FUNÉRAILLES
Si l'on te demandait où est tout le trésor de tes jours florissant?, et si tu répondais que tout cela est dans tes 3'eux creusés, ce serait une honte dévorante et un stérile éloge.
Shakespearb.
Roses de Damas, pourpres roses, blanches roses, Où sont vos parfums, vos pétales éclatants? Où sont vos chansons, vos ailes couleur du temps, Oiseaux miraculeux, oiseaux bleus, oiseaux roses?
0 neig'es d'antan, vos prouesses, capitansi A jamais abolis les effets et les causes. Et pas d'aurore écrite en les métempsycoses : Baumes précieux, que tous des orviétans!
Surpris les essors aux embûches malitornes.
Les cerfs s'en sont allés la flèche entre les cornes,
Aux durs accords des cors les cerfs s'en sont allés.
Et nous sommes au bois la Belle dont les sommes
Pour éternellement demeureront scellés...
Comme une ombre au manoir rétrospectif, nous sommes.
LES GANTILENES lOI
Voix qui revenez, bercez-nous, berceuses voix :
Refrains exténués de choses en allées,
Et sonnailles de mule au détour des allées,
— Voix qui revenez, bercez-nous, berceuses voix.
Flacons, et vous, grisez-nous, flacons d'autrefois : Senteurs en des moissons de toisons recelées, Chairs d'ambre, chairs de musc, bouches de giroflées . — Flacons, ô vous, grisez-nous, flacons d'autrefois.
lOa PRE-MIERES POESIES
En ce matin d'hiver et d'ombre, Talouette, En ce matin d'hiver, l'alouette est muette. — Voix qui revenez, bercez-nous, berceuses voix.
Les lys sont coupés dans le jardin, et les roses, Et les irts au bord des eaux, des eaux moroses. — Flacons, ô vous, grisez-nous, flacons d'autrefois.
LES CANTILENKS io3
Le jardin était taillé comme une belle dame.,.
GiLES Fletcuer.
Dans le jardin taillé comme une belle dame, Dans ce jardin nous nous aimâmes, sur mon âme! 0 souvenances, ô regrets de l'heure brèvej Souvenances, regrets de Theur, 0 rêve en rêve
Et triste chant dans la bruine et sur la grève. Chant triste et si lent et qui jamais ne s'achève, Lent et voluptueux, cerf qui de désir brame, Et trémolo banal, aussi, de mélodrame :
C'est la table rustique avec ses nappes blanches Et les coupes de vins de Crète, sous les branches, La table à la lueur de la lampe caduque ;
Et tout à coup, Tombre des feuilles remuées Vient estomper son front bas, son front et sa nuque Gracile. La senteur des fleurs exténuées
S'évapore dans les buées Hélas! car c'est déjà la saison monotone. L'automne sur les fleurs et dans nos cœurs l'automne.
Et ce pendant qu'elle abandonne Ses doigts aux lourds anneaux à ma lèvre, j'écoute, J'écoute les jets d'eau qui pleurent goutte à goutte.
LES GANTILENES 10.
Sos mains qu'elle tend comme pour des théurgies, Ses deux mains pâles, ses mains aux bagues barbares; Et toi son cou qui pour la fête tu te pares I Ses lèvres rouges à la clarté des bougies ;
Et ses cheveux, et ses prunelles élargies
Lourdes de torpeur comme Tair autour des mares ;
Parmi les bêtes fabuleuses des simarres,
Vous ses maigreurs, vous mes suprêmes nostalgies;
0 mirages que ma tendresse perpétue, Echos fallacieux de l'heure qui s'est tue, Malgré votre carmin et malgré vos colliers,
Et vos nœuds de brocart, et vos airs cavaliers, Pauvres ! vous êtes morts, ô vous tous elle toute, Elle toute et mon cœur^nous sommes morts, sans doute.
LBS CAiNTiLJKilb-S 'O7
Pleurer un peu, sîje pouvais pleurer un peu,
Pleurer comme l'orphelin, et comme la veuve,
Et comme le pécheur naïf implorant Dieu.
Simple qu'il soit mon cœur, simplement qu'il s'émeuve !
Sur ma guirlande fanée et ma robe neuve Tissée au ciel avec du blanc, avec du bleu, Sur ma guirlande fanée emportée au fleuve. Pleurer un peu, pouvoir pleurer serait mon vœu.
Mais, ce pendant que votre main cruelle et sûre, Sûre et cruelle fait vibrer dans ma blessure L'inexorable trait, Ma Dame, ma Douleur,
Il faut que je vous loue et que je vous célèbre,
Et que je tresse la gemme rare et la fleur
Dans vos cheveux qui sont couleur de la ténèbre.
LES CANTILENES I09
En son orgueil opiniâtre, Que d'un sceptre d^or se parât, Que dans un habit d'apparat Il eût des poses de théâtre,
Que, de sa prestance idolâtre, Mît la perle de maint carat Avec un ruban nacarat Dans sa chevelure folâtre;
IIO PREMIERES P0£SIE5
U inéluctable vint à point Tirer d'une main acharnée La bride de sa destinée,
Briser son sceptre dans son poing, Faire de sa pourpre une loque Que le vent mauvais effiloque.