DANS LES ‘ CONCESSIONS
— Où demeure Michel ? demande hâtivement notre conducteur.
— Dans les concessions, répond ux solide gars de St-Louis du Ha! Ha! avec moins de lenteur dans le geste indicateur que dans la voix.
La voiture tourne rapidement vers le sud, obéissant à l’indication du colon comme un navire obéit à sa boussole. Encore dix minutes et une route presque déserte, bordée de souches qui ont l’air parfois d’une armée rangée en bataille nous conduit chez Michel.
Quelques érables ornent une petite avenue qui ne manque pas de charme.
— Bonjour, Michel! et pendant que quatre enfants nous environnent sans timidité comme sans fanfaronnade, l'époux et l’épouse nous disent leur plaisir de nous voir.
Je vous présente Michel, c’est un vrai défricheur. Du colon il a non seulement l’intel-
ligence et les bras, mais il a surtout le cœur. Il aime la terre parce qu’il a conscience de sa noble mission sociale.
— Vous êtes un bon habitant, maintenant, Michel, avec cinq vaches, 60 arpents de terre ravis à la forêt, et des bâtiments spacieux. Depuis combien de temps êtes-vous sur cette ferme ?
— Depuis douze ans.
— Vous n’avez jamais eu trop de misère ?
— Si vous entendez par misère, la nécessité de se priver de manger, nous n’avons jamais connu cet état. Avant tout, nous avons tenu une bonne table, et vous voyez, fit notre colon, avec un geste circulaire en montrant ses marmots, vous voyez que pas un d'eux n’a souffert.
— En cela je suis bien de votre avis, ajouta un autre ami ; ça coûte loujours moins cher de se bien nourrir.
— Vous aviez un pêu d’argent quand vous êtes venu vous établir ici ?
— En tout j'avais pour une valeur d’au plus $350. J’ai payé ma terre un peu moins de cent piastres, et le reste a servi à me construire ce modeste logis qui maintenant nous sert de cuisine d’été.
— À combien estimez-vous votre propriété maintenant, dit toujours le même dont la curiosité était de plus en plus en éveil.
— J’hésiterais longtemps si l’on m'offrait
$3,500 pour tout ce que j'ai acquis jusqu’à ce jour par mou travail et celui de ma femme.
L’épouse, la colonne... de l’édifice familial, est la digne compagne de son digue époux.
Active, industrieuse et gaie, elle travaille du matin au soir sans se plaindre jamais, en ayant l’air heureuse toujours.
Perdus dans la forêt, à près d’un mille du premier voisin, rien n’a pu troubler leur paix et l’union des premiers jours.
Mon ami revient toujours à la question économique, après s'être tu pour entendre parler cette femme d’habitant, cette fermière modèle.
— Comme ça, Michel, vous avez accru votre bien de dix fois en dix ans. Je connais bien peu de gens qui en font autant ailleurs. On dira ensuite que la terre ne paie pas. Vous avez bien vécu, comme je vois, vous avez élevé vos enfants, vous les faites instruire 2t chaque année vous économisez plus de $300.
Trouvez un homme de métier, ou même un homme de profession, qui puisse faire beaucoup mieux !
Cet homme était heureux, à l’aise, il travaillait solidement à assurer un bou avenir à ses enfants, et à la patrie, uu élärgissement de culture.
Un conseil à toutes les âmes tristes de prendre contact avec celle de Michel !