‹ Premieres lettres sur le centenaire de VoltaireChapitre 16 sur 17 · VOLTAIRE ET LE PEUPLB · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ET LE PEUPLB

MESSIEURS

Souffrez que j aille maintenaut au fond et vous adresse aujourd kui cette question : Est-ce le democrate, 1 ami du peuple, que vous pretendez glorifier par ces honneurs extraordinaires ? Je le pense, car vous etes, vous, Messieurs, de vrais democrates; les elus glorieux du peuple de Paris; et c est l arge<nt du peuple dont vous avez dispose pour ces fetes.

Mais iei votre erreur est grande, et, je dois 1 ajouter, plus qu etrange : car, Messieurs, la democratic ni le peuple n a rien a faire ni a voir avec Voltaire. Rien n est plus connu que cela. Voltaire ne saurait etre en aucune sorte le heros de la democratic, a moins que la democratic n ait perdu tout bon sens et tout honneur ; Voltaire est tout le contraire d un democrate.

Le peuple, Voltaire 1 a meprise, bafoue, outrage ; Voltaire est un insulteur du peuple comme il n en fut jamais. Voltaire n a vecu qu avec les grands et jamais

avec le peuple. C etait ca que vous appelez un aristocrate, jusque dans la moelle des os : Aristocrate, non de naissance,mais de choix et par gout; uncourtisan; et, je dois 1 ajouter avec M. Louis Blanc, un vil courtisan; courtisan* des grands seigneurs, courtisan des princes, courtisan des rois, helas ! et meme des maitresses de roi : courtisan partout et toujours, du com mencement a la fin, toute sa vie. Bref, aristocrate toujours, democrate jamais.

Voltaire, dit M. Louis Blanc, n airna pas assez le peuple... Ouvrez sa correspondance, Taristocratie de ses dedainsy eclate a chaque page (1).

Et M. Louis Blanc cite, comme preuve de ces dedains aristocratiques de Voltaire pour le peuple, quelques traits de cette correspondance :

On n a jamais pretendu eclairer les cordonniers et les servantes. (Corresp., Voltaire a d Alembert.)

Vous avez bien raison de dire, Monseigneur, que les Genevois ne sont guere sages, mais c est que le peuple commence a eire le maitre. (Voltaire au due de Richelieu.)

C est le petit nombre qui fait le public ; le reste est le vulgaire. Travaillez done pour le petit public sans vous exposer a la dcmence du grand nombre. (Voltaire a Helvetius.)

Je vous recommancle de detruire Tinfame cliez les honneies gens, et de la laisser a la canaille. (Voltaire a a Diderot.)

La raison triomphera, au moins cliez les honnetes gens, la canaille n est pas faite pour elle, etc. (Voltaire a d Alembert.)

(t) Histoire de la Revolution fran$aise f t. I* r , pages 355 et suivantes.

Geux qui crient cojilre ce qu on appelle le luxe ne sont guere quo les pauvres de inauvaise liumear. (Voltaire an Prince royal de Prusse.)

Enfin, votre parti Femporte sur le leur dans la bonne compagnie. (Voltaire a Helvetius.)

G est am si, ajoute M. Louis Blanc,, que <c dans la Jiberte, que dans la verite des epanchements intimes, Voltaire traitait le peuple et les artisans.

Mais je dois, Messieurs, pousser plus loin la de monstration, et bien que je craigne de vous faire injure, a vous qui faites profession d honorer etd aimer le peuple, en vous redisant quelque chose des dedains de Voltaire pour le peuple, et de ce qu il a bien ose ecrire du peuple, il le faut bien : Ecoutez done, et dites-moi s il se peut iaaaginer des formules de mepris plus revoltantes.

Le peuple sera toujours sot et barbare... CE SONT

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