernement ne connut difiicullés seml>lablc8.

M.iis la nécessité, celle ultime souveraine des choses, liiiii par :>urniunter tous le:i obatuclus. L'àme

216 PREMIÈRES CONSÉQUENCES DE LA Gl'ERRB

anglaise céda, lentement, sans doute, mais elle céda et réussit à s'adapter aux formes d'une existence si imprévue pour elle.

C'était l'abandon final de libertés conquises par des siècles d'efforts, une transformation complète de régime, la volonté de l'Etat substituée, comme en Allemagne, à l'initiative des citoyens qui, suffisante en temps de paix, ne l'est plus en temps de guerre. La Grande-Bretagne passa dans l'espace d'un an de l'individualisme à l'étatisme.

Nul né peut encore prévoir les conséquences lointaines d'une pareille évolution. Heureusement pour l'Angleterre, les qualités qui ont fait sa force : ténacité invincible, goût de l'effort, domination de soi-même, respect de la parole donnée, sentiment du devoir, ne périssent pas avec des changements momentanés d'existence.

§ 5. — Larmée anglaise.

Nous venons de voir que l'Angleterre était arrivée en quinze mois à créer une armée de trois millions d'hommes munis de tout le matériel de guerre moderne. Pour y parvenir, il lui fallut improviser non seulement l'armement, la formation des soldats et des officiers, mais encore la direction des opérations militaires. Cette dernière fut constituée par des gouvernants peu préparés à pareille tâche. Il en résulta de lourdes et coûteuses erreurs. Dans les Dardanelles et dans les Balkans, ces erreurs furent surtout des erreurs psychologiques. L'histoire comprendra difficiement par exemple qu'il ait pu se rencontrer des diplomatesd'àme assez simplepourselaisserbernerpendanl

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