‹ Premières poésies et lettres intimes;Chapitre 46 sur 66 · A UNE JEUNE INDIENNE · texte numérisé non relu

A UNE JEUNE INDIENNE

A Af"" Amélie Detpit^ ma cousine, ceci est dédié.

Sous les palmiers, frais berceaux du vieux Gange,

Céleste enfant, quel rayon t'anima ?

De notre Christ es-tu quelque doux ange?...

Ou de Taurore, au souffle de Brahma,

Un blanc génie, aux ailes de topazej

Abandonnant son palais dans les cieux,

Se cache-l-il sous ta robe de gaze,

Pour éblouir et notre âme et nos yeux?

De ta venue apprends-nous le mystère ; Cette senteur de la myrrhe et du miel, Est-ce ton cœur qui parfume la terre, Est-ce l'esprit qui regrette le ciel ?...

Ce long regard qui luit sous ta prunelle, Toujours charmant, mais quelquefois pensif, Reflète-t-il un séjour primitif, Où s'entr'ouvraient les plumes de ton aile ?

Pardonne, enfant, nos désirs indiscrets; Mais la beauté du ciel même est l'image.

Et tout rayon qu'elle laisse au passage Fait pressentir d'ineffables secrets.

Puis, quand du cœur reine est la poésie, De son chef-d'œuvre il monte au Créateur...

Pardonne donc, ô perle de TAsie, Nous l'adorons dans ton être enchanteur !

Nous l'adorons quand tes lèvres frémissent, Nous l'adorons quand, pliant tes genoux, Pour le prier, tes jeunes mains s'unissent ; Nous l'adorons quand s'arrête sur nous Ton œil brillant de joie ou d'innocence; Lorsque, légère, ignorante de pleurs.

Laissant aller ta naïve existence.

Tu vis d'espoir, de rêves et de fleurs !...

Le colibri, diamant du feuillage, Ainsi que toi chante, étincelle et dort ; Ta rose aimée où l'aube a son mirage.

Ainsi que toi pleure des perles d'or...

Mais, comme lui, ne sois pas un prestige, Un doux éclair qui vient, qui passe et meurt; Gomme elle aussi ne quitte pas ta tige.

Frêle âme éclose aux lèvres du Seigneur !

Ah! pourrait- il, d'une éphémère ivresse.

Flétrir les cœurs qui suivent ici-bas Le bruit charmant ou l'ombre de tes pas ?

Pour leur laisser, enfant, non la tristesse,

S'il rappelait ton être harmonieux, Mais le désir de mourir, à toute heure, Pour espérer de trouver dans les deux Le bleu sentier qui mène à ta demeure !

Dieul permets-nous de contempler longtemps Cet ange humain qu'un rayon fit éclore !

Permets, Seigneur, que ses traits éclatants Gardent le feu de sa candide aurore...

Ou bien, du moins, si sa vie est un jour, Ah ! que ce jour emplisse notre vie, Et puis, alors, à la terre ravie, Que Tâme au ciel remonte sans retour !

Sous les palmiers, frais berceaux du vieux Gange,

Céleste enfant, quel rayon t'anima ?

De notre Christ es-tu quelque doux ange?

Ou de l'aurore, au souffle de Brahma,

Un blanc génie aux ailes de topaze.

Abandonnant son palais dans les cieux.

Se cache-t-il sous ta robe de gaze

Pour éblouir et notre âme et nos yeux ?

Voilà. Dites-moi, mon bon Ami, ce que vous. pensez de cette bluette. En vérité, je

150 PUEMIÈRES POÉSIES

VOUS demande pardon de vous faire payer d'énormes ports pour ne rien vous dire qui vous intéresse. Cependant, dans mes prochaines lettres, je réparerai, s'il se peut, ma faute.

Adieu, mon Ami, mon seul Ami !

Tout à vous pour toujours,

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