LE MARQUIS DE LA VIEUVILLE
MARQUIS, dont les vertus, de longtens admirées, Vous briguent les faveurs des autres désirées, Recevez Us tesmoings du grand contentement ^
Que la France reçoit du rare jugement Que le juste Loys a fait de vos mérites.
On ne veut plus aux porcs jeîîer les marguerites. Si ce siècle boiteux vouloit changer de train. S'il vouloit séparer l'ivraye du bon grain.
Si les enfans d'Atlas, aux espaules plus larges. Pouvaient à V advenir se promettre les charges. Si vertu et sçavoir estoient à V advenir Aussi bien que V argent moyens de parvenir, Si la chance tournoit. si madame Sottise Von chassoit de la Cour comme un peteus d'église, Si l'on ne mesuroit l'homme par le collet.
Si ce n'estait honneur de porter le poulet.
Si faire de ces vers n'estoit pas une tache,
Si le vice esloigné pleuroit comme une vache,
Si les sçavans n'estoient au dessous de P argent,
S'il n'estoit pas requis, pour estre bon agent.
Avoir de tous costez grandes intelligences;
Si la justice estoit pesée avec balances.
Si la mode n'estoit, pour se monstrer prudent
Et parfaict courtisan, qu'il faut estre impudent
Et pratiquer sur soy tous les charmes d'Alcine,
Se métamorphoser sans prendre médecine;
Si, comme par edict on deffend le clinquant.
Toutes sortes d'estats n'estoient plus à l'encant;
Si l'on n'encherissoit sur la coyonnerie.
Si de goinfres bouffons, n'estoit grand confrairie,
Si aux bons Rochelois y avoit du fiât,
Si tous d^un mesme ton chantoient exaudiat ;
Si, pour faire chérir la paix à la noblesse.
On pouvoit contenter tous ceux que le bast blesse;
Si le peuple françois estoit fort bien uni.
Si le plus grand qui pèche estoit le plus puni.
Si la rébellion, par commune maxime
Et par raison d'Estat, estoit le plus grand crime.
Pour lequel à mercy jamais homme on ne prit;
Si c'estoit le péché contre le Saint Esprit;
Si les mauvais sujects dont l'ame est sainçte et double,
Qui, à les bien priser, ne valent pas un double,
Ne tachoient comme ils font de faire peur au Roy,
Affin qu'il soit contraint de racheter leur foy; S'il falloit estre expert pour estre capitaine, Si on les censuroit, ces chefs, à la douzaine, Ces avortons de Mars, qui, en nos mouvemens.
Ne veulent point marcher s'ils n'ont des regimens. Qui, avec leurs soudars exposez au carnage.
En jeunes médecins font leur apprentissage; Si la guerre n^estoit un moyen de voler Sans ailes et sans plume, on n'y voudroit aller; Si bien courir la poule et manger le bon homme, Brusler et violer, n'estoient faicts de preud'homme,^ 0! qu'ils ser oient camus, la pluspart des François, Quand se viendroit au poinct d'endosser le harnois! Ma foy, ils se tiendroienî chez eux, cette canaille. Ou je veux qu'on me croye un sot en devinaille. Maintenant que l'esprit va les pieds contre mont. Que tout le monde jure au curé de Milmont, Qui à callifourchons est souvent sur les pôles. Il est bien ahanné d'en conter des plus molles; Puis qu'il revient du Ciel, il en doit estre cru. On mesprise un discours qui est de nostre cru. C'est au Ciel qu'on apprend les meilleures nouvelles . On void sus son azur si les vignes sont belles. Si ceste fille un jour trouvera bon party; Un fin homme en vaut deux, quand il est adverty ; Il est bon de sçavoir déguiser la matière.
Et dire que l'on a couché au cimetière;
Dans l'histoire romaine on lit, de Scipion, Qu'il fut au tans jadis un vaillant champion, Celuy qui mérita par son brave courage, Et pour avoir mis bas la ville de Carthage, Le surnom d'Affriquain, qu'avant de proposer Un faict de conséquence, il souloit reposer Une nuict pour le moins dedans le Capitole, Pour dire, sans parler, qi^il venoit de l'escole Du sire Juppiter, et que son action Estoit au bien public une inspiration.
