‹ Premières conséquences de la Guerre, transformation mentale des peuplesChapitre 8 sur 78 · CHAPITRE II LES ILLUSIONS RATIONALISTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE II LES ILLUSIONS RATIONALISTES

§ 1. — Le rôle du rationalisme dans la genèse des illusions.

L'historien peut se borner à décrire dans ses livres la suite des événements. Le psychologue doit s'efforcer de remonter à leurs causes immédiates ou lointaines.

Beaucoup des événements actuels dérivent d'illusions rationalistes. Le pacifisme, dont nous avons montré l'influence dans le précédent chapitre, n'a pas été leur seule création.

Personne ne songerait aujourd'hui à discuter le rôle de la raison dans l'étude des phénomènes scientifiques. Guidée par l'expérience et l'observation, elle est le seul instrument de la connaissance. En prouvant que les phénomènes obéissent à des lois rigoureuses, elle a éliminé la croyance à l'intervention des dieux dont l'antiquité a vécu. Par elle seulement, nous avoris pu dominer la nature et créer toutes les merveilles de la civilisation.

Régnant en maître sur le cycle de la science, qui était sa \Taie sphère, le rationalisme se crut fondé

LES ILLUSIONS RATIONALISTES lib

à diriger les phf^nomènes de la vie politique, religieuse et morale. C'est en son nom que nos pères de la Révolution prétendirent reconstruire de toutes pièces la société française, et qu'une foule de rêveurs se [)roposent de la rebâtir encore.

Pourquoi la science, qui a édifié tant de choses, ne pourrait-elle, suivant la conception si chère aux théoriciens latins, refaire une société nouvelle capable d'assurer le bonheur des hommes?

Elle ne le peut pas, simplement parce que les facteurs rationnels n'ont aucun rapport avec les éléments atVeclifs, mystiques et collectifs qui déterminent la conduite des individus et des peuples.

Vouloir rebâtir une société au nom de la raison, c'est ne tenir compte que d'un seul des mobiles qui mènent les peuples, et ce mobile se trouve justement être le moins influent.

En dehors des sujets de science pure, les choses jugées uniquement par la raison sont généralement mal jugées. C'est en la prenant pour seul guide qu'on arrive à formuler des 0[tinions analogues à celles, rappelées plus loin, de ces savants professeurs qui, la veille même de la guerre, la déclaraient impossible.

Le rationalisme universitaire prétend tout o\u"i- (juer [»ar les règles qu'il a posées. Les. faits s'écmtanl. de ces règles sont simplement rejetés. Un aiiticn ministre rappelle à ce propos les assertions suivante.s d'un professeur réj)uté en son temps, M. Vacherot •

Klaiit donm-c une «léOnilion de la démocratie, j'ea déduis loiUes les conséquences pour la société, i'Ktat et le Gouverneuiont... Si mon livre a pour lui la vérité, peu im|)orle que la réalité proteste contre ses principes et ses conclusions... Jaui.iis riiistoiro n'a pu Ctrc un argument contre la logique!

C'est le même rationalisme qui conduisait jadis un célèbre professeur de la Sorbonne, nommé gouverneur d'une grande colonie, à faire afficher dans les écoles primaires fréquentées par de jeunes sauvages la « Déclaration des Droits de l'homme ». C'est également au nom du rationalisme que furent formulées avant la guerre tant de prévisions si complètement eirronées.

L'abus du rationalisme en politique, sa perpétuelle prétention de transformer la société suivant des vues théoriques, avaient conduit la France à un état de désagrégation que nous exposerons dans un prochain chapitre.

§ 2. — Les illusions rationalistes sur Timpossibilité de la guerre.

La guerre a prouvé combien la prétention d'appliquer à tous les phénomènes sociaux les méthodes de la logique rationnelle, empêchait d'apercevoir les véritables mobiles des peuples et, par conséquent, d'interpréter leur conduite.

La raison montre facilement, par exemple, le peu de fondement d'une croyance, mais elle oublie alors que ce sont justement les conceptions rationnellement les plus absurdes qui ont souvent joué le plus «jrand rôle dans l'histoire.

Ces principes furent oubliés des théoriciens qui, Kuidés par les seules lumières de l'intelligence, croyaient impossible que les Allemands nous déclarassent la guerre. Leur stupéfaction fut profonde lorsqu'elle éclata. L'impossibilité de découvrir des origines rationnelles au conflit européen désorientait toutes leurs doctrines.

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