‹ Premières satires de DulorensChapitre 33 sur 40 · LAMIE · texte numérisé non relu

LAMIE

PUISQUE à faire nos vers, ainsi qu'au mariage, Nous éprouvons assez que tout sert en ménage. Que les petits sub]ects, par importun labeur. Sont ceux desquels enfin l'on tire plus d'honneur. Et, fut il question d'un ver ou d'une mouche, D'un festu, d'un fourmy, <ïun ciron qui accouche. Je vous enîretiendray, si vous avez loisir.

D'un conte, comme on dit, qui n'est fait à plaisir. Mais bien plus tost. Monsieur, d'une nouvelle histoire. L'homme que vous sçavez, l'autre jour, après boire. Voulut sçavoir de moy, tant il est indiscret, De qui j'avois appris quelque joly secret.

Et, pour m'y obliger, ce mignon de bouteille Répéta maintefois : « De grâce, à la pareille, Faites moy part de ce dont je suis désireux.

Amy, si ce secret ne meurt entre nous deux.

Si à qui que ce soit ma langue le publie.

Mais s'il passe mes dents, ou si je ne l'oublie.

Je puisse mille fois mourir en desespoir;

Battez-moy, tuez-moy^ vous en avez pouvoir. »

Les affaires d'auîruy sont la bonne viande^

Ce sont les mets exquis dont son ame est friande;

Il n'a, depuis qu'il vit, aucun secret celé ;

Soit d'autres, soit le sien, il a tout révélé :

C'est un decesvaisseaus tousjours pleins, tous jours vuides,

Dans lesquels sans cesser versoient les Danaïdes.

Tant plus il me pressoiî, ce maup taisant balourd,

De contenter ses vœux, et tant plus j'estois lourd :

Car, outre le devoir qui oblige à se taire.

Il eut sur mon récit fait un grand comentaire.

Il n'a que du babil, et point de jugement;

Vous diriez, à le voir, que c'est une jument

Qui durant le printans amoureuse soupire,

Tousjours le nez au vent pour humer le zephire.

Il est tousjours en queste et recueille tous bruicts,

Comme de belles fleurs, qui luy rendent les fruicts

Que je vous veux montrer. Ce seigneur de Bavieres,

Un jour, continuant ses gentilles manières,

Avoit dit à quelcun ce qu'il avoit voulu;

L'autre, de s'en vanger aussi tost résolu,

En prit l'occasion dedans une taverne :

Car c'est l'honneste lieu qui nostre homme gouverne.

a Au tans, fit il, qu'icy se voy oient corbeaus blans, Que le bussard de vin ne valloit que six blans, Que les bestes parloient, y eut une lamie,

Du repos des humains capitale ennemie, Aveugle dans sa case afin de n'y rien voir; Mais, quand il luy plaisoit, elle avoit le pouvoir De s'adapter deux yeux de ne sçay quelle sorte. Qu'un vieux sabot gardoit pendus à une porte. Elle alloit pénétrant jusques dans les foyers, Enqueroit, furetoit, mieux que douze voyers.

Après avoir tout veu ce qu'on faisoit au monde. Elle se retiroit dans sa caverne immonde.

Et, suivant sa coustume, ostoit ses deux grands yeux. Lassez de tant loucher, de son front curieux. Chez elle, où se faisoient cent mille villenies. Ordures, salletez, poisons, sorcelleries.

Elle ne voyoit gouste, et le soleil qui luit Ne pouvoit empêcher qu'il ne fit tousjours nuit. Ainsi nous renversons nature avec ses reigles. Pour voir les faits d'autruy nous avons des yeux d'aigles, A mordre, à censurer, à nuire diligens, A nos propres erreurs nous sommes indulgens.

Et nous avons juré de n'accuser nos vices.

D'excuser nos deffauts et blanchir nos malices. Pour sauver nostre honneur, celer nostre interest. Et ne faire en ce cas le loup plus grand qu'il est. Mais sur tout nous sçavons cacher un cocuage. Car, encor que le bruict soit commun au village Que nostre femme faict l'amour avec un tel, Plustost que faire voir qu'en ayons du martel,

SATYRE VIII 15s

Et qu'un humeur jaloux s'empare de nosîre ame, Nous aimons mieux céder à l'impudique flame.

