L3 VER
Cette nuit sera longue, ô blanche trépassée! Avec moi, pour toujours, la mort t'a fiancée;
Ton lit, c'est le tombeau.
Voici l'heure où le cliien contre la lune aboie, Où le pâle vampire erre et cherche sa proie,
Où descend le corbeau.
LA TRÉPASSÉE
Mon bien-aimé, viens donc! l'heure est déjà passée. Oh ! tiens-moi sur ton cœur, entre tes bras pressée.
J'ai bien peur, j'ai bien froid.
Réchauffe à tes baisers ma bouche qui se glace. Oh! viens, je tâcherai de te faire une place,
Car le lit est étroit !
Cinq pieds de long sur deux de large. La mesure Est prise exactement; cette couche est trop dure :
L'époux ne viendra pas. 11 n'entend pas tes cris. 11 rit dans quelque fête. Allons, sur ton chevet repose en paix ta tète
Et recroise tes bras.
LA TRÉPASSÉE
Quel est donc ce baiser humide et sans haleine? Cette bouche sans lèvre, est-ce une bouche humaine,
Est-ce un baiser vivant?
0 prodige! A ma droite, à ma gauche, personne. Mes os craquent d'horreur, toute ma chair frissonne
Comme un tremble au grand vent.
Ce baiser, c'est le mien : je suis le ver de terre; Je viens pour accomplir le solennel mystère.
J'entre en possession.
Me voilà ton époux, je te serai fidèle. Le hibou tout joyeux fouettant l'air de sou aile
Chante notre union.
LA TRÉPASSÉE
Oh! si quelqu'un passait auprès du cimetière!
J'ai beau heurter du front les planches de ma bière,
Le couvercle est trop lourd!
Le fossoyeur dort mieux que les morts qu'il enterre. Quel silence profond! la route est solitaire;
L'écho lui-même est sourd.