‹ Premières semailles. Préf. de M. l'abbe Camille RoyChapitre 14 sur 32 · PLUS J'Y SONGE · texte numérisé non relu

PLUS J'Y SONGE

Un beau jour de printemps. Le soleil filtrait la gaieté presque ironique de ses rayons à travers la fenêtre d’une chaumière assombrie par la tristesse.

— Philippe, écris-nous souvent, dit la maman en sanglotant.

— Ah! fit le grand-père grommelant, pourquoi ne pas rester avec nous plus longtemps ? Tu n’as que dix-huit ans, mon gars !

— Désires-tu autre chose, ajouta la sœurette en larmes ?

L’aïeule éternua sa plainte dans un mouchoir de priseuse. :

Une larme tenace est à l’assaut de la paupière de Philippe. Ce pauvre Philippe, pour se donner de la contenance au milieu de ce con£ert de tendresse émue :

— Ça va bien aller, maman, répliqua-t-il avec un sourire transparent d'émotion ; ne pleurez pas, je vais revenir riche, je serai le

plus gros parti du cantov, je serai faraud... Elle m’aimera davantage, n'est-ce pas ?... Il détourna la tête et se mit à siffler avec une joie factice qui ne prouvait que son ardeur à cacher son chagrin.

C'était ur jour de dimanche. Au matin,'la malle du jeune homme acheva de se combler de vêtements, dans un mutisme éloquent d'affection. Quelques chemises de flanelle du pays supportaient des bas du pays et d’autres pièces issues de la même tendresse maternelle. Une cravate plus savamment crochetée reposait dans un coin avec un portrait qui en indiquait l’origine. Hélas ! la pauvreté de ce boa Philippe l’éloignait de cette figure recherchée.

Philippe avait vu le jour au cinq sie rang sur la ferme de son père, qu’il n’avait jamais quittée depuis. Mais sa conviction que la terre rémuuère pzu les ouvriers qui la cultivent et son désir de s'établir rapidement l’avaient décidé à choisir ce pénible éloignement.

Le deuxième coup de la messe veaait de sonner.

— Les enfants, on va encore se faire disputer par monsieur le Curé ! dit la mère, d’un ton impulsif qui aurait pu mettre une armée en branle.

Le père bourre sa pipe avec une célérité

aussi gauche que peu habituelle, sous la menace carillonnante des créatures.

La voix du vieux clocher à l’extérieur n’est pas plus puissante que celle de la maman à l’intérieur. wi

Une messe de fête, un prône chargé, et un sermon hâtif en faveur d’une conférence agricol... vne conférence par des hommes compétents, MM. Bois et Pasquet.

A l'issue de la messe, tout le monde se porte eu foule. Philippe suit afin d’avoir plus de chance pour sa large distribution d’adieux.

Il suit la masse des intéressés et des curieux.

‘* Mesdames et messieurs, dit le conférencier, d’une voix assurée, la terre appartient à qui sait la prendre. Le sol paie celui qui sait le comprendre et bien l’exploiter, la terre est notre meilleure amie...

‘ La terre est une manufacture aussi avantageuse que les autres manufactures, pourvu que l’on veuille se donner la peine de suivre le progrès dans la production agricole comme dans les autres productions. Il y a cependant cette différence que la terra n’épuise ni la santé ni les qualités de l’âme, et qu'il h'y a jamais de ces chômages qui fout éprouver de si grandes déceptions dans les villes.

L'agriculture est une industrie comme les autres, qui demande beaucoup de connaissances quand on veut bien la développer. |

‘Ils se réservent de cuisants chagrins, les jeunes gens qui désertent le sol sans avoir

pratiqué tous les moyens d’utiliser sa productivité.

“ L'industrie laitière a sauvé la situation agricole dans la province de Québec, et elle donnera des résultats encore plus avantageux quaud on la pratiquera avec plus de soin, de connaissance et d'amour.”

: Une interpellation :

— “ Peut-on gagner de l’argent sur la terre en cultivant comme vous venez de nous dire ?

clama Philippe.

— “ Je vous réponds que oui, pourvu que vous vous donniez la peine de vous former un troupeau en élevant toujours les sujets des meilleurs reproducteurs, et ea donnant une nourriture convenable, peu dispeudieuse et bien appropriée.

‘“ Ce n’est pas seulement avec de la paille et du foin que vous arriverez à faire produire du laït à bon marché et en abondance.”

Le conférencier prouva d’une façon éloquente que sur une ferme de cent arpents, par exemple, on pouvait augmenter les bénéfices de 200 piastres par année en stimulant la production laitière et en diminuant le coût de la nourriture par la culture des légumes.

L'agronome qui suivit fut non moins démonstratif.

Page 1