‹ Premières poésies et lettres intimes;Chapitre 27 sur 66 · UN SOUVENIR ET UN REGRET · texte numérisé non relu

UN SOUVENIR ET UN REGRET

Alors que ma jeunesse et ses jours indolents

S'écoulaient sur nos bords parfumés et brûlants,

Alors que je rêvais de gloire et de génie,

Parfois ce long repos assombrissait ma vie;

Fuir monrdoux ciel natal me semblait le bonheur.

Insensé! De nos soirs le parfum enchanteur,

Les pleurs harmonieux des brisants sur nos rives,

Le chant des bengalis dans les palmes pensives,

L'aurore, de rayons dorant les monts géants,

Vers l'horizon en feu que déjà voilait l'ombre,

Le soir venu des cieux comme un roi grave et sombre,

Puis ce charme si doux d'un amour fraternel,

Ces parents chers et bons que m'accordait le Ciel,

Tous ces amis grandis à mon côté, doux frères,

Que je pleure parfois dans mes jours solitaires,

Bonheur de tout instant, charmes impérieux

N'enivraient point mon cœur désireux d'autres cieux.

Et pourtant, quand le bord de ma natale grève.

Dans la brume des mers se perdit comme un rêve,

Une tristesse immense enveloppa mon cœur; Et je crus voir alors, ô prestige vengeur!

L'amour de ma jeunesse et l'espoir éphémère, Planant aux bords aimés où je vis la lumière. Dessiner sur l'azur leur essaim gracieux, Me saluer de l'aile et s'envoler aux cieux !

Je conçois, mon cher Ami, votre désir de rester quelque temps dans votre famille avant de la quitter encore, et cependant j'aimerais beaucoup que vous vinssiez plus tôt. En voici les principaux motifs : d'abord Textrême impatience que j'ai de vous revoir, puis le séjour peu prolongé que va faire ici M"® Adèle Chrétien. Si vous arriviez au Carnaval seulement, vous la trouveriez encore, et nous pourrions avoir une petite soirée chez W^^ Eugénie pour célébrer votre retour parmi nous. Je souhaiterais encore votre bienvenue plus prochaine, en ce que n'ayant que trois jours de congé, lors du Carnaval, il me serait difficile de vous accompagner plus tard à Dinan. Ainsi donc, tout en concevant parfaitement votre retard à venir, je prie Dieu, comme un égoïste que je

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suis, qu'il inspire à M. Prigent de vous appeler le plus tôt possible à lui.

Je viens de lire vos jolis vers à ces dames.

Décidément vous êtes leur poète favori, et M"® Eugénie fera quelque jours de vos œuvres son livre d'heures...

Ne manquez pas de me répondre.

Votre sincère ami, C. Leconte de l'Islb.

Rennes, janvier 1839.

Mon oncle vous a-t-il répondu, mon cher Ami? Jugez de ma surprise et de ma colère lorsque, ce malin, je reçois une phrase sèche et indifférente qui me dit : « L'affaire dé Rouffet est manquée, le clerc de M. Prigent s'étant décidé à rester. » Comment trouvez-vous cela? En vérité, je ne sais ce qui m'empêche d'aller leur jeter à la face tout le mépris que m'inspire leur mauvaise foi.

Ecrivez-moi bien vite, mon Ami. Je suis dans une mortelle inquiétude que vous n'ayez quitté votre place de Lorient avant la réponse de mon oncle. Ces dames partagent bien vivement ma peine aussi. Écrivez-moi donc.

Votre ami bien dévoué, C. Leconte de l'Isle.

Rennes, 9 février 1839.

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