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LES ILLUSIONS PACIFISTES

Si donc, dans les deux périodes 1902-1905 et 1908-1910, de» ^duclions énormes ont été inlligées aux demandes des services ompi'lents, réduisant ces demandes de 262 millions à 128 pour la pn>mière, de 2(i7 à 214 pour la seconde, la responsabilité en incombe en premier lieu aux ministres de la Guerre qui, avant tout débat, avaient comprimé les demandes, le général Andr«' à lOC millions au lieu de 262, le général Picquart à 21C millions au lieu de 267.

Les réductions portaient sur les éléments les plus essentiels do la défense. Pas d'artillerie lourde, très ])eu de mitrailleuses, approvisionnement de coups par pièce réduit de 3.000 à 1.400, les forts de Dunkerque, Maubeuge, Lille, Reims désarmés, etc.

Après nos premiers revers et la bataille de la Marne nous ne possédions plus de munitions. Le ministre de la guerre de cette époque, sous prétexte d'égalité, avait eu la folie insigne d'envoyer sur le front tous les ouvriers de nos arsenaux qui fabriquaient du matériel de guerre. 11 fallut les mois de septembre et octobre pour aller rechercher un par un dans les régiments et dépôts les ouvriers spécialistes : fondeurs, tourneurs, ajusteurs, etc., et leur faire réintégrer les ateliers. A la fin du mois de janvier 1915 on n'était encore arrivé à produire que 40.000 obus |iar jour; vers le commencement de mars seulement fut atteint le clulfre de 75.000, largement dépassé depuis grâce au concours de l'industrie privée.

(juant à l'artillerie lourde qui permit aux Allemands de détruire en (juelques jours des forteresses telles (|ue celle de Liège, considérée comme imprenable et de se mettre hors de notre portée, tout en nous infligeant des pertes énormes, nous avions également, par suite de notre certitude d'une inviolable paix, négligé d'en construire.

Elle ne fut créée que très tard en raison de la mauvaise volonté de chefs de services qu'on se décida finalement à renvoyer. Dans cette période difficile il fallut lutter non seulement contre les conséquences des théories pacifistes mais encore contre la routine de vieux généraux influencés par les enseignements de leur jeunesse et peu aptes à comprendre les nécessités nouvelles de la guerre.

Au début de la campagne, ce fut le plus complet désordre. Presque rien n'avait été préparé pendant la paix, les pacifistes étant certains de l'impossibilité d'une guerre. On jugera de ce désordre par les détails suivants relatifs au camp retranché de Paris, donnés par la Nouvelle Revue (15-8-16).

« Les approvisionnements de réserve pour le temps de guerre n'existaient pour ainsi dire pas ; les forts n'étaient pas approvisionnés; les ravitaillements qui leur étaient nécessaires n'existaient pas, même dans les magasins. »

Malgré cette absence de ressources, il fallut alimenter les armées qui refluaient sur Paris, plus tard les -habiller avec des magasins vides. De Bordeaux arrivait chaque jour une centaine de dépèches impérieuses et contradictoires. Elles ne pouvaient naturellement créer les fournitures qui n'existaient pas. On vécut d'expédients comme, par exemple, celui de couper en deux des couvertures pour doubler leur nombre.

Mêmes désordres dans tous les services, celui de santé notamment. Réquisition, à grands frais et au hasard, d'hôtels qu'on oubliait ensuite d'utiliser; médicaments envoyés par caisses nombreuses dans des localités sans hôpitaux; des médecins désignés dans

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la même journée pour des postes situés dans des villes diiïérentes; formations sanitaires laissées sans médicaments alors que d'anciens hôpitaux désalVeclés depuis longtemps en recevaient des cargaisons; refus des médicaments réquisilioimés par l'administration parce que le papier des factures n'avait pas les dimensions administratives; blessés promenés de ville en ville à travers toute la France sans qu'on pût découvrir leur destination; infirmiers recrutés absolument au hasard et parmi lesquels figuraient de simples garçons de charrue, etc.

Il est véritablement merveilleux qu'avec un tel défaut de préparation et la continuation pendant de longs mois des plus invraisemblables désordres, nous soyons sortis de cette terrible aventure sans avoir été écrasés.

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