LA GLOIRE A UN POÈTE EXILÉ
Généreux favoris des filles de Mémoire, Deux sentiers différents devant vous vont s'ouvrir: L'un conduit au bonheur, l'autre mène à la gloire; Mortels, il faut choisir.
Ton sort, ô Manoël, suivit la loi commune; La muse t'enivra de précoces faveurs.
Tes jours furent tissus de gloire et d'infortune, Et tu verses des pleurs!
Rougis plutôt, rougis d'envier au vulgaire Le stérile repos dont son cœur est jaloux: Les dieux ont fait pour lui tous les biens de la terre; Mais la lyre est à nous.
Les siècles sont à toi, le monde est ta patrie. Quand nous ne sommes plus, notre ombre a des autels Où le juste avenir prépare à ton génie Des hqnneurs immortels.
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Ainsi l'aigle superbe au séjour du tonnerre S'élance, et, soutenant son vol audacieux, Semble dire aux mortels: « Je suis né sur la terre. Mais je vis dans les cieux ».
Oui, la gloire t'attend; mais arrête, et contemple A quel prix on pénètre en ces parvis sacrés; Vois: l'Infortune, assise à la porte du temple, En garde les degrés.
Ici c'est un vieillard que l'ingrate lonie A vu de mers en mers promener ses malheurs: Aveugle, il mendiait au prix de son génie Un pain mouillé de pleurs.
Là le Tasse, brûlé d'une flamme fatale. Expiant dans les fers sa gloire et son amour, Quand il va recueillir la palme triomphale. Descend au noir séjour.
Partout des malheureux, des proscrits, des victimes, Luttant contre le sort ou contre les bourreaux: On dirait que le ciel aux cœurs plus magnanimes Mesure plus de maux.
Impose donc silence aux plaintes de ta lyre: Des cœurs nés sans vertu l'infortune est l'écueil; Mais toi, roi détrôné, que ton malheur t'inspire Un généreux orgueil!