LES CANTILÈNES 1 I I
0 les cavales hennissant au vent limpide, Et les los de triomphe à Tentour des pavois! Les cavaliers mordent la cendre, et je me vois Tel un vaincu que la populace lapide.
L'ombre se fait suspecte et veuve des hautbois, Et l'appareil n'est plus de la fête splendide ; Et tout à coup par un maléfice sordide Des belles Dames se décharnèrent les doigts.
Lutter, pourquoi ? quand l'étendard de la conquête Claque aux remparts trahis ; et faut-il qu'on s'entête Sous les lustres obscurs à danser d'un pied tors ?
J'entends pleurer comme des chordes sous des plectres;
Avec de pâles fleurs voici passer des spectres ;
Et je voudrais mourir un peu, comme on s'endort.
LES CÀNTILÉNES Il3
Désir de vivre et d*être heureux, leurre et fallace, Et monstre indéfectible aux têtes renaissantes, Malgré l'automne et les couronnes marcescentes, De courir tes hasards mon âme n'est pas lasse.
Car nous n'espérons point d'être jamais, hélas I Le sage dont Tesprit sûr égorgea les sens ; Et nous avons au cœur cent taureaux mugissants, Et la morgue ridicule des guérillas.
Il4 PREMIÈRES POÉSIItS
Que pour un jour du moins ! dure et lente rancune Du Destin, laisse-toi fléchir par l'infortune Et que j'aie un peu de trêve et de réconfort;
Que je cueille la grappe, et la feuille de myrte Qui tombe, et que je sois à l'abri de la syrte Où j'ai fait si souvent naufrage près du port.
LES CANTILÈNES Il5
Sous VOS longues chevelures, petites fées, Vous chantâtes sur mon sommeil bien doucement, Sous vos longues chevelures, petites fées. Dans la forêt du charme et de l'enchantement.
Dans la forêt du charme et des merveilleux rites. Gnomes compatissants, pendant que je dormais, De votre main, honnêtes gnomes, vous m'offrîtes Un sceptre d'or, hélas I pendant que je dormais.
Il6 PREMIÈRES POÉSIES
J'ai su depuis ce temps que c'est mirage et leurre Les sceptres d'or et les chansons dans la forêt ; Pourtant, comme un enfant crédule, je les pleure, Et je voudrais dormir encordans la forêt.
Qu'importe si je sais que c'est mirage et leurre 1
LES CANTILENES II7
Par la douce pîtîé qui s'attendrit au plî, Pourtant dur, de la lèvre, inaccessible amante, Saurais-tu donc effacer la marque infamante Que la vie imprima sur mon front assoupli I
Sois, au moins, la main qui berce, et lorsque a faibli Mon orgueil, et ce pendant que geint la tourmente, Abrite-moi comme d'une magique mante, Des ténèbres de ta chevelure d'oubli ; [
Il8 PAËMIÈRES POESIES
Et que de tes yeux la translucide prunelle Me verse la fraîcheur et la paix solennelle De la mare endormie en un lit de roseaux.
Mais surtout garde-toi bien close, et taciturne,
Tel que sous le soleil un augurai oiseau.
— Car mon âme frémit de regarder dans Turne.
Lès GÀNTILÈNE3 ilQ
Et j'irai le long- de la mer éternelle Qui bave et gémit en les roches concaves, En tordant sa queue en les roches concaves ; J'irai tout le long de la mer éternelle.
Je viendrai déposer, ô mer maternelle, Parmi les varechs et parmi les épaves.
Mes rêves et mon orgueil, mornes épaves, Pour que tu les berces, ô mer maternelle.
I20 pnEMlÈHES POéllKS
Et j'écouterai les cris des alcyons
Dans les cieuxplombéset noirs comme un remords,
Leurs cris dans le vent aigu comme un remords.
Et je pleurerai comme les alcyons, Et je cueillerai, triste jusqu'à la mort. Les lys des sables pâles comme la mort.