‹ Premieres poésies...1829-1835Chapitre 82 sur 91 · X1.VII · texte numérisé non relu

X1.VII

11 n'existait alors secret ni conOdence

Qui pût y résister. — Tout parlait, tout roulait;

NAiMOUNA. 293

Tous les épaDchements du inonde entraient en danse, Illusions, soucis, gloire, amour, espérance; Jamais confessionnal ne vit de chapelet Comparable en longueur à ceux qu'il défilait.

Ah ! c'est un grand malheur, quand on a le cœur tendre.

Que ce lien de fer que la nature a mis

Entre Tâme et le corps, ces frères ennemis!

Ce qui m'étonne, moi, c*est que Dieu l'ait permis.

Voilà le nœud gordien qu'il fallait qu'Alexandre

Rompît de son épée, et réduisit en cendre.

L'âme et le corps, hélas! ils iront deux à deux,

Tant que le monde ira, — »pas à pas, — côte à côte, —

Comme s'en vont les vers classiques et lés bœufs.

L'un disant : « Tu fais mal ! » et l'autre : « C'est ta faute ! »

Ah! misérable hôtesse, et plus misérable hôlel

Ce n'est vraiment pas vrai que tout soit pour le mieux.

Et la preuve, lecteur, la preuve irrécusable

Que ce monde est mauvais, c'est que pour y rester

Il a fallu s'en faire un autre, et l'inventer.

Un autre I — monde étrange, absurde, inhabitable.

Et qui, pour valoir mieux que le seul véritable,

N'a pas même un instant eu besoin d'exister.

Oui, oui, n'en doutez pas, c'est un {plaisir perfide Que d'enivrer son âme avec le vin des sens;

2tf.

Que de baiser au front la volupté timide, Et de lailsser tomber, comme la jeune Elfiride, La clef d'or de son cœur dans les eaux des torreots. Heureui celui qui met dans de pareils moments.

ui.

Comme ce vieui visir qui gardait sa sultane, La lame de son sabre entre une femme et lui \ Heureui Fautel impur qui n'a pas de profane!

Heureux l'homme indolent pour qui tout est fini Quand le plaisir s'émousse, et que la courtisane N'a jamais vu pleurer après qu'il avait ri !

LUI

Ah! l'abîme est si grand! la penle est si glissante! Une maîtresse aimée est si près d'une soeur!

Elle vient si souvent, plaintive et caressante, Poser, eu chuchotant, son cœur sur votre cœur! L'homme csl si faible alors! la femme est si puissante! Le chemin est si doux du plaisir au bonheur!

LÏV.

Pauvres gens que nous tous! — Et celui qui se livre

De ce qu'il aura fait doit tôt ou tard gémir!

La coupe est là, brûlante, — et celui qui s'enivre

Doit rire de pitié s'il ne veut pas frémir!

Voilà le train du monde, et ceux qui savent vivre

Vous diront à cela qu'il valait mieux dormir.

Oui, dormir — et rêver ! — Ah ! que la vie est belle, Quand un révc divin fait sur sa nudité

Pieuvoii' les rayons d'or de soo prisme enchanté! Frais comme la rosée, et fils du ciel comme elle! Jeune oiseau de la nuit, qui, sans mouiller son aile, Voltige sur les mers de la réalité!

Ah! si la rêverie était toujours possible!

Et si le somnambule, en étendant la main, Ne trouvait pas toujours la nature inflexible Qui lui heurte le front contre un pilier d'airain ! Si Ton pouvait se faire une armure insensible! Si Ton rassasiait Tamour comme la faim!

Page 1