EPISTRE AU ROY
il se rendroit insupportable, et se feroit voir avec bien plus de lustre dans les ornemens de sa vanité, je me suis résolu de bazarder la publication de cet ouvrage, sous la faveur de vostre victorieux génie. Et, si le soin de se plaire est louable en cet endroit, je souhaite-* rois. Sire, pour le respect que je vous doibs, que les vers en fussent d^or et quMls n^eussent ny pié ny syllable qui ne brillast des plus vives clairtés de vostre gloire; de la mesme affection que je levé les mains au Ciel^ à ce qu'il estende vostre empire sur toute la terre, qu'il arroze continuellement vos lys des eaux de sa grâce, et vous inspire, avec un désir de me faire du bien, la créance que je suis
Vostre treshumble et tresobeissant sujet et serviteur.
Du LORENS.
AU ROY
IRE, puisque ma muse à censurer s'adonne, Et qu'en mon vercoquin je n^ espar gne personne, Fusse mon propre frère, ou mon oncle, ou ma sœur, Et, Dieu me lepardoint, mon père confesseur.
Puisque une plume libre est tousjours odieuse, Qu^une bonne satyre est chose impérieuse, Qu^un timide respect n'est pas son élément.
Qu'elle tient trop de soy, je ne sçai pas comment Je la pourray ployer d'une juste contrainte Au devoir qu'il faut rendre à la Majesté saincte; Désireux que je suis de luy faire un discours Qui soit, comme l'argent, et de mise et de cours, Portant de bien régner les reigles générales. Et qui serve à tous roys de bréviaire ou d'annales: Non que je m'imagine estre un Platon nouveau, • Pour des formes cP Estais tirer de mon cerveau,
Joint qu'enseigner mon roy c'est enseigner Minerve, Mais mon esprit se laisse emporter à ma verve. Il sera toutefois en ce lieu si discret Qu'il se gardera bien de sonder le secret.
Mais il demeurera dans l'air de mon génie, Qui d'honorer les roys sans cesse le convie.
En effect, mon dessein n'est que de vous servir Et de vous estimer, coustumier de sévir Sur les erreurs humains que chasse ma satyre. Dessus vos actions il n'y a que redire.
Rien ne se peut trouver icy bas de parfait Que ce que vostre main depuis deux ans a fait; La preuve maintenant est trop claire et certaine Que des nobles Bourbons la tige n'est humairie; Leurs pères sont les dieux : car, aux autres enfans. Le courage et valeur viennent avec les ans; La vostre, poursuivant sa royale advanture.
Hautaine, a renversé tout ordre de nature.
Prince envoyé du Ciel, rejetton de Henry, Sous lequel si long tens nostre France a flory. Savourant les doux fruicts d'une paix si tranquille Que les champs estoient lors aussi seurs que la ville. Des Pheaques oisifs l'Estat est fabuleux.
Ou n'est qu'un ombre vain du nostre plus heureux.
Et ne faut s'estonner si, en vostre jeune âge. Un serain si plaisant s'est troublé de nuage. Si le bruict court l'hyver qu'on levé des soudars,
Et que nous reverrons la guerre au mois de mars; Cela s'est tous jours faict : la noblesse endettée. Qui de ses créanciers en paix est molestée, Et qui voit tous les jours, ainsi qu'en garnison. Un nombre de sergens fourrager sa maison.
Ne demande qu'où est ce, et semé des nouvelles Pour avoir des délais, respis et quinquennelles» Ces rebelles avec, qui, pour tout argument.
Allèguent qu'on ne peut forcer l'entendement. Et que vous les voulez, deceus d'une promesse, Contre leur volonté faire aller à la messe.
Ombrage qui leur a produict tant de malheurs, A vostre Majesté causent tant de labeurs.
Que plus j'y pense, et plus j'en ay mal à la teste, Les foiriers sont bien longs d'une mauvaise feste. Poussez de mesme esprit sont ces désespérez.
Qui ont faict cession, bannis et déferez.
Un tas de faineans, et toute la canaille.
Voire vos bons sujets qui couchent sur la paille : Non que par pénitence ils pleurent leurs délits, Mais pour la grande crue on a vendu leurs lits. Il faut boire le jus d'une boçne racine.
