‹ Premières satires de DulorensChapitre 28 sur 40 · DE BASSOMPIERRE · texte numérisé non relu

DE BASSOMPIERRE

O! qu'il est malaisé de s'empescher (Tescrire, Quand la teste démange, une bonne satyre!

Je l'ay bien apperceu depuis neuf ou dix jours ; Mais y voyant que Von pèche à la ville et fauxbourgs. Qu'à bien faire le sot un chacun se dispense. Que c'est à qui sera premier de sa licence, Que mesme au plat pais on en fait plein métier. Et moy d'avoir recours à l'encre et au papier; Ce sont les instrumens dont l'art de poésie Se sert à décharger l'humaine fantaisie; De brouiller les esprits et purger les cerveaus. Tout voir et tout ouir, c'est à faire à des veaus. Et c'est se mettre au rang des cocus volontaires. De ne dire qu'amen lors qu'on traite d^ affaires.

Croire que ce malheur soit aux maris fatal,.

C'est esîre fort yssu du vray sens logicaL

En public, en privé, lorsqu'un meschant propose,

Fusse un plus grand seigneur, quelque mauvaise chose.

Il luy faut résister, ou ce n'est bien vescu ;

Mais, selon nostre sens, c'est acte de cocu :

Car que sert un mastin si aux loups il n'aboyé,^

Si ce n'est pour payer, à quoy sert la monnoye /

Le discours de raison est de l'homme de bien,

A parler bon françois, la monnoye et le bien,

Il les doit employer selon leur vray usage.

Et quitter comme nous les fautes au passage.

En exerçant sa charge ou en communs devis.

Certes il est tenu d'en dire son advis ;

Dieu pour cette raison nous donna la parole.

Mon père pour cela m'envoyoit à Vescole

D'un curé qui n'estoit au roolle des pedans.

Et c'est luy qui m'a fait sçavant jusques aux dans.

A luy je suis debteur, et à ce mien bon père.

De ce que j'escri bien quand je suis en cholere.

Voicy dequoy, MoiiSiEVR^ qui n'est pas bien grand cas ;

Toutefois sans m'oiiir ne me condamnez pas.

Si vous me condamniez, la Cour, à vostre exemple.

Qui comme son miroir sans cesse vous contemple.

Me pourroit condamner; on ne juge aujourd'huy.

On ne gouste, on ne voit, que par les yeux d'autruy;

Chacun, à soy suspect, son propre sens reproche.

IIO LIVRE SECOND

Et, sans Vexaminery croit que sa raison cloche, La plus part des esprits, en allant à tâtons. Se tiennent par la queue ainsi que hannetons. Maintenant tout le monde a Vame moutonnière.

C'est un bien quand un sage y porte la bannière. Il est vray que si grand est le nombre des fous Qu'aucun dessus ce point ne se taste le pous, Et faut en ce commerce avoir Vame bien forte Pour tourner sa jaquette à la grande cohorte. Ce qu'approuvent beaucoup n'est jamais debatu, La coustume est qu'on suit le chemin plus battu. De tous arts libéraux nostre siècle hérétique N'a quasi plus besoin que de l'arithmétique ; A conter par ses doigts il est tout empêché; Suivre le plus de vois, c'est le cours du marché. Mais c'est une pitié quand on ne se mesure.

Quand celuy qui ne doit s'habiller que de bure. Pour dire que c'est luy, s'habille de satin ; Quand un gallefretier incaque son destin; Quand la femme d'un tel veut manier sans voiles. Et aller en carosse en dépit des estoiles.

Qui n'ont fait son mary qu'autant riche qu'il faut. Ce sexe ambitieux ne cognoit son deffaut.

Il ne luy chaut de rien pourveu qu'il se contente. Au milieu d'un doux calme il ne craint la tourmente. Les troubles ny les frais d'un sergeant indiscret. Quand il fera passer tous ses biens par décret.

SATYRE III m

En vertu d'insîrumens et lettres authentiques, Pour habits empruntez es meilleures boutiques. Pour payer la dépense à l'hoste de Paris, Baste, si vous n'estiez cocus, les bons maris. Tout ordre est renversé, chacun a sa méthode. Le livre de nos gens s^intitule la Mode, Qui ne sera jamais de vieille impression.

D'autant qu'il renouvelle avec la passion, Fidelle correcteur, excellent caractère, Dont le styl anomal censure Despautere.

Les nobles aujourd'huy croissent en tous foyers. Le royaume de France est tout plein d'escuyers. Il en est voirement si plein qu'il en regorge. Chacun en a chez soy les soufflets et la forge. Nobles et roturiers, en dépit d'Amadis, Y sont desja confus ainsi qu'en paradis.

C'est à qui sera beau, c'est à qui sera brave : Ce pauvre courtisan a disné d'une rave.

