‹ Premières poésies, 1883-1886Chapitre 9 sur 34 · MUSIQUE LOINTAINE · texte numérisé non relu

MUSIQUE LOINTAINE

La voix, songeuse voix de lèvres devinées, Eparse dans les sons aigus de l'instrument, A travers les murs sourds filtre implacablement, Irritant des désirs et des langueurs fanées.

Alors, comme sous la baguette d*un sorcier, Dans mon esprit flottant la Vision se calque : Blanche avec des cheveux plus noirs qu'un caiajalque^ Frêle avec des rondeurs plus lisses que l'acier.

S9 PllBMIÈKEg POÉSIES

Dans le jade se meurt la branche de verveine. Les tapis sont profonds et le vitrail profond. Les coussins sont profonds et profond le plafond, JSul baiser attristant, nulle caresse vaine.

La voix, songeuse voix de lèvres devinées, Eparse dans les sons aigus de l'instrument, A travers les murs sourds filtre implacablement, Irritant des désirs et des langueurs fanées.

C'est par l'efFet trompeur de Maya quele principe intelligent paraft revêtu de tant de formes ; mais la contemplation est comme un glaive avec le quel les hommes sages tranchent le lien de l'action qui enchaîne la conscience.

Bhagavata-Pourana.

Etre serein ainsi qu'un roc inaccessible, Sans souci de chercher Toubli de ses pensées ; L'âme close aux sanglots des Lyres cadencées, Aux rêves hasardeux ne pas servir de cible .

Aux ors incandescents des trésors des Palmyres, Aux perles des Ophirs — aveugles ses prunelles ; La vertèbre rétive aux visions charnelles Eparses dans Todeur énervante des myrrhes.

Le Temps pétrifié sur les feuillets du Livre;

Le Ciel du Cœur uni comme un métal ; sans rides,

O Sensibilité, tes surfaces virides ;

L^Aube pareille au Crépuscule : 0 ne pas vivre l

HÔxMO, FUGE

Il ftit vu, en sa main ainsi piquée, un écrit comme d'un sang- de mort, ea ces mots latins : « O Homo, fusje ! » qui est à dire : « O homme, fuis-t'en de là, et fais le bien. »

La légende de Faust.

Sur Tarbre et la bête de somme, Sur le fauve altier, et sur l'homme Inutilement révolté, Monstre de pleurs et de sang ivre, DÉSIR formidable de vivre, Tu fais peser ta volonté.

Pour vaincre l'austère non-être Tu dis aux succubes de naître, Et de ta main tu prodiguas Les joyaux aux prostituées, Et les couronnes polluées Autour du front des rené§-ats.

Expert en les dialectiques, Tu parles et tu sophistiques Avec ta voix de clair métal :

Et les Tentations pullulent, Et les Tentations ululent Dans l'ombre du Ravin fatal,

LIS STRTKS 01

Car tu sais pour damner notre âme Faire jaillir la Pure-Flamme Dans Toeil des hiboux et des freux; Tu connais les accoutumances Des devins, et les nigromances Et les hocuspocus affreux.

Sous la Comète et sous la Lune, En tunique de pourpre brune, Très blanche avec des cheveux blonds, Près du lac où nagent les cygnes, Ta feinte candeur a des signes Qui parlent des sentiers oblongs, •

A travers les chaudes haleines Des tabacs et des marjolaines, De nos vœux tu guides l'essor Où, dans sa fière nonchalance, La Fleur-Charnelle se balance Pareille au grand lis nimbé d'or.

Mais ta promesse n'est que leurre I Bientôt, bientôt sonnera l'heure Du Chevalier au pied fourché.

Et nous savons bien que tu caches Sous les velours et les panaches.

Toute la hideur du Péché.

LES SYRTES qS

Oh ! qu'il vienne un autre Messie Secouer Tantique inertie, Qu'il vienne en ses rédemptions Détruire l'œuvre de la Femme Et te faucher, désir infâme Des neuves générations.

LES CÂNTILÈNES

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