Pour empescher l'effect des songes de Bazine, Les plaintes que l'on fait sont les seuls fondemens, Le prétexte et couleur de tant de mouvemens; Et c'est le bien public que celebroient ces princes. Qui fit au tens passé tant de mal aux provinces^l
Ce peuple qui vous ayme, il le faut soulager, Il vous l'a faict paroistre au milieu du danger: Vous ne pouvez encor, pour vos justes despenses, Luy faire voir les fruicts de vos magnificences, Trop bien les luy promettre et puis ne manquer pas. Messieurs les députez, en ces derniers Estas, Vous en remercieront, à qui, pour tous saleres. Le pays délivra le chemin des galères; Ils se sont obligez, voire en leur privé non. Qu'on abaissera tost la taille et le taillon; Vos mauvais conseillers en parlent à leur aise. Ces harpies encor, dont la faim ne s'appaise De nostre sang plus pur, qu'ils succent comme let. Lors qu'ils vont conparant vostre peuple au mulet. Vous estes son pasteur, son gardien, son père. Et luy est vostre enfant qui des faveurs espère; Vous l'en devez combler, et le tempérament De droict et d'équité permettre au Parlement, Qui vous est obligé de ce qu'en jours si calmes Il donne ses arests à l'ombre de vos palmes.
Qui avec le respect reçoit vos bons edicts.
Admire vos beaux faicts et révère vos dicts : Car jamais ne se vit, en si tendre jeunesse.
Prince qui fut doiié de si grande prouesse.
Plus pieux, plus humain, plus bénin, plus courtois, Plus digne de tenir le sceptre des François, Les rois furent créés pour rendre la justice;
// la rendra pour vous, il chassera le vice.
Gardez luy ses honneurs en toute liberté; C'est l'unique splendeur de vostre Majesté, Cest l'ancien fleuron de la double couronne Qui vostre chef sacré de fin or environne; Cest le plus grand Sénat de tout cet univers; Phœbus pour le louer n'a pas d'assez bons vers. Voyez y ces VerdunSy ces Villiers, ces Bellievres, Devant qui les méchans sont paoureux comme lièvres, Ces MesmeSy Novions, Dozembrez, et le Gé, Qui au gré des sauveurs jamais n'ont rien jugé.
Vous devez neantmoins le principal conduire, Et dans vostre conseil comme un astre reluire, Soir, matin, en tout tens; vous le faictes aussi, Et tesmoignez par là qu'avez de nous soucy.
Vous le devez. Grand Roy, affin que chacun die Que de vostre costé ne vient la maladie; Si le corps de l'Estat a de l'affliction.
Que sans doute elle naist de sa corruption.
Quant à la pieté, l'estoille de la France, Qui éclairoit d'en haut vostre heureuse naissance. Nous promet en vos jours un gênerai sermon.
Et qu'on ne fera plus le presche à Charanton, Et, ce qui nous seroit contentement extrême.
Que tous les Huguenots jeûneront le caresme.
Le tout sans coup ferir, car la divine loy N'a jamais entendu que l'on force la foy,
Et ce propos qui dit qu'elle entre par Poreille Assez ouvertement la guerre déconseille; Que vous n'entreprendrez, sinon par ce devoir, Qui vous oblige un peu de vos confins ravoir, Ensuivant le conseil de vostre amy Guillaume, Plus tost que du soldat qui presche le royaume Au front de ce livret, et, comme un rossignol. Croit en se degoisant qu'il tue l'Espagnol.
Il trouve le pain bon, et ne laisse de vivre, 0! qu'il est malaisé de tuer dans un livre.
Quand on est tant soit peu garny d'entendement. Que l'encre et le papier sont à commandement ! Sa fantaisie fut de plusieurs approuvée.
La guerre est douce à ceux qui ne l'ont esprouvée. Vous devés nonobstant, quand vous serés plus fort, En armes faire voir un généreux effort. Afin de tesmoigner à la gent estrangere Que le fils est souvent aussi bon que le père. Comme son grand renom, qui par tout resonnoit. Par crainte ou par amour en devoir la tenoit, Le vostre, au sien égal, fera la mesme chose; Dieu de tous vos conseils heureusement dispose.
Ainsi nous jouyrons du repos gracieux.
Et vivrons icy bas comme l'on vit aux deux.
Sans débats ny procès, où les juges propices. Au cas qu'il y en eust, ne prendont plus d'épices. Vous couperés la teste à la vénalité,
Par laquelle en détail l'office est débité.
