LE VER
A moi tes bras d'ivoire, à moi ta gorge blanche, A moi tes flancs polis avec ta belle hanche A l'ondoyant contour,
A moi tes petits pieds, ta main douce et ta bouche, Et ce premier baiser que ta pudeur farouche Refusait à l'amour.
LA TRÉPASSÉE
C'en est fait! c'en est fait! Il est là! sa morsure M'ouvre au flanc une large et profonde blessure ;
Il me ronge le cœur.
Quelle torture ! 0 Dieu quelle angoisse cruelle ! Mais que faites-vous donc lorsque je vous appelle,
0 ma mère, ô ma sœur?
Dans leur âme déjà ta mémoire est fanée,
Et pourtant sur ta fosse, ô pauvre abandonnée,
L'oranger est tout frais.
La tenture funèbre à peine repliée, Comme un songe d'hier elles t'ont oubliée,
Oubliée à jamais.
LA TRÉPASSÉE
L'herbe pousse plus vite au cœur que sur la fosse; Une pierre, une croix, le terrain qui se hausse,
Disent qu'un mort est là.
Mais quelle croix, fait voir une tombe dans l'âme? Oubli ! seconde mort, néant que je réclame,
Arrivez, me voilà !