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L HUMANITÉ DANS SES GROUPEMENTS

La plupart des grandes nations se sont fabriqué une antiquité fabuleuse ; mais leurs annales quelque peu authentiques ne dépassent nulle part une vingtaine de siècles avant Tère chrétienne. Il y a même ce fait remarquable que les premiers événements historiques des peuples de notre continent sont à peu de choses près des événements contemporains.

Les deux plus anciennes civilisationis que nous fasse connaître Thistoire sont placées, Tune en Afrique dans le bassin du Nil, l'autre en Asie dans le bassin du fleuve Jaune.

La civilisation égyptienne est sans doute bien antérieure à Tan 3000 avant notre ère ; toutefois, ce que nous savons, même de cette époque, est-il encore vague, incertain, sans réalité suffisante. D'après les listes de Maréthon, la fondation de la monarchie remonterait, en Egypte, à S004 avant notre ère.

Quelques égyptologues enthousiastes sont parvenus à lui attribuer un point de départ bien plus reculé ; mais les savants consciencieux ne dépassent guère la dat« fournie par le célèbre historiographe du règne de Ptolémée-Philadelphe ; et il en est, comme M. Bunsen, qui se contentent de reporter cet événement à Tannée 3623. Le premier sou-

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verain, Ména^ le Mt^vyjç des Grecs, avait substitué la monarchie à Tautorité des prêtres qui, antérieurement à son élévation au trône, gouvernaient les diverses tribus du pays, et se serait fixé à Memphis. La métropçle de la civilisation égyptienne a été plus tard transférée à Thèbes, dans la haute Egypte, de la XI® à la xx* dynastie, puis est revenue dans la Basse-Egypte, à Saïs, de la xxi® à la xxx® dynastie.

La civilisation chinoise peut être également reculée au delà du xxx® siècle avant notre ère ; mais les données à invoquer pour se reporter aussi haut n'ont qu'un caractère semihistorique^ et il faut descendre jusqu'à la 61® année du règne de Tempereur Hoang-ti ( — 2637) pour trouver, avec la création du cycle sexagénal, un point de départ solide aux annales du Céleste-Empire.

Le synchronisme des origines civilisatrices des Sémites, j des Égyptiens et des Chinois est peu contestable. Les mêmes obscurités environnent leur berceau. Nemrod, peuple fondateur de Fempire babylonien, appartient à la mythologie. La naissance d'Abraham, patriarche des Hébreux, est communément fixée à Tan —2122, c'est-à-dire à 513 ans après Tinauguration de la monarchie chinoise; et

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Tempire d'Assyrie aurait été fondé, sur les bords du Tigre, par un mélange de Sémites, de Chamites, de Tatars-Scythes et d'Iraniens, en Tan — 2017, suivant les recherches récentes de M. Oppert. L'histoire positive de l'empire de Ninive et de Babylone doit être néanmoins comprise entre le xiv* et le vni' siècles avant notre ère.

Le règne de Deucalion, fils de Prométhée, fixé à Tan — 1434, est un règne mythique.

C'est tout au plus si Ton est en droit de reporter aussi loin les origines ethniques du peuple grec, chez lequel Cécrops aurait importé la civilisation égyptienne. Homère, ou les Homérides, aurait flori en l'an 908, et la législation de Lycurgue à Lacédémone date de Tannée — 866.

C'est à peu près vers la même époque que les Phéniciens se signalent par l'édification définitive de la ville de Carthage.

Dès lors, la civilisation paraît se répandre successivement sur tous les points du bassin de la Méditerranée et de la mer Noire. Rome est fondée par Romulus en — 753, et l'enlèvementdesSabinesalieuen — 749.LesMilésiens deviennent une puissance maritime et créent des colonies nombreuses sur les rivages du Pont-Euxin et de la Propontide. Naxos, en

Sicile, est bâtie parles Chalcidiens de TEubée en — 735, et Syracuse par Archias de Corinthe en — 734. Les Phocéens s'établissent à Marseille en — 600.

Dans les îles de Textrême Orient, unehorde, sortie sans doute du continent asiatique, porte les assises de la société Japonaise dès le vu* siècle avant notre ère; et cette horde, à peu près sans contact avec le reste du monde, finit par former une nation nombreuse, intelligente et progressive.

Les dates anciennes manquent pour l'histoire des Aryens. Il n'est cependant guère possible de considérer leur civilisation comme plus récente que le vi* siècle avant notre ère, et il y a tout lieu de croire qu'elle remonte beaucoup plus haut. Une des branches de ce puissant rameau ethnique vient du nordouest apporter une civilisation nouvelle dans la vallée du Gange et dans le reste de l'Inde habitée primitivement par les populations dravidiennes(Tamouls, Télingas,etc.), tandis qu'une autre branche s'établit dans l'Iran, appelé à devenir le berceau d'un grand empire. La première se signale par les imposantes créations religieuses, philosophiques et littéraires de l'Inde brahmanique et bouddhique ; la seconde, par la doctrine de Zoroas-

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tre et par les livres de VAvesta, Les Perses tiennent alors une place considérable dans les destinées de F Asie.

