‹ Premières poésies et lettres intimes;Chapitre 54 sur 66 · A NOS VERS · texte numérisé non relu

A NOS VERS

Allez, frêles accents de nos âfties pensives,

Qui nous êtes si doux, Allez mourir plus loin, ô notes fugitives,

Feuilles, envolez-vous!

Oh ! si les rossignols, ces lyres immortelles,

Protégeaient un seul jour Votre destin fragile à Tombre de leurs ailes. Qu'au soleil de la gloire a fait briller l'amour.

Oh! vous pourriez alors plus tard renaître encore

Et, plus harmonieux, Aux plaines d!ici-bas chanter toute l'aurore.

Et le soir dans les cieux !

Mais non ; vous passerez comme deux voix amies. Qui loin d'autres accents, loin du bruit d'autres pas, De doux rêves, d'espoirs, d'illusions flétries . S'entretiennent tout bas;

Comme deux souffles purs au vallon solitaire, Qui confondent leur plainte et leur essor léger, Deux fleurs que les destins ont uni^sur la terre Et qui rendent au ciel un parfum passager ;

Vous passerez sans gloire et non pas sans ivresse : Pour sourire et pleurer il faut joie et douleur, Et vous avez connu Tamour et la jeunesse, vous, sourire. et pleur!

La vie est un chemin ou lumineux ou sombre :

Force ou fragilité, Allez donc dans Fespoir et dans l'humilité.

Le sourire est rayon et la tristesse est ombre !

L'oiseau dont le printemps fait éclater la voix, Qui voltige, inconstant, au parfumé feuillage, Laisse-t-il un écho ? la brise dans les bois, Trace de son passage?

Non ; l'accent de l'oiseau naît, s'élance et se perd;

La brise aux ailes fraîches Ne fait que s'envoler et, sur les feuilles sèches,

Souffle le vieil hiver.

Allez donc, frêles chants de nos âmes pensives.

Qui nous êtes si doux ; Allez mourir plus loin, ô notes fugitives.

Feuilles, envol«z-vous !

Dites-moi, mon cher Ami, ce que vous pensez de ceci. Votre sonnet est délicieusement intime, ou plutôt c'est l'intimité même. Puisqu'il faut que je prenne patience, malgré moi pourtant, je patienterai, en attendant votre arrivée; mais, pour Dieu, ne me faites pas trop longtemps souffrir! Lorsque vous viendrez, tous nos amis seront réunis ; je leur ai fait part des lignes que vous leur adressez, et ils me prient de vous assurer de la réciprocité de leurs sentiments d'amitié. Voilà. Mais, j'oubliais! Jusqu'à l'ami Robiou de la Trohonnais, ancien seigneur — par ses ancêtres — de nombreux manoirs crénelés et de quelques centaines de vassaux, aujourd'hui prolétaire, prosateur en herbe et poète en perspective, lequel désire vivement renouveler la connaissance que vous aviez ébauchée ! Vous l'augmenterez et la retoucherez.

Il n'y a rien de nouveau ici, si ce n'est la vogue de la troupe dramatique de Tony. Vous le verrez. Le Foyer continue à être aussi stupide qu'autrefois. Je viens de lui envoyer une bluette que vous connaissez : A une galère. Il

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ne manquait plus que cela, n'est-ce pas, pour compléter sa nullité? Si vous trouvez que je m'adresse de trop injustes injures, je vous donne Tautorisation de me iîonsoler, mon Ami.

Écrivez-moi encore, puisque le destin retarde ainsi votre arrivée.

Tout à vous d'amitié dévouée.

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