‹ Premieres poésies...1829-1835Chapitre 59 sur 91 · GUNTHER · texte numérisé non relu

GUNTHER

La pâleur de la mort •est sur votre visage, Seigneur. — D^un noir souci votre esprit occupé Méconnait-il ma voix? — De quel sombre nuage Les rêves de la nuit Font-ils enveloppé ?

FRANK

Fatigué de la route et du bruit de la guerre, Ce matin de mon camp je me suis écarté :

J'avais soif; mon cheval marchait dans la poussière ;

E( sur le bord d'un puits je me suis arrêté.

J'ai trouvé sur un banc une femme endormie.

Une pauvre laitière, un enfant de quinze ans.

Que je connais, Gunther. — Sa mère est. mou amie.

J^ai passé de beaux jours chez ces bons paysans.

Le cher ange dormait les lèvres demi-closes. —

(Les lèvres des enfants s ouvrent, comme les roses,

Au souffle de la nuit.) — Ses petits bras lassés

Avaient dans son panier roulé les mains ouvertes.

D'herbes et d'églantine elles étaient couvertes.

De quel rêve enfantin ses sens étaient bercés,

Je rignore. — On eut dit qu'en tombant sur sa couche.

Elle avait à moitié laissé quelque chanson,

Qui revenait encor voltiger sur sa bouche.

Comme un oiseau léger sur la fleur d'un buisson.

Nous étions seuls. — J'ai pris ses deux mains dans les miennes,

Je me suis incliné, — sans réveiller pourtant. —

Gunther ! J'ai posé mes lèvres sur les siennes.

Et puis je suis parti, pleurant comme un enfant.

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