Sire, vous osterez un autre abus énorme,
La guerre de la paix, ces bons juges sous l'orme.
Qui mangent vostre peuple avec tant de délais.
Qui oyent ces coquins faire comme au Palais;
Ces vautours, Lycaons, ces affamés Briares,
H les faut envoyer aux estroites Gyares.
En dépit des volleurs, qu'en ce lieu mon papier
N'est il du plus dur fer, et ma plume d'acier!
Que ma satyre, ailleurs par trop respectueuse.
Et qui bat trop à froid, n'est elle injurieuse!
Mais il fait dangereux injurier le mal.
Qui est si grand seigneur en ce siècle anomal.
Qui marche à si gros train, qui s'en fait tant à croire.
Qu'il brigue pour avoir bonne place en l'histoire.
Le temple de Janus en ce temps n'ouvrira.
Et la fureur dedans horrible frémira, De vos puissantes mains liée de cent chênes; Le miel au lieu de gland nous produiront les chênes. Toutes choses riront, et vostre règne encor En tous biens passera l'antique siècle d'or.
Moy je feray des vers en forme de satyre.
Et les accorderay non point sur une lyre.
Ainsi que fit Ronsard, mais sur quelque instrument Qui, comme ils sont rustics, sonne rustiquement.
Tout homme les pourra joiier sans tablature.
Puisque je les ay faits sur la clef de Nature,
Sans me gratter la teste et mes ongles ronger, Puisqu'ils me sont venus quasi sans y songer.
Voila comment devroient convenir toutes choses : Les vieux ayment le vin, et les Nymphes les roses.
Mais falloit il au Roy cet œuvre dédier.^ Non pas si j'estois sage aux dépens du harbier, Qui, servant de son art un qui portoit ce titre. Fut payé d'un bon mot dont vous serez arbitre. Après l'avoir tué long tens de son caquet.
En fin luy demanda ce joly perroquet, Se retournant vers luy (Tune gentille garbe : « Comment, à vostre advis, feray je vostre barbe. Sire? A tous vos désirs je suis fort complaisant. — S^il y avoit moyen, mon maistre, en te taisant. »
Or nostre poésie est bien plus favorable Que les propos communs, car elle est délectable; Chassant, par la vertu de son nombreux accent, La tristesse malsaine et Vennuy plus récent, Ennuy qui nos esprits et nos corps ronge et mine. Les roys ont bien besoin de cette médecine.
AU ROY
RACE de tant de roys, l'Hercule de la Francey De qui Mars aujourd'huy relevé sa vaillance, Qui, en vostre jeune aage, avez tant exploité Que nous craignons desja que la postérité Ne die que Mathieu, par tout si véritable, Quand il parle de vous, luy raconte une fable; Monarque généreux, parangon des Césars, Vous avez fait paroistre, au milieu des hazards. Que, si vous n'eussiez eu ce royaume en partage. S'il ne vous fust écheu comme propre héritage. Vous pouviez l'acquérir avec vostre valeur.
Qui vous fait triompher en dépit du malheur.
Mais Dieu comme il luyplaist toutes choses ordonne, C'est luy qui fait d'un homme un docteur de Sorbonne, Un evesque, un meunier, un curé; c'est son doi Quifist cet univers, qui vous a fait un roi.
Cest luy qui escrivit sur des tables de pierre Les saints commandemens, qui forma le tonnerre;
Cesî luy qui meut les deux d*un mouvement égal. Qui fist élire Pape un pauvre cardinal.
Lequel auparavant pensait aussi peu l'estre Qu'un François, que l'enfant qui est encor à naistre. C'est luy qui vous protège et sauve de méchef. Qui a mis le bon sens en vostre sacré chef :
Car vous suivez la foy de l'Eglise Romaine, Salutaire flambeau de la nature humaine.
Vous portez à bon droict le nom de tres-chrestien. D'autant que nos ayeux ont dépendu leur bien. Ont espandu leur sang, pour remettre nos Papes En leur siège de Rome, avec leurs grandes chapes. Ce n'est pas vous louer que louer la vertu Dont chacun recognoist que vous estes vestu.
Mon Loys, qui venez d'un Loys que l'Eglise, Pour ses perfections, justement canonize; Enfant prédestiné pour régner icy bas.