Mais son ventre discret aide à couvrir le jeu. Est fait au badinage et ne se plaint du peu.

Il est bien plus subject au vouloir de son mestre Que ne fut Lazarille aux humeurs du bon prestre : Car cetui cy tachoit souvent à le tromper.

L'autre de bonne foy se couche sans soupper.

Sans mesurer son bien, sans pezer son mérite, Messire a pris un page, et n'a plus de marmite; A présent les faquins partagent les honneurs

Et les autoritez avec les grands seigneurs.

Je ne suis pas bien vieuXy et si fay souvenance Qu'un homme n'eut ozé faire le sot en France, Parler le barragouin, faire le quand à moy.

Qu'il n'eut ozé jurer plus haut que par sa foy. S'il n'eut eu pour le moins, en héritage ou rente, Par an six cent escus, ou cinq, que je n'en mente. Chacun a les couillons aussi gjros qu'un mortier; Tel semble estre Monsieur qui n'est que son portier; La pluspart des docteurs tiennent que l'homme à l'homme Est aussi ressemblant que la pomme à la pomme. Que le chien est au chien, le cheval au cheval; Et delà, de pardieu, procède tout le mal, Tout l'inconvénient : car c'est cette créance Qui des cœurs insolens bannit la révérence, Abolit le respect; aussi, dit un quidam.

Si nous sommes tretous enfans d'Eve et d'Adam^ D'Adam le premier homme et de son épouse Eve, Peut on pas soutenir que la noblesse rêve.

Puisque d'un mesme cep pendent mesmes raisins? Que diable sert cela? Nous sommes tous cousins ^ Il ne sçauroit gouster la raison des polices. Et ce testu ne veut jurer qu'en ses caprices. La sainte modestie on n'estime un bouton, La Cour fait ribouilles au Gnothi seauton.

Témoin celuy qui court à l'Hospital grand erre, Et ne chausse soulier qu'au point de Bassompierre,

Sans penser que les dieux n*onî point de corrivaus,

Qu'une selle ne peut servir à tous chevaus.

Chaque chose a son prix, sa force et sa portée;

La grenouille pourtant fut en vain exhortée

De ne plus contester avec le bœuf pesant,

Lay, deut il en crever, fera le suffisant;

Au frein de la raison il a la bouche forte.

D'autant qu'il ne veut pas que sa pie soit morte.

N'eut il en son buffet ny escus ny ducas,

Il s'estime toujours plus riche que Midas.

Tout le cours de sa vie est une mascarade,

Sain tout ce qui se peut quand il n'est point malade :

Il a son petit bien en ce train consommé,

Ce mince courtizan du tans mal informé.

Qui ne sçait ny mentir ny changer de visage.

Qui croit, estant en Cour, qu'il est dans son village.

Qui ne sçait comme il faut faire un remerciment.

Qui n'a jamais ouy parler de compliment.

Qui croit que c'est assez que tout le monde sçache

Qu'il est nai gentil homme avec un poil de vache.

Un grand nez demy rouge, un pourpoint de chamois :

Le vray échantillon du pais d^Ângoumois,

Laissons là ce malfait qui estime bestize

La gentille vertu qui se nomme accortize.

Cette bonté de mœurs, ceste facilité.

Qui se peut exercer avec sincérité.

Compagne du respect qui les amitiez lie,

Qui fait, selon mon sens, boire le vin sans lie,

Cest à dire hanter sans crainte du mépris,

Qui se coule aisément dans les communs esprits.

Que Von peut baptiser esprits à la douzaine,

Qui s'ombragent de tout pour n'estre tains en greine,

Ou pour n'estre pestris de fin or ou d'argent.

Mais d'un métal qui fait ignorer l'entregent,

Et abhorrer sur tout la noble courtoisie.

Qui est aux g/ens d'honneur plus douce qu'ambrosie,

Mieux sentant à l'esprit que musc et qu'ambre gris.

Qui ne consiste pas à succrer un souris,

A crier : « Serviteur, Serviteur », par la rue.

Au mois de febvrier demeurer teste nue.

Jusqu'à tant que le froid glace l'entendement,

Et puis au départir dire sommairement :

« Monsieur, je suis tout vostre, à vendre et à dépendre. »

Mais gare quand se vient et au fait et au prendre!

Si la bourse^ la bouche, et le cœur, et la main.

Les offres d'aujourd'huj n'exécutent demain.

Tant de bonadies et de cajollerie

Ne sont que trahisons, abus et tromperie,

Que des fausses couleurs, et, pour le faire court.

Que cela qu'on appelle eau beniste de Court.

Il n'est tel qu'en tout lieu prattiquer la franchise.

Vous qui vous cognoissez en cette marchandise.