Et comme des vieux cerfs porter cornes au front y Sans nous imaginer que ce soit un affront ; Flatter et caresser les habiles vicaires, Quand il nous apparoist qu'ils font bien nos affaires, Qu'ils vous ont estrené des doux fruicts de Venus y Leur dire à tous momens qu'ils sont les bien venus, Qu'il ne faut s'arrester aux sottes médisances. Pour leurs commoditez affecter des absences, Comme Anselme, qui fut à son dam curieux, Brouiller, négocier et traiter avec eux; Leur prêter, leur devoir, et leur faire querelle. Au bout de quatre jours se revoir de plus belle; Bref, par ces faux fuyans de la diversité.

Donner le change au bruit qui court dans la cité. Ainsi Jean qui ne peut sa douleur dissimule; Plus fantasque d'ailleurs qu'une fantasque mule, Il est en cest estât si très mortifié Qu'encor que maintefois on l'ait certifié Par lettres, par discours, et que luy mesme croye Qu'il est archicocu, c'est comme il croit que Troye Fut prise après dix ans avec ce grand cheval. Comme il croit les raisons du solstice estival. Un songe, un pronostic, une chose incognuë.

Le pauvret en ce cas veut avoir la berlue.

Il seroit mis au rang des plus sages humains.

Rien ne dépend de nous que nostre imaginer.

Et cesîe faculté de pouvoir opiner

Si nous devons fuir ou désirer les choses,

Qui nous convertira les espines en roses,

Si nous en usons bien : or, pour en bien user,

A ce qui n'est à nous il ne faut s'amuser,

Ou nous serons souvent frustrez de nostre attante.

De peu, comme l'on dit, nature se contante.

Le pié sera tousjours la forme du soulier,

Le couteau de la gayne, et le col du collier.

Le corps de la richesse est la reigle certaine.

Il n'a pas de besoin d'un si ample domaine

Pour appaiser sa faim et sa soif estancher;

Il n'a pas de besoin qu'on dore le plancher

Du toit qui le défend du froid et de l'orage.

L'homme peut icy bas jouer son personnage

Sans faire résistance aux loix de son destin.

Comme ce courtisan qui se levé matin

Pour estre des premiers au lever de son prince.

Qui le peut faire un jour gouverneur de province.

Qui le peut advancer aux charges et honneurs,

S'il recognoist qu'il soit de ses bons serviteurs,

Et qu'il n'ait autre object que sa bonne fortune.

Il court, il va, il vient, il suit, il importune;

Bref, il n'est plus à soy; ses pas et ses propos,

Ses raisons, ses desseins, ses repas, son repos,

N^ont plus ny lieu ny tans, son orloge est au Louvre.

Me donnast on des biens plus que le ciel n'en couvre,

Je ne pourrais jamais faire tout ce qu'il fait

Aussi le voyez-vous resveur, pasle et défait.

Représentant au vif l'image du caresme.

Se changeant à toute heure, il n'est jamais luy mesme;

Il est souple aux humeurs de quiconque a pouvoir

De luy faire faveur; il sçait bien le devoir.

Et selon les degrez il fait les rêver ances;

Il sçait d'un compliment toutes les circonstances ;

Plus tost mourir cent fois que d'y manquer d'un point.

Il vit de V advenir, l'ambition le points

Il tr amble de frayeur que ses longues poursuites

Par la rigueur du sort un jour ne soient destruites,

Qu^il devienne marquis ou comte, il ne m'en chaut.

Et je ne voudrais pas en tenir un fer chaut.

Le sage, au demourant, veut tousjours estre libre.. Il veut couler ses jours ainsi que fait le Tybre Ses eaux dedans son lict, sans jamais s'engager: Madame la grandeur en pourrait enrager.

Riche d'un grand courage, il n'est point à la gène; Il roule son tonneau avecque Diagene, Qu^ Alexandre le grand juge estre son pareil. Son train est plus reiglé que le cours du soleil, Il n'a pour tous moyens que l'espée et la cape. Quand tous les cardinaux le voudraient faire pape. Et tout le consistoire, il les prirait que non. Car il n'est curieux d'honneur ny de renom,

l6o LIVRE SECOND

Encor moins de thresors, de meubles, d'héritages; Ces choses, à son goust, ne sont que belles cages. Qui tiennent un esprit doucement arresté.

Tout son contentement gist en sa liberté.

Les vœux sont differans en ce monde où nous sommes. Jupiter, quand il pleut, ne plaist pas à tous hommes. Pierre, qui en ses meurs tient un peu du lapin, Tous jours clos et couvert, vit comme un fran taupin. Il boit, mange et se vest, il se levé, il se couche; Quand on parle d'escus, Veau en vient à la bouche De la plus part de nous, et luy n'en a soucy. J'estime son humeur qui le fait vivre ainsi, Encor que la raison tous ses pas ne conduise, Mais plustost le hazard, compagnon de bestise. L'esprit le plus souvent ne nous fait qu'affliger. Au lieu de nous remettre et de nous soulager, Cest un brouillon qui verse en nostre fantaisie L'avarice, l'orgueil, la froide jalousie; Il enfle nos poumons de sottes vanitez, Il pourrit nostre foye en ces cupiditez Qui s'advancent tousjours, et ne peuvent faire alte, Qui nous font cracher blanc comme cotton de Malthe, Des maistres furieux qui nous tiennent aux fers, Qui nous font oublier les peines des enfers.