Pour moissonner la gloire au champ des durs combas. Pour vaincre, pour emplir tout le monde d'exemples. Pour charger de drappeaus les voûtes de nos temples. Pour estre quelque jour la merveille des roys. Quand vous aurez borné la terre des François Du bord où le soleil au matin se reveille Jusques à l'autre rive où le soir il sommeille.
Jeprens un ton trop haut, et crains que mon dessain Ne plaise pas à ceux qui ont l'esprit mal sain, Et de donner subject à quelque fantastique
De dire que c'est mal travailler en musique; Que c'est mesler la ftuste avecque les haubois, La terre avec le ciel, que de chanter les rois, Et parler de combats, de victoires, d^ empires. Au front de ce livret que je nomme Satyres.
Il auroit bien raison, et moy je n'ay pas tort; Un homme de village est tousjours mal accort. Rustique, impertinent; il n'a point de méthode. Il ne sçait ny danser ny baller à la mode, a Oiiy, voire, c'est mon », ce sont ses plus beaus mots; On l'entend bien venir avecque ses sabots.
Il choppe à chaque pas, il bronche, il s' entretaille. Si ce n'est quand il dit qu'il paye trop de taille : Car c'est où il luy tient. Il donne son advis. En conférant son tens avec ceux de Clovis, De Pépin, de Martel, selon que de l'histoire Il auroit peu transcrire en son vieux répertoire. Dessus ce lieu commun il est fort éloquent.
Il tranche en philosophe un « et par conséquent », Un « qu'en dis tu, compère? y a fil apparence f » Et puis, pour épilogue : « Adieu, la pauvre France; Tu t'en vas, tu te pers, tu te meurs, je le voi. Mais ton mal ne vient pas de la faute du Roi: C'est un prince bénin, courtois et magnifique. Qui gueriroit les maux de la chose publique, ■ S'il n'estoit entouré de ces gourmans oyseaus. Qui sont affamez d'or, plus que les noirs corbeaus
De la chair des pendus : ils volent ses finances; Leur subtilité fait la nique aux ordonnances. »
Sire, je ne croi point que vostre Majesté, Qui entre les vertus chérit Inhumanité, Recognoisse le point où la France est réduite; Son mal est au dessus de la sage conduite.
Elle n'a plus de nerfs, son corps est tout perclus; Qu'on luy taste le bras, le poux ne luy bat plus. Au reste, son malheur naist de la convoitise. C'est elle qui la pille et la met en chemise. Qui la bat, qui la tue, et se rit de ses cous; Il est tens ou jamais de se mettre à genous.
D'implorer la faveur et le secours céleste.
De pleurer, de jeusner, de coucher de son reste. En fait de pénitence, il se faut amender.
Se chastier soy mesme, et se reprimender; Il est tens que Roger aille voir logistille.
Que les sacrez Prélats eslisent domicile Auprès de leurs troupeaus, affin que ces grands loups. Qui ont l'extérieur et le semblant si dous.
Ne les viennent ravir et n'en facent leur proye; Qu'ils marchent habillez de vertus, non de soye; Qu'ils vivent chastement, exempts d'ambition. Si ce n'est de gloser sur la perfection; Que ceux qui ont l'honneur d'estre nez gentils-hommes Reluisent en bonté dessus les autres hommes.
Qu'ils soient humbles, prudens, qu'ils honorent leurs rois,
Qa'ils rf endossent jamais que pour eux le harnois. Qu'autre respect mondain dedans leur ame n^ entre, Leurs lignes icy bas ne tendent qu'à ce centre; Que les princes, qui sont aux beaus astres pareils, Cognoissent que leur jour blanchit de ces soleils; Qu'éloignez de la Cour, ils perdent leur lumière. Leur lustre, leur éclat, et deviennent vulgaire. Je n'oze conseiller messieurs les advocas.
Qui vendent tous les jours leur langue à Barrabàs, Qui tourmentent les loix, à qui l'indifférence Et le hardy parler tient lieu de conscience.
Cest en vain s'informer des braves médecins.
Qui ont tous jours les yeux fichez dans des bassins, Pour sçavoir s'il nous tient au foye ou à la rate, A la vessie, au rein, au ventre, à l'omoplate; Qui commettent un meurtre avec impunité :
On les doit honorer pour la nécessité.
Chaque condition et chaque aage a son vice; Le larcin aux tailleurs n'est pas une malice. L'insolence aux soldats est un petit péché.
