‹ Premières semailles. Préf. de M. l'abbe Camille RoyChapitre 13 sur 32 · UN BEAU GESTE · texte numérisé non relu

UN BEAU GESTE

A ma femme

À Bruxelles, il y a deux ans, dans les gradins de l’amphithéâtre situé sur la magnifique Place du Cinquantenaire, deux Canadiens assistent au Concours Agricole.

Les autos du Roi viennent de corner, la favfare jette les notes touchantes de la Brabançonne, et le majestueux Albert I va prendre place sur un trône élevé en face de l’arène.

Les chevaux primés défilent en rangs imposants. Les bêtes à cornes viennent après, dans un ordre aussi admirable.

Un coup de coude de mon compagnon, suivi d’une indication de son unique bras, dirige mes regards vers un endroit où se tenaient deux vaches de race flamande, aux mains de deux jeunes paysannes de même nom.

— Des jeunes filles si bieu mises n’accepte-

raient pas facilement cette situation, chez nous, dit mon ami, un rural à ses heures.

— Comme c’est édifiant, répliquai-je avec émotion. é

— D'autres pourraient dire que ce n’est pas convenable et, pour le moins, pas fashionable !

— Ils auraient tort. Pourquoi rougiraientelles, ces jeunes filles, de conduire des animaux qu’elles ont élevés avec tant de soin et qui forment leur unique richesse ?

— Tu veux peut-être dire, ajouta mon ami, qu'elles ont été à la peine et qu’il est juste qu'elles soient à l’honneur !

— C’est sûr...

Quand ce fut le tour de ces gentilles paysannes de passer devant le trône, le roi Albert les fit approcher et les félicita par une chaleureuse poignée de main.

Ce beau geste du roi des Belges, en faveur de la conversion de la femme à la terre, mérite d’être signalé.

Ce jour-là, j'ai connu uae paupière où perlait une larme de bonheur.

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