Et le loyer promis aux âmes plus tranquilles Qui ont sceu mespriser les débauches des villes Et mettre soubs le pié les plaisirs de Venus,

SATYRE IX l6l

Les pompes de la cour et les grands revenus,

Quipourroiî secouer leurfiere seigneurie.

Pour suivre les conseils de la philosophie.

Qui, contente de soy, ne souhaite plus rien,

Dieu! qu'en peu de temps il acquerroit de bien.

Plus durable beaucoup, plus constant et solide

Que nos opinions, qui font mascher à vuide !

Car nous ne gousîons pas ce que nous possédons,

Tousjours béans après ce que nous attendons.

L'espoir du bien futur nous serre et nous esîrangle,

Nostre passion geind comme un asne qu'on sangle;

A nos propres despens nous faisons les subtils.

Jamais mauvais ouvrier ne trouva bons outils.

Cet esprit argumente en forme et en figure.

Il joué A boute hors avecque la nature.

Il a recours à l'art pour trancher du sçavant.

De son poinçon ne sort goûte de vin sans vont;

Il n'aime le repos, il recherche la peine.

Et les difficultez le tiennent en haleine.

Le monde n'auroit pas tant de crimes commis,

Dl* adultères, de vols, si luy estoient permis;

Il ne faut pas douter que la différence hausse

Le prix des voluptez, c'est leur meilleure saasse :

Le contraste nous plaist, et ce qui est amer

En la chasse d^ amour, c'est ce qui fait aimer.

Nous mesprisons les biens qui nous viennent^enHaste,

Nous sommes composez df une fascheuse poste.

l62 LIVRE SECOND

Pour moy, je me veux mal, et en suis tous les jours

A reformer mes pas, mes façons, mes discours.

Et l'entretien commun de nos gens me degouste.

Je voudrois à Noël estre à la Pentecouste.

Je me meurs de regret que je n'ay prattiqué

Les livres que j'ay leus, que je n'ay rebecqué

A la sottise, au mal; et d'ailleurs, quand je pense

Que l'on se fait haïr pour toute recompense.

Qu'un homme, quoy qu'il soit aux vices desbordé.

N'a rien tant à degoust qu'estre réprimandé.

Je m'en vai comme un loup la queue entre les jambes,

Et je coupe, discret, les pieds à mes ïambes.

Quand je voy que les bons sont icy le joiiet

Des riches insolens, et que je suisfloûet.

Que je suis marié, qu'il est bon que je suive

Le grand chemin des bœufs, qu'il faut que chacun vive,

Je me remets au train de ma vieille leçon,

Et, comme en sa coquille on voit un limaçon

Qui se paist de son suc à faute de rozée,

J'avalle ma colère ou la tourne en rizée.

Je retourne l'aigreur de mon style sur moy,

Je rumine ma vie, et me fasche de quoy

Je l'ay tousjours passée en si grande licence^

De demain à demain remis la pénitence.

J'enseigne mes enfans à vivre en bons chresiiens, Je leur di qu'il ne faut jetter son lart aux chiens. Qu'ils soient bons mesnagers et tout ensemble honnestes.

Qu'ils ne changent pourtant de poil selon les festes; Qu'ils soient, s'ils ontdequoy, tous les jours biencouvers, Puis qu'il est nécessaire en cet aage pervers, Qui regarde aux manteaux, qui nous taxe et nous prise Selon qu'ils sont doublez de velours ou de frize; Qu'ils soient tels en privé qu'ils sont devant les gens, Un peu plus que le feu qu'ils craignent les sergens, Et qu'ils croyent partant que devoir est un crime ; Qu'ils jouent à la paume, aux echets, à la prime, Si le cœur leur en dit, et jamais à trois dez; Qu'ils n'aillent aux putains avec ces débordez Qui n'y ont rien gaigné qu'une franche vérole : L'exemple des voisins est une bonne escole; Qu^ils ne soient paresseux en leur profession, Et qu'ils soient comme il faut piquez d'ambition, A ma fille je di qu'une fille trop veue, Tastée, cajolée, est moins chère tenue.

