LE DÉMONIAQUE
Ai-je sucé les sucs d'innommés magistères? Quel succube au pied bot m'a-t-il donc envoûté? Oh! ne Têtre plus, oh ! ne l'avoir pas été 1 Suc maléfique, ô magistères délétères I
Point d'holocauste offert sur les autels des Tyrs, Point d'âpres cauchemars, d'affres épileptiques I Seuls les rêves pareils aux ciels clairs des tryptiques, Seuls les désirs nimbés du halo des martyrs I
Qui me rendra jamais THermine primitive, Et le Lis virginal, et la sainte Forêt Où, dans le chant des luths, Viviane apparaît Versant les philtres de sa lèvre fugitive !
Hélas I hélas ! au fond de l'Erèbe épaissi, J'entends râler mon cœur criblé comme une cible. — Viendra-t-on te briser, sortilège invincible? — Hâte-toi, hâte-toi, bon Devin, car voici
Que l'Automne se met à secouer les Roses,
Et que les jours rieurs s'effacent au lointain.
Et qu'il va s'éteignant le suave Matin :
— Et demain, c'est trop tard pour les Métamorphoses I
Les bras qui se nouent en caresses pâmées, Le cordial bu du baiser animal, Les cheveux qu'on tord, les haleines humées. Des nerfs énervés apaisent-ils le mal ?
0 nos visions les toujours affamées!
0 les vœux sonnant ainsi qu'un faux métal 1 En nos âmes, inéluctables Némées, Qui viendra terrasser le monstre fatal?
"74 PREMlinES POéSlES
Et puisqu'il faut que toutes coupes soient brèves, Puisqu'il faut en vain sur d'impossibles grèves Chercher le népenthès et le lotus d'or ;
Ne vaudrait-il mieux le Désir qu'on triture : Ne vaudrait-il mieux te voler ta pâture, Dégoût carnassier, ô funèbre condor I
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ACCAOÎIE
Lorsque sous la rafale et dans la brume dense, Autour d'un frêle esquif sans voile et sans rameurs, On a senti monter les flots pleins de rumeurs Et subi des ressacs Tétourdissante danse,
Il fait boB sur le sable et le varech amer S'endormir doucement au pied des roches creuses, Bercé par les chansons plaintives des macreuses, A rheure où le soleil se couche dans la mer.
•y6 PRXMlèRIS POésiKS
Que l'on jette ces lis, ces roses éclatantes, Que l'on fasse cesser les flûtes et les chants Qui viennent raviver les luxures flottantes A l'horizon vermeil de mes désirs couchants.
Oh! ne me soufflez plus le musc de votre haleine, Oh I ne me fixez pas de vos yeux fulgurants, Car je me sens brûler, ainsi qu'une phalène, A Tazur étoile de ces flambeaux errants.
XS8 SYKTKS 77
Oh ! ne me lente plus de ta caresse avide,
Oh ! ne me verse plus Tenivranle liqueur
Qui coule de ta bouche — amphore jamais vide —
Laisse dormir mon cœur, laisse mourir mon cœur.
Mon cœur repose, ainsi qu'en un cercueil d'érable, Dans la sérénité de sa conversion ; Avec les regrets vains d'un bonheur misérable. Ne trouble pas la paix de l'absolution.
Feux libertins flambant dans TAuberge fatale Où se vautre l'impénitence des dégoûts, Où mon âme a brûlé sa robe de vestale,
— Eteignez-vous 1
Par les malsaines nuits de crimes traversées, Hippogriff'es du Mal, femelles des hiboux, Qui prêtiez votre essor à mes lâches pensées, — Envolez-vous !
LIS STKTSS
Salamandres-désirs, sorcières-convoitises Qui hurliez dans mon cœur avec des cris de loups La persuasion de toutes les feintises, — Ah! taisez-vous I
8o PREMIÈRES POÉSIES
J'ai trouvé jusqu'au fond des cavernes alpines L'antique Ennui niché,
Et j'ai meurtri mon cœur pantelant, aux épines De l'éternel Péché.
0 sagesse clémente, ô déesse aux yeux calmes,
Viens visiter mon sein, Que je m'endorme un peudansla fraîcheur des palmes.
Loin du Désir malsain.
LES SYRTES 8l
Mon cœur, mon cœur fut la lanterne Eclairant le lupanar terne ; Mon cœur, mon cœur, fut un rosier, Rosier poussé sur le fumier.
Mon cœur, mon cœur est le blanc cierge Brûlant sur un cercueil de vierge ; Mon cœur, mon cœur est sur Tétang Un chaste nénuphar flottant.
0 mer immense, mer aux rumeurs monotones, Tu berças doucement mes rêves printaniers ; 0 mer immense, mer perfide aux mariniers. Sois clémente aux douleurs sages de mes automnes.
Vague qui viens avec des murmures câlins Te coucher sur la dune où pousse l'herbe amère. Berce, berce mon cœur comme un enfant sa mère, Fais-le repu d'azur et d'effluves salins.
Loin des villes, je veux sur les falaises mornes Secouer la torpeur de mes obsessions, — Et mes pensers, pareils aux calmes alcyons, Monteront à travers Timmensité sans bornes.