CA C’EST MA MORT
Je l’ai bien connu, le “ Père Louison ”, un vétéran de la glèbe. Au matin, plus empressé que le soleil pour bonjourer les champs, il se faisait toujours précéder par l’ombre du soir, au foyer.
Il avait soixante ans, il était droit comme un piquet, mangeait comme deux et travaillait comme quatre. C'était un de ces rares cultivateurs qui avait découvert les secrets besoins du sol, de manière à lui faire produire beaucoup sans l’épuiser jamais.
Le Père Louison trouvait le bonheur dans la quiétude, la régularité et la liberté de son travail. A l’entendre, on aurait cru que plusieurs générations d’ancêtres vivaient avec
lui, tant il avait la mémoire du passé. Les
souvenirs des défunts ne sont jamais aussi vivaces que dans les champs qu'ils ont cultivés et qui portent les traces de leur noble ardeur.