Un seigneur à midy est encore couché, Pierre est homme de paix et qui fait le scandale, Martin sçait comme il faut renoiier la caballe. On quitte le sermon pour ouir Tabarin, Dom Pedre ne s'endort qu'au son du tabourin, Hélène fait l'amour et s'habille en dévote, Son mary dit : « Allez, elle n'est point trop sotte.
l8 LIVRE PREMIER
Cocu, cornu, bien, soit, je ne m'en veux fascher, Je voi bien à V argent qu'elle vend bien sa chair. » L'autre couve la sienne et pour rien la menasse. Il en est plus jaloux qu'un gueux de sa besasse. Un chacun a son goust, son advis et son sens : Tel clerc refuseroit l'archevesché de Sens, Pour estre dans Paris curé de S. Eustache; De son opinion l'homme fait sa rondache, S'en couvre et s'en deffend contre celle d'autruy.
Sire, voila comment nous vivons aujourd'huy.
Chacun de nous veut croire et veut faire à sa teste, Et toutefois cela n'est ny beau ny honneste. Les princes font les roys; icy, aux environs, S'elevent tous les jours mille petis barons, Qui ne sçauroient monstrer ailleurs leurs baronies Et leurs fiefs de haubert que dans leurs fantasies. Les François rfen sont plus que sur la vanité; Vous verrez un coquin regarder de costé; Le magistrat est plein de faste et d'avarice; Bien que j'aye l'honneur d' estre homme de justice. Je ne puis ny de moy ny d'eux dire du bien :
Tout y est si broiiillé qu'on n'y cognoist plus rien. Quant à ces gros bourgeois, ne troublez point leur aize. Permettez à leur chef de sortir d'une fraize. Ne leur deffendez pas l'usage du satin :
Il les fait trop bon voir, le dimanche au matin. Partir de leurs maisons tous pleins de braverie.
Et leurs femmes sur qui luit mainte pierrerie. C'est à vous de reigler toutes nos actions, A garder vos subjects de tant d'oppressions Qu'ils souffrent des plus grands que je n'ozerois dire. Vous avez dessus nous le souverain empire; Dieu vous l'a concédé, que nous devons ouir, Et à nous seulement la gloire d'obeyr.
De ces jolys propos la belle humeur^ se joue. Nous voulons comme porcs demeurer en la boue; Les maux que nous avons, peste, guerre, procès, Débats, sterilitez, naissent de nos excès; Je ne sçai pas comment nous en pourrons respondre, JJomme on dit : « Après raire il n'y a plus que tondre. » Tout le monde est aveugle et court à son malheur; Sot à la grande paye il nourrit son erreur.
Et se pense pourtant plus fin que maistre mouche; Le soleil tous les jours sur ses péchez se couche. Nos corps demy usez panchent vers le tombeau; Dieu, la Loy, la Nature, ont beau crier tout beau. Aux tiraicts de la vertu son ame est impassible, La raison à son goust commande l'impossible; Les discours des prescheur s, leur clameur, leurs conseils, A son mal obstiné sont des vains appareils; L'exemple de vos mœurs, qui fait rougir le crime. Le désir de vertu dans son ame n'imprime. Combien qu'il soit escrit dedans un petit vers Qu^à Pexemple du Roy se forme l'univers,
Et que c'est son patron, son moule et son modelle. Ma foy, Diogenés y perdroit sa chandelle, S'il revenoit chercher un homme en plein marché, La France, excepté vous, n'est qu'ordure et péché. Je meure mille fois si je vous flatte. Sire : C'est pourquoy je vous fai présent de ma Satyre, Et de moy, qui suis né pour élever aux deux La gloire et le renom de vosfaicts précieux.
Or, si je ne fais pas en vers si bien qu'Homère, Qui célèbre Achillés, c'est la faute à ma mère. Qui, m'ayant enfanté, n'usa du lavement Qui fait dans un corps sec plus clair l'entendement, Et, pour sçavoir le bien et le mal de bonne heure, Ne m'a pas faict manger assez souvent du heure. C'est ce qui m'a réduit à ce genre de vers.
Lequel faict regarder son père de travers.
Et, rampant dessus terre en sa phrase commune. Touche ce qui se fait sous le ciel de la lune; Mais entre les meschans il note et monstre au doi, Il damne ces mutins qui font la guerre au Roi.