‹ Premières poésies, 1830-1845Chapitre 50 sur 131 · PENSEE DE MINUIT · texte numérisé non relu

PENSEE DE MINUIT

Une minute encor, madame, et cette année, Commencée avec vous, avec vous terminée,

Ne sera plus qu'un souvenir.

Minuit : voilà son glas que la pendule sonne, Elle s'en est allée en uu lieu d'où personne

Ne peut la faire revenir :

Quelque part, loin, bien loin, par delà les étoiles, Dans un pays sans nom, ombreux et plein de voiles,

Sur le bord du néant jeté; Limbes de l'impalpable, invisible royaume Où va ce qui n'a pas de corps ni de fantôme.

Ce qui n'est rien ayant été ,

Où va le son, où va le souffle, où va la flamme, La vision qu'en rêve on perçoit avec l'âme,

L'amour de notre cœur chassé; La pensée inconnue éclose en notre tète; L'ombre qu'en s'y mirant dans la glace on projette.

Le présent qui se fait passé;

Un à'Compte d'un an pris sur les ans qu'à vivre Dieu veut bien nous prêter; une feuille du livre

Tournée avec le doigt du temps; Une scène nouvelle à rajouter au drame; Un chapitre de plus au roman dont la trame

S'embrouille d'instants en instants;

Un autre pas de fait dans celte route morne, De la vie et du temps, dont la dernière borne,

Proche ou lointaine, est un tombeau; Où l'on ne peut poser le pied qu'il ne s'enfonce, Où de votre bonheur toujours à chaque ronce

Derrière vous reste un lambeau.

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