‹ Premières conséquences de la Guerre, transformation mentale des peuplesChapitre 50 sur 78 · I.'kVOI I Tln\ MF.NTAI.B I)F I.'aNM.KTKK RE · texte numérisé non relu

I.'kVOI I Tln\ MF.NTAI.B I)F I.'aNM.KTKK RE

(Ifs mois par la lorlueuse «liiilomtitic il'iin roilolel Inilgari', ne prenant inèin»» [las la pciiif iJ<- caiMicr >ou jeu.

La conduili- ^o l'AngloU'rrt! à It-iranl ilf^ Turcs ne se montra pas moins médiocre. Uion n «lait plus facile. Je l'ai .ii'-jà montré- ailleurs, que «l'entrer à Conslanlinople à la suite du (îipfn-u et du Ureshiu. Li- niinislore anglais hésita, parleniciila, et «juaini linaleinent il conqirit à quel point les Turcs l'avaienl jout-, il dtjcuhi la pitoyable expédition des Dardanelles, (lent mille Anglais y périrent de la plus inutile façon. Dans la vie indiviiluelle, les conséquences des erreurs peuvent être minimes. Dans l'existence des peuples, elles sont souvent désastreuses.

Mais toutes ces observations ap|iarlicnnent a un passé irréparable. Le présent seul doit être considéré «t il est «levenu satisfaisant.

N'oublions jias, pour le juger, (pi'au moment de la guerre, l'Angleterre n'avait pu envoyer en France qu'une armée de moins de cent mille hommes. Ce contingent modeste, (|He l'empereur (iuillaume appelait M la méprisable petite armée du général Krenrh », est devenu une arnu-e de [dus d'un million d'hommes, l'n autre million de soldats a été réparti sur divers points de rEm|)ire brilarmique et un ilernier million reste en Angleterre.

Sf.. Sourf-e^ du la îcrco de 1 Angleterre.

La grande force de l'Angleterre, pendant la guerre actuelle, fut de détenir la liberté des mers, .\insi l'Ul-clle continuer son conunerce d'exportation. L'ini- , rtancc capitale de ce point a été fort bien inar-

quée par le chancelier de l'Echiquier dans une interview, dont voici un extrait :

Je ne dois pas oublier la nécessité vitale pour l'Angleterre de ffliaintenir son commerce; les exportations et les importations «nous sont essentielles en paix comme en guerre. Nos alliés et •MOUS, dépendons de notre puissance d'exportation. Et nous entre- Fprenons volontiers n'importe quelle tâche militaire ou navale que les nécessités de la guerre exigent. Nous ne devons jamais ■oublier que notre devoir primordial est de maintenir nos approvisionnements, pour le paiement desquels le maintien de notre ■•entier commerce d'exportation est essentiel.

* «Comme preuve de l'excellente situation financière de VÀngleterre, conséquence de la continuation de son commerce, le même ministre a fait les constatations suivantes :

Notre marché de l'or est toujours libre et chaque billet émis par le Gouvernement peut être échangé sur demande contre de l'or à la banque d'Angleterre. Il est à peine nécessaire de montrer la différence qu'il y a entre ce système et les résultats qu'il donne et la situation financière de l'Allemagne.

Le système allemand n'admet pas d'impôts à l'heure actuelle et ne peut fournir de quoi faire face aux énqrmes dettes créées par l'émission sans contrôle du papier-monnaie, que par la cumulation d'emprunts nationaux pratiquement forcés. Ainsi, des dettes devant être payées ne le seront jamais et conduiront infailliblement à leur répudiation ou à la banqueroute.

Les données précédentes sont fondamentales. Les peuples ne se battant plus seulement à coups de canons, mais à coups de milliards, la nation la plus riche vaincra forcément. Les pays dont les ressources, étant renouvelées, ne se tarissent pas, l'emporteront fatalement sur ceux dont les ressources, si grandes qu'on les suppose, s'épuisent parce qu'elles me se renouvellent pas.

L'Allemagne vit actuellement sur des richesses ■considérables, sans doute, mais qui ne se renouvellent pas, son commerce extérieur ayant cessé.

l'bvuLLIIU.N ULNTALb M. L'A.NGI.bl KliRg 'Jl'.i

l/Aii^'U'ttTrc, lutii seulement possède «les ressources excessivement supérieures à celles de l'Allemagne, puisque sa fortune est évaluée à cin(| cents milliards, mais, de plus, ces ressources sont cnnstammenl alimentées par son commerce.

lien résulte qu'elle pourrait, tous ses alliés seraientils même vaincus, poursuivre l.i guerre indéfiniment. Par le fait seul que sa llutle continuerait à empêcher l'Allemapne d'expédier ou de recevoir des marchandises, elle forcerait llnalement celle dernière à demander la paix.

Klle l'y obligerait même sans avoir à tirer un coup

• le canon, simjilement, je l'ai dit <léjà, par la présence dans ses ports d'une llolle si redoutable qu'aucun navire de commerce allemand n'ose se risquer sur les mers.

I/Angleterre peut, d'autant plus facilemenl, continuer indf'liniment la guerre, que sa population civile nen pâlit nullement, alors qu'étroitemenl rationné

• Il Allemagne, le peu|)le soulTre beaucoup. En Angleterre, le l'Iiômage a dis[t:tru ; les salaires, par suite

• le la dimitmtion du nombre de bras, ont augmenté 'lans d'énormes proportions; l'aisance, cl parfois le luxe, sitril entrés dans une foule de ménages qui les ignuraietil. Ce sera même un danger, aj»ros la guerre, lorsque les classes, laborieuses se verront obligées de revenir à leur ancienne situation.

Ouanl aux chisses moyennes et élevées, elles n'ont pas hésité à consacrer une notable partie de leurs ressources aux frais de la lutte. Les impôts nouveaux eidèvenl, aujourilliui, aux citoyens environ le tiers «le leurs revenus.

L'.Nnglelerre se montre ju»iemeiil lière de cci»

lourds sacrifices. L'opinion générale est celle que traduisait le Daily Telegraph, à propos du vote de la loi militaire :

La nouvelle loi militaire est une des choses les plus remarquables et mémorables que l'Angleterre ait accomplies. Le système du service militaire obligatoire a été institué par la volonté délibérée du peuple entier.

Au commencement de la guerre, peu de personnes crurent qui; l'Angleterre, qui comptait avec assurance sur sa flotte pour garder ses côtes inviolées, se soumettrait à cette gigantesque révolution dans sa vie nationale. Sur nos épaules repose le quadruple fardeau d'une marine qui est la vie même de l'alliance, d'une armée de plusieurs millions d'hommes, d'une production de matériel de guerre que rien n'égale, enfin d'une pubssante réserve financière qu'il est plus difficile encore d'estimer. C'est un fardeau que la nation supportera avec fierté et ne se repentira pas d'avoir assumé. Déjà même elle se sent rajeunie par cet etïort de sacrifice.

L'histoire de l'Angleterre pendant la guerre aura montré une fois de plus encore à quel point la destinée d'un peuple dépend de son caractère.

Page 1