‹ Premières poésies, 1830-1845Chapitre 23 sur 131 · LE VER · texte numérisé non relu

LE VER

A moi tes bras d'ivoire, à moi ta gorge blanche, A moi tes flancs polis avec ta belle hanche A l'ondoyant contour,

A moi tes petits pieds, ta main douce et ta bouche, Et ce premier baiser que ta pudeur farouche Refusait à l'amour.

LA TRÉPASSÉE

C'en est fait! c'en est fait! Il est là! sa morsure M'ouvre au flanc une large et profonde blessure ;

Il me ronge le cœur.

Quelle torture ! 0 Dieu quelle angoisse cruelle ! Mais que faites-vous donc lorsque je vous appelle,

0 ma mère, ô ma sœur?

Dans leur âme déjà ta mémoire est fanée,

Et pourtant sur ta fosse, ô pauvre abandonnée,

L'oranger est tout frais.

La tenture funèbre à peine repliée, Comme un songe d'hier elles t'ont oubliée,

Oubliée à jamais.

LA TRÉPASSÉE

L'herbe pousse plus vite au cœur que sur la fosse; Une pierre, une croix, le terrain qui se hausse,

Disent qu'un mort est là.

Mais quelle croix, fait voir une tombe dans l'âme? Oubli ! seconde mort, néant que je réclame,

Arrivez, me voilà !

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