La Grèce et Tltalie occupent bientôt le rang le plus élevé dans les fastes de Thumanité; ' et c'est en puisant largement à cette brillante source intellectuelle que les nations de TOccident moderne atteignent, par la suite, à la plus haute somme de civilisation qui ait jamais été obtenuedans le monde. La révolution opérée plus tard par le christianisme, assure Témancipation des peuples de l'Europe centrale et septentrionale demeurés jusque-là dans les langes de la barbarie.

Une autre révolution religieuse, issue d'une protestation monothéiste contre une fausse exégèse de Tidée de la Trinité chrétienne, vient réveiller tout à coup, au commencement du vn® siècle après notre ère, les populations sémitiques de TArabie et donner Timpulsion à un mouvement civilisateur considérable en Orient et en Afrique. Avec la doctrine de Mahomet, les rênes du progrès sont, pendant bien des siècles, partagées entre les nations chrétiennes et les nations musulmanes ; mais, à la longue, ces dernières perdent leur vigueur originaire, deviennent faibles et efféminées. Les Arabes sont refoulés dans leurs

déserts, et tous les peuples qui avaient ^ embrassé leur foi voient leur rôle s^amoindrir d'âge en âge. \

La Chine continue à se développer ; mais, malgré de brillantes conquêtes, elle manque d'expansion au dehors: elle ne tarde pas à construire sa grande Muraille, et, rigoureusement renfermée dans ses vastes frontières, à s'isoler du reste du monde.

Aux environs du lac Thalé-Sab, entre le cours du Ménam et celui du Mékong, à une époque encore incertaine, mais probablement plus moderne que les époques qui nous occupent en ce moment, un peuple de provenance inconnue, probablement apparenté à la famille hindoue, couvre le sol du Cambodge de monuments grandioses qui nous révèlent l'existence, dans ces lointains parages, d'une civilisation originale et raffinée.

L'histoire du Nouveau-Monde antérieur à la découverte de Christophe Colomb, est encore trop obscure pour qu'on puisse énumérer les contrées où les indigènes étaient parvenus à quitter la condition de barbarie et à s'engager dans les véritables voies du progrès. Toujours est-il qu'on ne peut plus soutenir aujourd'hui, comme l'a fait Alexandre de Humboldt, que l'Amérique n'avait pas

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possédé Tart de Técriture avant Tarrivée des Espagnols.

En dehors des quelques qquipous ou cordelettes *â nœuds des anciens Péruviens, des peintures didactiques ou des notations en rébus des populations de TAnabuac, et d'autres systèmes graphiques aussi imparfaits, on sait désormais, d'une façon incontestable, qu'il existait, au moins au Yucatanet dans larégion inter-océanique, une écriture prqprementdite, aveclaquelle'on avait composé non-seulement des inscriptions sur les monuments, mais encore de véritables livres. On ne peut point préciser la date de cette vieille civilisation, dont on fait' surtout honneur aux Mayas de l'Amérique Centrale ; et s'il faut reléguer dans le domaine de la fantaisie la théorie suivant laquelle elle remonterait à plusieurs milliers d'années avant notre ère, on peut l'attribuer sans exagération aux siècles qui ont précédé ou suivi immédiatement cette grande époque.

Dans l'Afrique Australe et en Océanie, la civilisation ne parait s'être manifestée que d'une façon intermittente et tout à fait rudimentaire.

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La terre, tant par sa situation variable eu égard aux autres corps célestes, que par les innombrables accidents de sa structure géologique, présente des milieux différents. A ces milieux différents, répondent des faunes et des flores spéciales: L'homme seul est cosmopolite, c'est-à-dire doué des conditions d'existence nécessaires pour habiter souS tous les climats, sous toutes les latitudes. Cette observation n'est cependant pas tout à fait rigoureuse, et elle se rapporte plutôt à l'homme idéal, c'est-à-dire à l'homme aussi perfectionné qu'il est susceptible de l'être, qu'à l'homme réel et epcore insuffisamment cultivé. Il est hors de doute, en effet, que certaines régions ne conviennent point à toutes les races; que les habitants des zones tropicales et même tempérées, résistent 'difficilement aux rigueurs des contrées voisines des cercles polaires, tandis que les indigènes de ces contrées supportent avec peine la température des pays exposés à l'influence de lachaleur. L'homme parvient cependant à la longue, ou par réner*gie de sa volonté, à

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vivre dans les milieux les plus divers et à triompher de tous les caprices de la nature.