On sçait comment Numafit ses grandes merveilles. Le peuple de tout tans se prend par les oreilles. Pour terminer nos Si, remède est si tardif; Mais pourtant, si bien tost cet estât maladif A toutes ses douleurs avec soin ne l'applique. Il faut désespérer de la chose publique.
Ou chanter comme un Grec, si nous n'eussions esté Perdus, que nous l'estions; mais la nécessité, A qui mesmes les dieux rendent obéissance, A forcé le Conseil de faire une ordonnance Qu'il vousfalloit tirer des gardes d'Ecossois, Pour estre gardien du thresor des François, Vous cognoissant parfait en l'art d'œconomie. Joint au brave courage et à la prudhomie; Cognoissant vostre humeur et vostre esprit brillant. Semblable à ce dragon qui, jour et nuict veillant, Gardoit sans clorre l'œil les pommes Hesperides,
Luisantes d'or toutpur, contre les mains avides. De mesïïie les Romains tirèrent à la Cour Cest autre qui prenoit plaisir à son labour, Pour estre dictateur, considerans que Rome, Au fort de son desastre, avoit besoin d'un homme. On court au médecin lors qu'on sent la douleur, On essaye tousjours de pisser son malheur; Aussi bien un Estât comme moy, quand je joue. Si un saint n'est propice, à quelque autre on se voiie. Puisque le siècle est d'or, qui d'or est débondant, O/i doit bien estimer un superintendant Qui, fidelle à son Roy, ce noble métal serre, L'ornement de la paix, le secours de la guerre, Les nerfs, le sang, le tout : car n*y a que tenir Que sans or un Estât ne se peut maintenir.
En l'humeur où je suis, j'en dirois davantage, Si mes vers coulaient d'or comme le fleuve Tage, Ou bien s'il vous plaisoit d' estre mon Mœcenas, Marquis; mais quoyl le monde a perdu son Donas. On nous croit bien payez quandnostre sausse on gouste : C'est faute de sçavoir le prix qu'elle nous couste. Vous oyez ces mignons, par forme de devis, Ainsi que chez Cormier, en dire leur advis :
Un tel fait assez bien, cestuy là rien qui vaille; Mais Homère, à leurgoust, n'est qu'un homme de paille. Et eux, si j'en suis creu, ce ne sont que des sots. Un homme né François, qui n'entend des bons mots.
Quand ils sont bien cousus, la grâce et le mystère^ Quelque prélat qu'il soit, c'est à luy de s'en taire. L'homme n'est ce qu'on voit, il consiste en raison, Dont le plus vif portraict est la belle oraison. Et a ce malotru la cervelle moysie.
Qui ses traicts plus naïfs ne marque en poésie. C'est pourquoy je conclu, sans aller plus avant. Et puis, si bon luy semble, amis comme devant. Or, si quelcun vouloit demander pourquoy est ce Que des poètes saincts j'exalte la proiiesse, Et si j'oserois bien m' attribuer ce nom, Je luy satisferois, si je voulois, d'un non : Il faut d'un importun comme on peut se deffaire, Mais je ne suis tous jours enclin à satisfaire; J'ayme mieux le brouiller et tenir en suspens, J' aimer ois mieux plaider et payer les despens Autres viendront tous deux, pour sçavoir, de ma Muse, Nouvelles des amours d^Alphée et d'Arethuse, D'oà elle est, qui elle est; tireurs de vers du nez. Si cecy vous plaisoit, qu'ils seroient estonnez. Ces restes de niais, ces beaux faiseurs d'enquestes, Qui pensent hors Paris qu'il ne croist que des bestes, Qui le croyent resveurs, non compris Monfaucon, Parnasse au double chef, Aganippe, Helicon, Comme si Apollon, avec ses neuf compagnes, N'avoit pas habité les bois et les campagnes; Comme si par dépit il refusoit ses rais
Et sa douce influence au joly Thymerais, Où Diane sa sœur en chassant se pourmene, Auquel vous possédez un assez beau domene.
D'où vous estes issu du costé maternel!
Il espère de vous un printens éternel De grâce et de faveur, vous estes son Zephire, De vous dépend son bien, car vous n'avez qu'à dire. A moy pour contenter ceux là qui vont disans Que je suis tout semblable aux pauvres artisans Qui offrent leur labeur aux plus grands de la France Affln d'en retirer plus grande recompense, Faites les bons devins, en me donnant un jour. Pour mieux servir le Roy, moyen de vivre en Cour.