Monsieur, et qui peut estre en avez débité.

Comme un vieux consultant, dites la vérité.

Phœbtts, qui en ces vers rit en poule laitie,

Ainsi que vous voyez, en dit sa râtelée;

Il se mesle de tout, c'est Jean de tous métiers;

Il dispute des vens avec les mariniers;

La satyre n'est rien qu'une grande sallade

Par laquelle il guérit tout le monde malade

De vanité, d'orgueil, d'amour, d'ambition.

D'avarice, d'envie, ou d'autre passion ;

En sorte qu'il la sçait composer, au lieu cTherbes,

Bon médecin qu'il est, de pronoms et de verbes.

Et de tout ce qui sert à faire une oraison;

Drogue tres-excellente à penser la raison.

Mais beaucoup plus encor^quand elle est prise en carmes^

Des faciles esprits les plus asseurez charmes.

Qui endorment les sens ^un sommeil gracieux.

Pendant que rinîellect revole dans les deux.

Et dépouille en chemin les notions passées,

Pour se garnir là haut de plus saines pensées;

Son idée il contemple, et sur elle, en effect,

Il cognoist aussi tost ce qu'il a d'imparfaict;

Il retranche, il adjouste, il f habille, il reforme;

Ceux qui voyent son corps s'imaginent qu'il dorme.

Voila donc le proffit que rapportent nos vers

A ceux qui n'ont l'esprit emmanché de travers.

Et qui n'estrivent pas la noble poésie

Quelque vil excrément de nostre fantaisie ;

Qu'en matière de vers, pour en cracher beaucoup.

Il6 LIVRE SECOND

// rCj a seulement qu'à toussir un bon coup; Qui ne se mocquent pas des rimeurs et des rimes; Chez qui poésie et fou ne sont pas sinonimes. L'ignorance a ses droicts, elle en peut donc user; Si elle juge mal, on la doit excuser.

Après qu'un homme a fait ce dont il est capable. Fusse de Turc à More, s'il t^est de rien coupable. Ainsi que les palais, les gousts sont differans; Des actions d'autruy nous ne sommes garans.

Bien qu'au plus haut degré loge vostre mérite, • Achille toutefois trouvera son Thersite.

Quoy que vous égaillez en courage les rois, Quoy que vostre vertu vous dispense des lois. Qu'elle vous aye aquis le nom de magnifique, L'envie, qui jamais ne ferme sa boutique, Et qui règne aussi bien entre les courtizans Comme entre les potiers et menus artizans, Essayera tous jours cC obscurcir vostre gloire; Mais c'est, comme Von dit, marchandise de foire. Es affaires du monde à cause des méchans.

Aucunefois les bons n'en sont pas bons marchans. La terre bien souvent fait eclypser la lune, La raison à son tour fait place à la fortune. Moy qui à la satyre accorde mon rebec, Et qui pour m'advancer employé vert et sec, Quel fruict ay je tiré de ma philosophie, Sinon d'avoir perdu ma peine et ma bougie.

SATYilE m 117

Qu'on me voit avant Faage avoir le poil grizon,

Que je me suis donné le logis pour prizon,

Affin de m'exercer en cet art qui m'occupe,

Me captive, m'abuse, enfin m'a pris pour dupe.

Après m' avoir quinze ans d'espérance repu,

M'a haussé plusieurs fois, mais la corde a rompu?

Tousjours quelque envieux mes poursuites arreste.

Et, comme un bon chrestien, se fait plus tost de feste.

Qu'il n'en soit à mon dam. J'ay beau m' estomaquer

Pour sçavoir le pourquoy, j'ay beau l'en attaquer :

Après m' avoir juré, desguisant la matière.

Que c'est un faux rapport, j'en ronge ma litière,

J'en demeure logé chez Guillot le Songeus.

Ce seroit un plaisir de garder les enjeus.

De tenir le bon bout au jeu de nostre vie.

Ou s'escriment ces trois. Vertu, Fortune, Envie,

Doncques, après avoir coté mon interest.

J'aime bien mieux laisser le moutier où il est

Que de plaider en vain contre les destinées.

Contre les volontez au mal trop obstinées.

Contre ce qui s'est fait du tans de Salomon,

Qui dans l'Ecclesiaste en bastit un sermon.

Où, pour blasmer nos pas, nos sueurs et nos peines.

Il conclud qu'icy bas toutes choses sont veines;

Mais, en un autre endroit, il me plaist quand il dit

Que tant plus l'homme sçait, tant plus il est dépit.

Qu'il n'a que son labeur pour toute recompense.

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// faut laisser courir les chiens par la depence;, Filer doux, et, tirant à la dernière fin, Pratticfuer la vertu, c'est jouer au plus fin.

A MONSIEUR

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