Je tasche à reparer mes manquemens en eus.

Vous qui estes parfaicts, je vous tien bien heureux; Si le bon heur habite ez consciences nettes, Moy je neferay pas rebrousser les planettes, Ny changer mon génie aux plaisirs attaché.

Aux banquets et aux ris; j'en suis assez fasché. Je n'ai veine, ny nerf, ny muscle, qui ne tire Sa vertu de ce feu qui donne la satyre; Si quelque vicieux m'en vouloit accuser.

Monsieur, à qui j'escri, m'en peut bien excuser:

Ma nature m'y porte, et luy en est la cause : Cest donc la passion qui V anime en sa cause. Qu'il jette son venin, ^est dequoy je me pais; Le proverbe m'apprend que baston porte paix.

J'ay dequoy rabrouer les importuns langages.

Et m'y emploieray comme un valet à gages.

Les cœurs, les mains, les pieds, soient au mal obstinez, Je leur donne gaigné si je saigne du nez.

Et si comme des cerfs mon styl ne les relance. Plus aigu mille fois que le fer d'une lance.

Sans doute j'en seray plustost las que foulé, Encor que Vhoste soit tousjours le plus souli, .Et c'est moy, de par Dieu,. qui met icy la nappe. Qui fourny de papier, et que ma plume drappe : Car^ de vray, j'en vau bien un autre prix pour prix, Etfust il, s' ay je peur, aussi fort qu'un chien gris.

Mais, si au tans qui court sa sagesse est merveille. J'en puis bien demander pardon à la pareille.

LES PEDANS A TABLE

MAIS conte moy, Monsieur, comment vous a traictez Celuy qui vous avoit hyer au soir invitez; Si son vin estoit bon, et si l'as agréable; Fai moy part quand et quand de vos propos de table, — // nous a bien traictez, nous estions neuf ou dix, Qui avions le canard, le levraud, la perdrix, Bon vin blanc et clairet, toute viande exquise, Becaces et faisans; au reste je fadvise.

Que j'eusse mieux aimé souper à ma maison Du petit ordinaire, et non point sans raison. Durant tout le souper on ne fit autre chose Que disputer, crier : l'un approuvoit la prose, L'autre les vers, chacun faisoit sa question, Les autres respondoient ; mais, par ambition, Nul ne vouloit céder; je gardois le silence, Encor qu'on m'attaquast; un, plein d'impatience. Me dit que je parlasse, et que je fisse voir Par quelque beau discours si j'avois du sçavoir :

l66 LIVRE SECOND

Au lieu de repartir, je fis une grimace

Qui monstra la cholere emprainte sur ma face;

Je fis ce que je peus affin de V obliger ,

S'il y avoit moyen, de plus ne m'afliger.

A tous interrogats je disois ouy et voire;

Bien que je n'eusse soif, je demandois à boire.

N'eut esté le respect du maistre du banquet,

J'avois le bras levé pour punir son caquet.

Mais quoy! l'on est blasmé quand on trouble la f este;

Ce diable de pédant croit qu'on est une beste

Quand on ne parle point au milieu du repas :

Car mesmes en beuvant il ne se taisoit pas.

Il mur mur oit encor ayant le nez au verre.

Entre tant de sçavans il y a tousjours guerre;

Ce ne sont la plus part que des esprits troublez

D'orgueil, d'ambition, de vanité comblez.

Qui se vont nourrissans de vent et de fumée.

Qui, au lieu de vertu, suivent la renommée;

Et, pour mieux l'acquérir, ces messieurs les sçavans

Sont désireux sur tout d'estre surpris resvans;

Criailleurs et testus, bref subjects à tous vices.

Ennemis conjurez des communs exercices.

Scrupuleux sans raison oà il ne le faut pas.

L'yvrongne devant eux n'ose faire un faux pas.

Le vulgaire les suit, les croit et les admire^

Sur lesfoibles esprits s'exerce leur empire.

Vous les recognoistrez assez facilement

A rhumur andoulllique et à l'habillement.

Ils ne chérissent rien, sinon leur propre verve ; Leur mère les conceut en despit de Minerve; Leur barbe est en désordre, aussi sont leurs cheveux. Et jamais les miroirs ne furent faicts pour eux. Ils seroient bien faschez d'avoir lavé leur bouche, D'avoir lavé leurs yeux au sortir de la couche; Qu'on ne les vit traisner et l'hyver et l'esté. En dépit de la Cour, un long manteau crotté.

