SCÈNE I
Devant le palais de Frank. — La porte est tendae en noir. — On
dresse an catafalque.
FRANK, ▼élu en moine ni masqué ; DEUX SERVITEURS.
FRANK
Que Ton apporte ici les cierges et la bière.
Souvenez-vous surtout que c'est moi qu'on enterre, Moi, capitaine Frank, mort hier dans un duel. Pas un mol, — ni regard, — ni haussement d^épaules ; Pas un seul mouvement qui sorte de vos rôles. Songez-y. — Je le veux.
[Les serviteurs s'en vonU)
Eh bien! juge éternel.
Je viens t'interroger. Les transports de la fièvre N'agitent pas mon sein. — Je ne viens ni railler Ni profaner la mort. — J'agis sans conseiller. Regarde, et réponds-moi. — Je fais comme Torfèvre Qui frappe sur le marbre une pièce d'argent.
Il reconnaît au son la pure fonderie; Et moi, je viens savoir quel son rendra ma vie. Quand je la frapperai sur ce froid monument.
Déjà le jour parait; — le soldat sort des tentes. Maintenant le bois vert chante dans le foyer; Les rames du pêcheur et du contrebandier Se lèvent, de terreur et d'espoir palpitantes. Quelle agitation, quel bruit dans la cité !
Quel monstre remuant que celle humanité !
Sous ces dix mille Joits, que de corps, que d'entrailles ! Que de sueurs sans but, que de sang, que de fiel ! Sais-tu pourquoi tu dors et pourquoi tu travailles, Vieux monstre aux mille pieds, qui le crois éternel? Cet honnête cercueil a quelques pieds, je pense, De plus que mon berceau. — Voilà leur différence. Ah I pourquoi mon esprit va-t-il toujours devant, Lorsque mon corps agit? Pourquoi dans ma poitrine Ai-je un ver travailleur, qui toujours creuse et mine. Si bien que sous mes pieds tout manque en arrivant?
(Entre le chœur des soldais et dn peuple .) LE CHŒUR.
Onditque Frank est mort. — Quand donc? comment s'appelle
Celui qui Ta tué? — Quelle était la querelle?
On parle d'un combat. — Quand se sont-ils «battus?
FRANK, masqué.
A qui parlez-vous donc? Il ne vous entend plus.
(Il leur aïontre la bipre.) LE CHOEUR, s'iDclinant.
S'il est un meilleur monde au-dessus de nos létes, Frank I si du séjour des vents et des tempêtes Ton âme sur ces monts plane et voltige encor; Si ces rideaux de pourpre et ces ardents nuages. Que chasse dans Téther le soufUe des orages.
Sont des guerriers couchés dans leurs armures d'or, Penche-toi, noble cœur, sur ces vertes collines. Et vois tes compagnons briser leurs javelines Sur cette froide terre, où ton corps est resié !
* Frank, dnraut cette scène, doit dégnisor sa voix. Je prie ceux qui la Irouveraieot iovraisemblable d'allvr au IkiI de l'Opéra. Un de mes amis (il dcguist-r sa servante au carnaTal et la plaça dans son salun, au milieu d'un liai où pci* sonne n'était masqué. On ne lui avait mis qu'un petit masque sans barbe qui ne cachait point la hoiicbc; et copendanl elle dansa presque deux heures onlières sans être n-connue, avec desjeunesgens à qui elle avait apporté doux cents verres d'eau dans sa vie.
GUNTHER; ^ccoarant.
Quoi ! si brave et si jeune, et sitôt emporté !
Mon Frank! est-ce bien vrai, messieurs? Ah I mort funeste!
Moi qui ne demandais qu^à vivre assez longtemps
Pour te voir accomplir ta mission céleste !
Me voilà seul au monde avec mes cheveui blancs !
Moi qui n'avais de jeune encor que ta jeunesse 1
Moi qui n^aimais que toi ! Misérable vieillesse !
Je ne te verrai plus, mon Frank I On t*a tué.
FRANK, i part.
Ce pauvre vieux Gunther, je Pavais oublié.
LE CHŒDR.
Qu'on voile les tambours, que le prêtre s^avance. A genoui, compagnons, tête nue et silence.
Qu'on dise devant nous la prière des morts.
Nous voulons au tombeau porter le capitaine.
Il est mort en soldat, sur la terre chrétienne. L*âme appartient à Dieu; Tarmée aura le corps.
TROIS MOINES, s'avançant.