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Pauvre Père Louison ! le tableau changeait d'aspect quand il voulait rapprocher le présent de l’avenir ; la perspective était bien sombre. Ce vieux remueur de sol n’avait pas de fils pour le remuer après lui. Et ses deux filles n’avaient pas des aspirations qui auraient pu favoriser les avances d’un ami de la terre, d’un habitant par conséquent ; et le père désespérait d’avoir un gendre agriculteur.
Pour ses deux héritières la terre était une antiquité sans intérêt ; le symbole trop évident, à leurs yeux, d’un passé obscur. Elles croyaient devoir se faire pardonner leur origine par le mépris de la profession qui les avait faites riches et instruites. La mèr>? se joignit à elles dans un concert de pitié en faveur de ce pauvre Père Louison que l’on considérait comme un revenant, un arriéré, un homme d’un autre siècle, incapable de participer à la vie moderne. 2 La convoitise des “ créatures ”” pour la vie des villes, leur souverain mépris de la vie rurale finirent par prendre des formes très hostiles aux idées et aux goûts du vieil agriculteur.
— Mon pauvre ami, tu as bien mérité de vivre à ta rente, fit la maman.
— Bien oui, papa, vint renchérir l’aînée ; tu peux faire le “ gros messieu ”.
— C’est pour notre avenir aussi, ajouta
l’autre avec un désir matrimonial bien prononcé, parce que les gros partis sont rares ici !
— Quitter la terre, ce serait ma mort, répondait invariablement le père.
— Vous allez vous habituer à ne pas travailler, ajoutèrent les filles passées maîtres en cet art.
Dans cette lutte de l’enracinement au sol contre le snobisme qui fait croire que la distinction et la grandeur sont simplement des fleurs de ville, le vieux devait être vaincu par le nombre des lutteurs et par la fréquence des attaques.
Quatre nouveaux déracinés, dont trois avec conviction, viarent s'établir dans une petite ville très voisine de la ferme. On croyait que le bonheur familial suivrait partout.
‘“ C’est ma mort, moi, que de ne rien faire”, répétait incessamment le père.
Une grave maladie de cœur fut vite contractée dans cet état d'inactivité forcée. L’estomac gardait une puissance mal secondée par le reste de l’organisme en repos.
Unsoir,sesentant mal à l’aise, le Père Louison, au sortir de l’église, voulut revoir encore ses champs abandonnés. Il s’y rendit à la faveur du soleil couchant. Accoudé à la solide clôture en cèdre de ses aïeux, il considérait ses vastes clos. Brusquement son cœur se sou-
PREMIÈRES A Fi
la mort prédite par le médecin. Sky “Ça, c'est ma mot”... et il expira et | En face des champs qui A longtemps VA vies"