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LES CONCEPTIONS LATINES ET GERMANIQUES DU DROIT ET DE LA FORCE

§ 1. — Le droit et la force.

L'opposition souvent établie entre le droit et la force tient à ce que le mot droit est un terme au contenu incertain, évoquant des idées différentes dans l'esprit, suivant la mentalité des êtres qui l'emploient. Les uns identifient le droit et la force, d'autres considèrent le droit comme une sorte d'entité supérieure à la force et dont les décrets s'imposent sans discussion.

Cette dernière conception conduit naturellement à opposer le droit à la force, c'est-à-dire une grandeur morale à une grandeur matérielle. On arrive alors à formuler des propositions comme celle que j'extrais

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d'iiiir coiifj^reiice <lonii<^«' (Irvaiil If roi de Norvège

par l'ex[tluraleur Naiisen :

S(i|ipo8on8 un iiimienHe Klal iiè^ir en possession des armements les plus iiii>il<-rne8. Aiiiuil-il le droit d'rcraser un pelil peuple eurupé»*» indnimeirt supérieur pur la culture? Non. Le nombre peut donner la puilMnfte, mais ne crée pas le droit.

L'éminenl navigateur eût certainement jugé d'après sa théorie, (|uo les Nègres d'Abyssinie n'avaient (las le droit de fairt- subir de désagréables amputation^, aux ltali(Mis capturés après la défaite d'Adoua, (jue les Assyriens n'avaient pas le droit d'écorcher vifs les vaincus, les Barbares le droit de saccager Home, les l'eaux-Kouges celui de scalper les crânes des blancs. Les individus (ju'nn allait amputer, écorcher vifs ou scalper n'auraient probablement éprouvi* qu'une médiocre consolation en apprenant (ju'iis avaient le droit poureu.v. Il eussent assurément préféré posséder la force nécessaire pour se tléfendre e' conslalé que le droit sans force est en n'-alilé ui .• maigre chose.

Les Anciens ignoraient ces distinctions subtiles entre le droit et la force. Les Homains; n'eussent guère compris qu'on leur demandât s'ils avaient le droit d'achever les blessés ou de faire dévorer vivants leurs prisonniers par les bètes fauves dans un cinjue. pour amuser les speclateurs. Droit et pouvoir étaient, à leurs yeux, synonymes, comme ils le sont pour les Allemande niodernes.

Dans la préface de son remanjuable livre, ia France devant iAllfinagti»', M. Clemenceau a discuté, dans les ternies suivants, la valeur d'un aphorisme que j'avais autrefois formulé, sur l'origine du droit :

Le droit a pris rung Uâna le curtèga do nos divinités iBaccc«-

sibles. Quand Gustave Le Bon a dit que le droit n'est qu'une force qui dure, il a cruellement disséqué l'un de nos derniers dieux. Sacrilège d'analyser sa divinité?... Le sang généreux d'innombrables martyrs a fait naître une moisson de droit universel extérieur aux croyances, c'est-à-dire une égalité de conceptions humanitaires dans la naturelle inégalité des individus. Ce droit de la créature à venir n'est-ce pas le Dieu de l'Evangile moderne que Gustave Le Bon ne fait que ramener à la source môme de toutes les divinités de la terre en l'identifiant avec la force permanente des choses, d'où découle toute subordination des êtres?...

Le droit est le dernier venu de ces dieux invisibles, celui dont la règle d'universelle équité ne s'arrête à aucune distinction d'idéologie dans les groupements de l'espèce humaine».

Nous verrons bientôt que si le droit sans force constitue un vain mot, il devient quelquefois générateur de force et peut alors lui être opposé. Mais si la force sans droit a trop souvent été la loi du monde, l'histoire prouve surabondamment que le droit dénué de force ne peut ni s'imposer ni durer. Prétendre séparer le droit de la force qui le soutient c'est vouloir isoler deux éléments n'ayant de valeur qu'à la condition d'être associés.

§ 2. — Le droit social et le droit international.

Lorsqu'on parle de droit, il faut bien distinguer le droit à l'intérieur d'une société du droit à l'extérieur de cette société. Dans toutes les agglomérations humaines quelle que soit leur organisation, le droit prime la force. Dans les rapports entre sociétés différentes, c'est au contraire la force qui prime le droit.

Les causes de cette différence sont évidentes. Une société ne peut subsister, en effet, qu'avec le respect des droits établis pour la faire durer. Le droit n'y

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