‹ Premieres lettres sur le centenaire de VoltaireChapitre 5 sur 17 · MONSTRUEUX OUVRAGE · texte numérisé non relu

MONSTRUEUX OUVRAGE

Emile n avait pas encore paru que Voltaire disait :

Je n ai point encore cette Education de riiomme le plus mal eleve qui soil au monde. Ce polisson s avise d ecrire sur Yeducation! Mais auparavaut, il eut fallu qu il eut eu de 1 education lui-meme (2).

Emile parait, Voltaire s ecrie :

C est un fatras d une sotte nourrice en quatre tomes, et par une inconsequence digue DE CETTE TETE SANS CER\ELLE et de ce DiOGENE SANS ccEUR, il dit autantd injures aux philosophes qu a Jesus-Christ (3).

(t) Lettre a M mt du Deifand, 8 aout 1770.

(2) Lettre a Damilaville, 4juin 176..

(3) Lettre a Damilaville, 14 juin 1762.

Le chef d une grande institution lalque de Paris m a raeonte qu un lionnete epicier, grand admirateur d Emile, lui amena son ills un jour, mais en lui disant : a Monsieur, j ai lu Emile, et je veux que mon fils soit eleve a la Jean-Jacques ; vous aurez done soin de ne lui parler jaraais de Dieu. A quoi 1 honorable chef d institution repondit . Monsieur, je n eleve pas a la Jean- Jacques ; vous pouvez remmener votre fils.

Comme il y a peut-etre encore a 1 heure qu il est. a Paris, quelques epiciers et autres dans ces principes, et que, d ailleurs, M. Barodet a introduit naguere ce beau systeme d education dans un curieux document legislatif, qui n est ni plus ni moins qu un vaste projet de loi sur 1 enseigneraent primaire, ces Messieurs f eront bien de mediter le jugement porte sur Emile par Voltaire.

Le Contrut social a-t-il ete plus favorablement apprecie par Voltaire? Lisez, Messieurs, la satire qu ilen fit dans ses Idees republicaines par un citoyen de Geneve.

Rousseau ecrit : La democratic ne convient qu aux Etats petits et pauvres. Voltaire se moque. A propos d une autre proposition, il dit : Cette pro position du Contrat social serait pernicieuse, si elle n etait d une faussete et d une absurdite evidente. Sur une autre question : Cette these du Contrat social n est qu extravagante... Cette idee est digne d un precepteur qui, ayant un jeune.gentilhomme a clever, lui fit apprendre le metier de menuisier. Plus loin : Tout cela est d une faussete revoltante... Tant d ignorance jointe avec tant de presomption indigoetouthommeinstruit... Quandon sait enfin quel est 1 autear de ces inepties, on se contente de rire.

Abordant uue autre doctrine du Contrat social, Vol taire dit un peu plus loin : Get AMAS INDECENT de petites antitheses CYNIQUES ne convient nullernent a un livre sur le gouvernement. A la page suivante : Autant de mots, autant d erreurs. Bref, Voltaire conclut ainsi sur le Contrat social : Si on se donnait la peine de lire attentivement ce livre du Contrat so cial, il n y a peut-etre pas de page ou Ton ne trouvat des erreurs et des contradictions.

Si j ecrivais cela, moi, Messieurs, du Contrat social, vous pousseriez des cris. Eh bien ! ce n est pas moi, c est Voltaire.

Mais, s il faut penser ainsi, avec Voltaire, du Contrat social, REmile, ftHeloise, que reste-t-il de Toeuvre de Rousseau ?

En tout, Messieurs, si Voltaire a raison contre Rousseau, qu est-ce que Rousseau? Mais si Rousseau a raison centre Voltaire, qu est-ce que Voltaire?

Quant aux Lettres de la Montague, voici le jugemeut qu en fait Voltaire :

La demence ne peut plus servir d excuse quand elle fait commettre des crimes (1).

II appelle ailleurs Rousseau, a propos de ces Lettres de la Montague, un bom me a idees creuses et a pa radoxes singuliers... Pauteur de tant de fatras.

Et quel est, aux yeux de Voltaire, le crime des Lettres de la Montague? La chose est assez plaisante, Messieurs, et vous preparera deja a comprendre ce mot si juste deM. Sainte-Beuve sur Voltaire : Toute sa vie a ete une comedie. Ce crime, c est que : Apres avoir insulte Jesus-Christ, il outrage les ministres de son Evangiie, et dit sur la religion d autres paroles qui le font fremir, lui, Voltaire, le pieux persdnnage !...

Vous voyez deja, Messieurs, quel comedien tait Voltaire.

Ailleurs, Voltaire appelle Rousseau vil seditieux (2).

Bref Voltaire conclut ainsi sur Rousseau :

Jean-Jacques Rousseau n est bon qua etre oublie , il sera comme Rampooeau qui a eu un moment de vogue a la Courtille ; a cela pres que Ramponeau a eu cent fois moins de vanite et d orgueil que LE PETIT "OLissoN DE GENEVE (3).

(t) Sentiment des Citoyens, t. XLI1, p., 78.

(21 Tome XLII, p. 84.

(3) Lettre a Damilaviile, 28 decembre 1765.

Rousseau, il est vrai, ne restait pas en arriere et re"pondait en traitant Voltaire de baladin, de crocheteur, de polichinelle, He pauvre radoteur (1), et de grand coraedien (2); et ils prennent tons deux le soin de nous appreii lre eux-memes que le mepris qu ils avaient Tun ponr J autre les empechait seals de se hair aulant qu ils 1 auruient voulu.

Eli bien, Messieurs, je vous le demande, du polisson de Geneve on du (( baladin de Paris, fanfaron d impiete, qui des deux merite les honneurs de 1 apotheose ?

Jean-Jacques haissait et meprisait Voltaire; Vol taire detestait et bafouait Jean-Jacques, vous venez de voir a quel degre. Et vous, Messieurs, vous dites au peuple : Devant eux, pro?ternez-vous.

Je vous la demande. quand jamais des hommes qui se respectent, oserent-ils telle chose?

Ah ! Messieurs les beaux esprits, adorez de tels Dieux, si bon vous semble; c est votre affaire. Mais, ne meprisez pas a ce point le peuple, et ne Tabaissez pas jusquela.

Dans les conferences que vous lui faites, lui dites-vous ces choses, a ce pauvre peuple ? Ou, si vous ne les lui dites point, n est-ce pas de peur que. mieux e"elaire sur ces idoles, il ne vous crie, dans son bon sens et dans souhonneur : Ah! qa, Messieurs, vous vous moquez done de moi !

Quoi qu il en soil, JE vous DEFIE DE LES LUI DIRE.

Veuillez agreer , etc.

(1)19 juillet 1766, a M. du Peyrou.

(2) I.ettre a Millord Marechal, 21 mars 1763.

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