‹ Premières satires de DulorensChapitre 18 sur 40 · A LA ROYNE MERE DU ROY · texte numérisé non relu

A LA ROYNE MERE DU ROY

MADAME, chacun voit vostre belle maison, Et puiSy selon qu'il est capable de raison.

Il en fait jugement : car ainsi va le monde, Chacun s'en fait à croire et en son sens abonde; L'un en discourt en gros, l'autre en juge en détail; L'un en est pour la cour, l'autre pour le portail. Pour l'or et pour l'asur, l'autre le marbre trie; Les plus spirituels louent la symmetrie, Le plan et le dessein, qui n'ont point leur pareil; Et moy je dy que c'est le palais du Soleil, Qu'Ovide représente en sa Métamorphose; Qu'on ne peut icy bas trouver plus belle chose. Tout y est si parfaict que les plus curieus Sontfaschez, pour la voir, de n'avoir que deux yeus; L'esclat de ses planchers fait jour à chaque chambre; On la voit aussi claire, à la fin de novembre. Que les autres au point du solstice (festi; Elle brille aux rayons de vostre Majesté,

Mais, pour mieux baptiser cet excellent ouvrage, Cest un échantillon de vostre grand courage; Il ne veut pas céder aux tens des vieux Romains, Qui en l* architecture ont passé tous humains.

Il veut encor monstrer aux plus grands de la France Que bastir de la sorte est l'honeste dépence. D'autant {jumelle entretient ces braves artizans, Que Von peut à bon droict appeller courtizans De Vitruve, d'Euclide et du bon Ptolomée, Et des laides beautez d'une antique entamée.

Qui tachent par estude à redonner aux arts Ce lustre qu'ils avoient sous les premiers C£sars : Car il n*est pas humain qui hait l'architecture; il faut estre de fer pour n'aymer la peinture Plus que Vor^ que la soye et que les diamans. Dont Rubens, qui excelle entre tous les Flamans, A garny vostre hostel, et, d'une main hardie. Figuré l'heureux cours de vostre heureuse vie : Argument, si l'on veut juger en équité.

Qui n'a point son égal dedans l'antiquité.

C'est dommage qu'il n'est en cuivre, et non en toiles; Les anges l'ont gravé sur le ciel des estoilles. Vous faites des leçons aux jeunes damoyseaus. Qui dépendent leur bien et leur aage en oiseaus. En chiens et en chevaux, à trois dez, à la prime. Qui diroient volontiers que bastir est un crime Et qu^il y a desja tant de belles maisons,

Qui sont aussi changeans que les quatre saisons; Les couleurs de l'iris sont leurs propres livrées, Toutes leurs actions au hazard sont livrées; De qui tout le sçavoir est un vain entregent; Qui n'apprirent jamais l'usage de l'argent, Mais bien, dedans Paris faisans les Doms Rodrigues, Au lieu de libéraux se monstrer des prodigues; Faineans, inutils, brutaux, fols de séjour, Petits fils de Caïn, tournoyans tout le jour, Et sans s'appercevoir que c'est courir les rués; De qui tous les dessains sont fondez sur les nues; Frisez, poudrez, musquez, faisans des quant à moy. Qui passent bien trois mois sans saliier le Roy, Et qui, en un besoin, y passer oient leurs vies; Ils se contentent bien d'aller aux Tuilleries, Ou sur le port au foin sçavoir de sa santé.

Car il faut révérer de loin la Majesté,

Vous baillez sur les dois à nos vieilles avares. Qui gardent le foyer, et donnent aux dieux lares Honneste pension, pour avoir tousjours l'œil Qu'on ne vienne ravir leurs escus au soleil; Qui, au lieu de maisons, bastissent des Montjoyes De fin or et d'argent, et qui n'ont autres joyes Que de n'en point jouir, mais sans cesse amasser. Et escu sur escu mesquines entasser.

Voicy mon sentiment : le devoir des princesses, Et des princes avec, est de faire largesses.

2é\ LIVRE PREMIER

De chérir les sçavans et dépendre en esprits, Pour leur donner l'ardeur de proposer des pris. Comme onfaisoit jadis aux athlètes de Pise.

Car aujourd'huy, Madame, un chacun les méprise; Estre un homme lettré, c'est un tiltre honteux. Plus sans comparaison que borgne et que boiteux. Qu'infâme, que punais, qu'avoir mauvaise haleine : Car c'est, au goust commun, avoir l'ame malsaine. Mais, si par malencontre il se mesle de vers, On le met aussi tost au rang des ladres vers Et des pestiferez, vulgaire profane.

Bien fa pris que tu fus, tu es, et seras asne. Puisque en faisant gaigner la cause à Marsyas Alencontre Apollon, tu deviendrois Mydas.

Pourtant, si tu sçais bien dire chouse pour chose^ Si tu lis ces livrets, sçais tu que c'est de prose. Et de vers mesurez? Toy qui es ignorant, Ozes tu bien vuider un si grand différant?

Encor si tu disois qu'entre douze poètes.

Il se trouve souvent un millier de chouetes! . Mais avec les mauvais faire patir les bons.

C'est enchéner les dieux avecque les démons.

C'est au noir et au blanc donner mesme tainîure. C'est faire violance aux loix de la nature.

Tous jour s y a débat entre le feu et l'eau; Sainct Germain porte envie à Fontainebeleau, Le Turc a tous jours guerre avec le roy des Perses;

Ignorance et sçavoir sont pièces trop diverses Pour s'unir justement et ne plus disputer, Cestuicy doit pourtant la victoire emporter:

De vostre aspect royal les douces influences Luy en font concevoir les justes espérances.

Vous estes de vertu le pain quotidian, Vous faites ce qu'on lit du grand Vespasian, il receut bien l'advis d'un docte mechanique Qui, voulant épargner la despence publique, Monstra comme on pouvoit transporter quantité De colonnes de marbre avec facilité, Et sans y employer la peine de tant d'hommes. D'argent pour les payer assez notables sommes : 'Il le recompensa de son invention, Recognut son esprit et sa perfection, En ces mots : « Je voy bien que tu es treshabile, Mais laisse moy nourrir les pauvres de la ville. » // n'est rien de si vray que des grands bastimens Apportent au public, outre les ornemens.

Plusieurs commoditez; ils nourrissent maint homme Du menu populas, qui jeusne quand il chomme. Homère surnomma les vénérables roys Pasteurs de leurs subjects et gardiens des loys.

Madame, si j'estois un plus grand personage, Un plus vaillant rimeur, j'en dirois d'avantage; Je n'ay veu qu'une fois ce magnifique hostel, En présentant ces vers, ou ces vœux, sur l'autel

Que VOUS y bastissez à vostre auguste gloire, Dans le plus sacré lieu du temple de Mémoire. Si je ne m'en estois dignement aquitté, Vous prendrez pour Peffect la bonne volonté; Quelque autre me suivra dont la manière haute, Pensant me corriger, fabillera ma faute.

A MONSEIGNEUR

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