Ils affectent si fort une façon maussade Qu'ils tiennent sur les rangs le propre Alcibiade, Et se rendent fauteurs du sale Depiton, Quifouloit à deux pieds les meubles de Platon; Roupieux, ténébreux, crasseux, ils font curée Des mots du Philosophe à la cuisse dorée; Cagotaille gottique, ennemis de tout bien.

Qui pensent tout sç avoir, et qui ne sçavent rien. Mais c'est une pitié comme ils drappent la mode. Et luy baillent souvent le foit sous la custode; Ne pouvans pas gouster que de l'honnesteté, D'effect comme de son, proche est la netteté. Cousins de l'Aretin, artisans d'impostures.

Ils ont, en fait de mœurs, inventé des postures ; Sages en apparence à l'esgal des Catons, & qui n'imitent pas l'exemple des moutons.

Qui font voir par leur laine, au tans de la tonture, h- Non parle beslement, leur bonne nourriture.

l68 LIVRE SECOND

Osiez moy ces Mseurs ijui n* aiment que le brukt; Us arbres plus feuillus portent le moins defruict; Et ces chiens importuns qui deçà de là raudent, A toui coups en deffaut, qui sans cesse clabaudent, Ne valent pas grand chose; aussi le bon veneur Les chasse incontinent, curieux de l'honneur. Que sert il d'avoir leu le Maistre d'Alexandrey Et se vanter par tout de le pouvoir entendre? Que profite sçavoir demesler le monceau Du subtil ChrisippuSy si l'on est tout nouveau, Tout froid et tout niais au point d'une bataille, Et si l'on n'ose aller défendre la muraille; Si l'on est blanc de peur et le courage faut, Quand il est question de soustenir l'assaut,^ Est ce pour le discours, ou si c'est pour l'usage Et pour les actions qu'il faut devenir sagei Est ce assez de sçavoir de ranger sur le doy Les branches des péchez, les raisons de la foy. De parler en dévot des cas de conscience Et des fruicts que produit la vraye pénitence. Concilier Thomas avecque Jean l'Escot, Et payer d'un sermon l'hoste de son escoti Est ce assez qu'au dehors le scandale tu fuyes, EsKe assez d'asseurer depuis les grandes pluyes Qu'on afaict aucun mal, et que le monde put, Qu'on fait tout ce qui est nécessaire à salut. Si ces braves discours ne sont pas véritables.

Si à nos actions ils sont trop dissemblables, Sans lesquelits on tient que nostre foy ne vitf Marmoter jour et nuict les Pseaumes de Davit, Des Pater, des Ave, sans mesure et sans nombre; Préférer au vray corps la vanité de l'ombre; Au lieu d'estre soigneux de conduire au compas De la droitte raison, à la vertu, nos pas, De taster, de tenter si nostre ame, confite En raisons et discours, par le dedans profite? Rien n'est si odieux qu'un babil triomphant.

Je fay, tu le sçais bien, instruire mon enfant; Mais je crain que son maistre, imbu du pedantisme. Ne luy verse en la teste un mauvais catéchisme; Qu'il ne luy recommande, estant en un festin. De lascher bien souvent des tripes de latin.

De tousjours ergoter, et, contre la commune.

Soutenir qu'on peut faire une cotte à la lune. Qui luy pourra servir en son rond et croissant, Mesmes en ce quartier qu'elle va renaissant; Qu'encor qu'on luy cedast, d'humeur contradictoire, Il ne reçoive pas sans combat la victoire; Qu'il n'aye jamais fait, qu'il recommence encor; En parlant vray pédant, qu'il pense dire d'or; Qu'il ne sente jamais que son jugement cloche. Qu'il gronde entre ses dens, comme fait une cloche. Qu'il relance ses gens pour se montrer disert. Qu'il se croye un S, Jean préchant dans le désert;

lyo LIVRE SECOND

Qu'il ne luy die encor que le vieux Pyiagore, Qui voulait qu'on se teut, esîoit une pécore; Qu'il n'est que de citer Bartole et Salicet, Que l'homme estoit un sot qui fit le Quos decet, Disant qu'à nos amis il faut estre facile; Qu'il tranche qu'en ce point il ne parle Evangile. L'astre de sa naissance, ennemy de mon bien, Plus tost en face un gueu qui ne possède rien, Un cruel bandolier qui coule ses années A garder quelque pas dans les monts Pyrénées, Un pauvre païsan vivant de son labour, Ou plus tost que jamais n'eut salué le jour.

Que la mort, à mes vœux sévèrement propice.

S'il doit estre importun, bien plus tost le ravisse : Elle deschargera le monde, en ce faisant.

Aussi bien comme moy, d'un fardeau tres-pesant.

A MONSIEUR

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