A GEORGE SAND
Lorsque de sa lumière harmonieuse et douce, Le printemps parfumé réjouit dans la mousse L'insecte anéanti longtemps par le sommeil, Dans son frêle langage il bénit le soleil, S'unissant par l'amour à l'hymne solennelle Qu'exhale la nature en sa joie éternelle.
C'est ainsi que mon cœur, avec effusion, T'offre tout bas l'encens de l'admiration,
poète éclatant, âme que le génie Fit d'un rayon d'amour, d'orgueil et d'harmonie. Lyre où tombe un reflet de l'immortalité.
Qui chante dans l'extase et dans la majesté!...
Ah ! prêtresse de l'art, ta parole flamboie, Ta parole est un ciel où mon âme se noie, Un temple dont la base est faite de granit, OùJ'arabesque d'or à l'acanthe s'unit
1. Le timbre de la poste, au revers de la feuille qui contient ces vers porte : Rennes^ 27 sept. 1839.
Et dont le large dôme, inondé par la flamme, Dans son ardent milieu voit rayonner ton âme, Car le ravissement, d'un élan spacieux, Entr'ouvre Tombre humaine et révèle les cieux, Quand Tesprit s'est plongé dans tes rêves splendides, Indiana, Geneviève, ô mes anges candides.
Senteurs qui vous bercez dans l'ombre, et qui pleurez, Toutes deux, miel divin pour les cœurs altérés, Geneviève, Indiana, fleurs charmantes et frêles, D'un Séraphin pensif formiez-vous les deux ailes. Avant que dans son cœur le poète immortel .
Ne reçut vos parfums qui lui venaient du ciel.
Et toi, sublime esprit, éclair de son génie.
Mélange de beauté, de force et d'ironie.
Cœur éteint et brûlant, abîme, être inouï,
Dont le regard d'amour ou d'audace éblouit...
Création étrange, âme vierge et blasée,
Lelia, quelle es-tu, délirante pensée ?
Et toi, mystique Hélène, ô lyre que le vent
Fait vibrer dans les cieux comme un parfum vivant,
Hélène, réponds-nous, doux et profond mystère,..
Harmonieuse voix, es-tu bien de la terre ?
Poète, pardonne à mon cœur enivré De s'égarer ainsi dans ton rêve sacré ; Pardonne, car de soi l'on n'a plus la mémoire, Quand les faibles regards s'éblouissent de gloire;
Car, lorsque de tes chants magnifiques et doux Le retentissement se prolonge sur nous, Il faut, tout débordant d'une extatique fièvre, Se suspendre, pour vivre, au souffle de ta lèvre ! De Tabîme terrestre il faut surgir soudain.
Tendre d'intelligence à ton nom souverain.
Tremper sa plume aux feux dont la gloire t'inonde. Et dire que sans toi périrait tout-un monde, Le monde de l'esprit, orbe des divins airs, Qui de toi, son soleil, reçoit ses mille éclairs !
Vous devez bien penser, mon cher Ami, que j'eusse préféré, sans doute, me rendre auprès de vous ; mais il m eût fallu pour cela le triple de la somme que demandait le voyage que je viens de faire, et c'était tout ce que je possédais pour le moment. Je prévois que votre seule arrivée à Rennes pourra nous réunir. Ainsi dépèchez-vous de prendre une décision, car les premières nouvelles que j'attends de Bourbon pourraient fort bien me donner l'ordre d'y retourner. Ceci n'est, au reste, qu'une simple présomption de ma part.
Votre petite pièce est bien gracieuse, mon Ami. Mais que je vous félicite encore sur votre
morceau à votre sœur. C'est bien senti et bien exprimé. Je vous envoie une pièce à George Sand; c'est plutôt un canevas qu'une chose achevée. J'ai l'intention, si vous la trouvez bien, de l'envoyer à la Revue des Deux Mondes. Ainsi dites-moi votre sincère avis.
Ah! ça, que devient donc votre Papillon de nuit^ titre tant soit peu étrange, puisqu'il devait venir de l'Orient — excusez le calembour? — Le phalène est donc mort avant de naître?
Donnez-moi de ses nouvelles.
Tout à vous de franche amitié.