PENSÉES DE RAFAËL
Quilleras-lu pour moi le Globe ou les Débals ? Lisez un paresseux, enfants de la paresse...
Muse, reprends la lyre, et rouvre-moi tes bras.
France, ô mon beau pays! J'ai de plus d'un outrage
Offensé ton céleste, harmonieux langage.
Idiome de l'amour, si doux qu^à le parler
Tes femmes sur la lèvre en gardent un sourire ;
Le miel le plus doré qui sur la triste lyre
De la bouche et du cœur ait pu jamais couler !
Mère de mes aïeux, ma nourrice et ma mère,
Me pardonneras-'tu ? Serai-je digne encor
De faire sous mes doigts vibrer la harpe d'or?
Ce ne sont phis les fils d'une terre étrangère
Que je veux célébrer, ô ma belle cité!
Je ne sortirai pas de ce bord enchanté
Où, près de ton palais, sur ton fleuve penchée,
Fille de TOccident, un soir tu Tes couchée...
Lecteur, puisqull faut bien qu'à ce mot redouté Tôt ou tard, à présent, tout honnête homme en vienne, C'est, après le dîner, une faiblesse humaine Que de dormir une heure en attendant le thé.
Vous le savez, hélas ! alors que les gazettes Ressemblent aux greniers dans les temps de disettes, Ou lorsque, par malheur, on a, sans y penser, Ouvert quelque pamphlet fatal à Tinsomnie, Quelques Mémoires sur "*"** — Essai de poésie. . . — livres précieux! serai t--ce vous blesser Que de poser son front sur vos célestes pages. Tandis que du calice embaumé de l'opium; Comme une goutte d'eau qu'apportent les orages,. Tombe ce fruit des cieux appelé somuium!
Depuis un grand quart d'heure, incliné sur sa chaise' , Rafaël (mon héros) sommeillait doucement.
Remarquez bien, lecteur, et ne vous en déplaise,
Que c'est tout l'opposé d'un liéros de roinan. Ses deui bras sont croisés; — une ample redingoti*, Simplicité touchante, enferme sous ses plis Son corps plus délicat qu'un menton de dévote, Et ses membres vermeils par le bain assouplis. Dans ses cheveux,^ huilés d'un baptême à la rose. Le zéphir mollement balance ses pieds nus.
Et son barbet grognon, qui prés de lui repose, Supporte flèrement ses deux pieds étendus; Tandis qu'à ses côtés, sous le vase d'albâtre Où dort dans les glaçons le bourgogne mousseux, Le pudding entamé, de sa flamme bleuâtre, Salamandre joyeuse, égayé encor les yeux.
Son parfum, qui se mêle au tabac de Turquie, Croise autour des lambris son brouillard azuré, Qui s'enfuit comme un songe, et s'éteint par degré.
Trois cigares le soir, quand le jeu vous ennuie,
Sont un moyen divin pour mettre à mort le temps.
Notre âme (si Dieu veut que nous ayons une âme)
N'est pas assurément une plus douce flamme,
Un feu plus vif, formé de rayons plus ardents.
Que ce sylphe léger qui plonge et se balance
Dans le bol où le punch rit sur son trépied d'or.
Le grog est fashionable, et le vieux vin de France
Réveille au fond du cœur la gaité qui s'endort.
— Hais quel homme, fût-ii né dans la Sibérie
Des baisers engourdis de deux êtres glacés;
Eùt-on sous un cilice étouffé de sa vie
La sève languissante et les germes usés ;
Se fût-il dans la cendre abreuvé dès l'enfance
De végétaux sans suc et d'herbes sans chaleur ;
Quel homme, au triple aspect du punch, du vin de Franco,
El du cigarero, ne sentirait son cœur.
Plein d'une joie ardente et d'une molle ivresse,