‹ Premières poésies et lettres intimes;Chapitre 56 sur 66 · C. Leconte de l'Isle · texte numérisé non relu

C. Leconte de l'Isle

— Houein vous procurera, sans doute, des leçons; il connaît le monde instructif h Rennes.

ET LETTRES INTIMES i^"?

Rennes, décembre 1839.

Mon cher Ami, me voilà dans une singulière position. Imaginez-vous que je reçois, ce matin, une lettre de mon aimable oncle, où il me marque que, n'ayant plus que quatre à cinq cents francs disponibles en ma faveur — attendu que mon père me témoigne, par le manque de fonds, son mécontentement de ncion peu d'aptitude à l'étude du Droit — il défend h. Paul Liger de me donner le moindre argent et de payer autre chose pour moi que ma chambre et ma pension, jusqu'à la fin de la somme cidessus mentionnée. Que dites-vous de cela?

Je vais donc go.ûter d'une nouvelle existetxoe, je vais donc vivre de mon propre travail, oo, qui me paraît peu probable, cependant, car ^g^

ne suis bon à rien, si ce n'est à réunir des rixrxôs

simples ou croisées, lequel travail n'a pas cours sur la place, a dit Chatterton. Quoi qu'il en soit, venez samedi, mon cher Rouffet; nous causerons longuement de tout cela, et peut-être trouverons-nous le moyen d'obvier à notre détresse. Je serai à VHôtel du Commerce, où vous descendrez, je pense, à huit heures précises du matin; vous pouvez y compter.

Apprenez, mon Ami, que la ville est maintenant dans un violent état d'exaspération. En voici le motif :

Il y a huit jours environ, une jeune fille de treize à quatorze ans est arrêtée, près de V hôtel de la Co)nie-de-Cerf, par deux jeunes gens couverts de manteaux. Ils la conduisent sur le bord de la rivière, et, après l'avoir violée d'une infâme manière, ils lui ouvrent le bas-ventre pour constater, à ce qu'il parait, un fait d'anatomie.

Le peuple s'est effrayé de ce crime, car ce n'est pas la première tentative de ce genre ; et, maintenant, il insulte et maltraite tous ceux qui sortent avec leurs manteaux. Moi-même

Rennes, février 1840.

Il parait décidément, mon vieil Ami, qiievous me gardez une solide rancune ; je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être attendez-vous que je vous écrive le premier. Eh bien ! si cela peut adoucir votre susceptibilité, soyez satisfait; je tiens beaucoup plus que vous h ce que notre correspondance et surtout notre amitié ne cessent pas encore. Quels que soient vos griefs, j'espère que vous voudrez bien les oublier comme je le fais moi-même. Je suis un très vilain être, c'est vrai ; mais je ne vous suis pas moins très attaché pour cela. Sondez donc votre amitié et, s'il en reste un tant soit peu, écrivez-moi.

Tout à vous.

G. Legonts de lIsle.

LU

Rennes, mars 184: -

Vousl'avez dit, mon cher Rouffet : noussjmi^'' pathisons beaucoup mieux de loin que de pt- e^ • II n'est pas difficile de deviner pourquoi. Vc^ v:xs êtes, au fond, un excellent garçon ; mais janx ^t, i s je n'ai rencontré votre égal en originalité. ^;-^ mon côté, je suis emporté de caractère, et c^:^ sidérablement fatigué des autres hommes ^ ^^ était donc impossible que nous puissions vî

en bonne intelligence. Notre cornespou^^ * ^ sera naturellement dégagée des mille c^^ ^

minuties de la vie matérielle, et nous rit^ ^ en porterons que mieux sous le rappox-X, \ lectuel; car, vous le pensez aussi, n'eç^\;.^^^ ^ nous sommes plutôt faits pour nous^ ^^^s?v^■ de l'âme que de vive voix. Continix^^, t^^:^ ^^ m'écrira.

Quelques jeunes gens viennent de fonder ici une revue purement littéraire, sous le titre de : la VarUtv; ainsi je compte sur vous pour y faire insérer des articles en prose et en vers. Je me chargerai de les faire recevoir. Au reste, ces messieurs vous connaissent déjà et seront charmés de votre obligeance. Je viens d'achever une petite pièce sur le Chrnt enfant^ que je compte faire imprimer dans cette revue ; mais, comme elle ne recevra qu'une pièce de vers par livraison, je travaillerai peut-être un sujet en prose que je vous soumettrai. Si vos occupations vous le permettent, ou plutôt, mon pauvre Ami, si votre douleur de tous les jours vous laisse un moment de repos, songez à me communiquer ce que vous ferez; ce sera toujours avec bonheur, n'en doutez pas, que je recevrai de vos nouvelles — sociales, intimes ou littéraires.

Vous avez mal fait, peut-être, de ne point accepter la place que vous offrait M. Prigent; c'était une position réelle et lucrative qui ne vous eût nullement empêché de traiter pour une étude dans votre pays. Mais, enfin, puisque

VOUS avez cru devoir agir autrement c'est un parti définitif, il ne me reste qv souhaiter bonheur et prospérité. Soy< suadé, mon bon Ami, que plus votre sort dra heureux, plus je me féliciterai connaître assez pour vous en témoigner Ne m'oubliez pas.

Votre ami dévou(

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