C'est bien plus, il faut le reconnaître, par les prérogatives de sa constitution morale que par les ressources de sa constitution physique, que rhomme arrive à s'acclimater sur tous les points du globe où les circonstances l'engagent ou l'obligent à s'établir d'une façon momentanée ou définitive. Lorsqu'il se laisse aller à ses penchants naturels, il perd son caractère d'être universel pour ne plus devenir qu'un être essentiellement local. Dès lors, il se distingue par la possession de certaines ajo^/tudes qui se développent dans son organisme presque toujours aux dépens de certaines autres.

• En d'autres termes, tous les hommes possèdent virtuellement toutes les aptitudes physiques, morales et intellectuelles ; mais, par suite de l'influence des milieux, ces aptitudes sont souvent très différentes dans les divers groupes ou sociétés humaines.

Il est parfois facile de s'expliquer pourquoi une nation jouit plus particulièrement de telle ou telle aptitude. Dans un pays situé sur le bord de la mer, où les côtes et les refuges pour les navires sont nombreux, il est évident qu'il devra se produire pne i:ace de

navigateurs (les Anglais, les Scandinaves, les Grecs) ; lorsque les rivages sont insuffisants ou peu habitables, il est également probable que les habitants seront peu enclins aux aventures de la vie de matelots (les Persans, les Roumains). Les circonstances qui font un peuple de marins ne dépendent pas seulement de la grande étendue des côtes (les Génois et les Vénitiens). Le développement du commerce, Tambition coloniale, la pléthore de la population et le besoin d'émigrer qui en est la conséquence, sont, parmi bien d'autres, quelques-unes des causes effectives que peuvent faire naître, dans ^un pays, le goût et le besoin des expéditions lointaines.

Souvent aussi, le motif, qui a provoqué chez un peuple Téclosion de certaines aptitudes remarquables, échappe à la critique et aux recherches des ethnographes. Comment se fait-il, par exemple, que, dès la plus haute antiquité, il se soit manifesté sur le sol, en apparence si peu favorable, de Tancienne Egypte, cette étonnante école religieuse, morale et artistique à laquelle la Grèce d'abord, Rome ensuite, devaient venir allumer le flambeau de la civilisation moderne ? Pourquoi SUT le territoire si exigu des premiers Sémites, l'idée fondamentale de la grande

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croyance religieuse de l'Europe a-t-elle pu se fonnuler et se répandre de là sur tout le domaine du monde occidental? Pourquoi, dans rinde, ou plutôt dans une contrée située au nord-ouest de cette péninsule, s'est-il produit un peuple, le peuple Aryen, capable de nous apporter, avec sa langue, les premiers principes de cette philosophie transcendante et spéculative qui était appelée à révolutionner un jour Tesprit religieux de la vieille Europe ; tandis qu'un autre grand peuple, le peuple Chinois, presque sorti du même berceau, s'est, au contraire, affirmé par la création d'une philosophie essentiellement pratique et positive, aussi dédaigneuse de la métaphysique que de tous les essors ambitieux de la pensée et de l'imagination ? D'où vient enfin, qu'une foule de peuples ont pu traverser les siècles sans se dégager des langes de la vie la plus inculte et la plus rudimentaire ?

L'inégalité, ou plutôt la disproportion relative des aptitudes chez les différents peuples, a fait naître la théorie de Vinégalité des races. Cette inégalité est incontestable de nos jours, et elle l'a probablement été à toutes les périodes du développement de l'humanité.

Les Chinois avaient réalisé de remarquables

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progrès à une époque où nos sueux ne connaissaient pas Tart de récriture, ne possédaient pour outils que des pierres éclatées, et ne se nourrissaient guère que des glands de leurs forêts. On commence à découvrir des traces d'une ancienne civilisation dans la région de FAsie Centrale, que parcourent aujourd'hui les bandes nomades et vagabondes de la race Tatare. L'Océanie entière, la Polynésie notamment, a dû sa colonisation à un peuple qui avait certainement à un haut' degré les aptitudes du génie maritime. Le peu d'ancienneté de l'histoire , si on en compare les dates les plus reculées à celles de l'apparition des premières sociétés humaines sur la terre, ne nous permet pas de dire que, là où nous ne découvrons plus actuellement que la Sauvagerie ou laBarbarie^ nous ne sommes pas en présence de populations dégénérées qui ont eu, dans des temps plus ou moins reculés, leurs jours de grandeur et de prospérité. Ce qu'on peut établir seulement, avec toutes les apparences de la vérité, c'est que, suivant les époques, tel ou tel rameau de l'espèce humaine a su se placer à Tavant-garde dans la grande lutte de la science contre l'ignorance, de la lumière contre l'obscurité.

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Au point de vue moral, il faut admettre l'égalité virtuelle des races, et si quelquesunes jouissent en ce moment d'une supériorité incontestable sur les autres, elles doivent s'imposer la mission de relever celles qui leur sont inférieures, sous peine de s'abaisser elles-mêmes par ce seul fait qu'elles auront failli à un devoir sacré et imprescriptible.

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