AMOS
J’ai connu une âme de voyageur que la neïge de la semaine dernière avait assombrie.
Hélas ! si notre terre de Sainte-Anne disparaissait déjà sous son blanc manteau, qu’en serait-il des régions que l'imagination de certains voyageurs plaçait près du pôle ?...
Il faut vous dire que j'allais vers Amos pour la première Exposition Agricole dans le territoire de l’Abitibi... et mon désir d’explorer le sol était combattu par la neige.
Nous passons Portneuf, Gouin, Vermillon, et mon désespoir s'accroît avec l’épaississement de la couche de blancs cristaux...
Une main noire vient de dresser ma blanche couche, et mes cauchemars me transportent dans les bancs de neige embourbants d’Amos.
O douce réalité du réveil, le front d’argile grise de la terre d’Amos émergeait d’un léger
bandeau de neige que les rayons d’un soleil vainqueur dissipaient à vue d'œil.
Le lendemain, plus de mille visiteurs se pressent dans la vaste salle de l'Exposition.
Accouru de Ville-Marie, M. le député Simard fait l’aveu de sa foi récente en l’avenir de l’Abitibi. Il exalte la valeur des colons. M. le curé Dudomaine encourage son peuple.
C’est M. Authier, maire d’Amos, qui fait part au représentant du ministère de la reconnaissance des habitants de l’Abitibi envers le ministre Caron.
L’envoyé de Québec et M. Leclerc, agronome officiel, jugent les exhibits, donnent des enseignements et des conseils aux colons.
Ensuite ce fut le tour des exposants de nous faire connaître leur mode de culture.
Tous les produits présentés n’auraient pas déparé une grande exposition comme celle de Québec. D’énormes choux, de bons navets, de belles patates, de ravissantes tomates, faisaient, d'accord avec les solides céréales, l’éloge du sol et des habitants de l’Abitibi.
Les femmes, solides colonnes... étaient nombreuses et fières.
Mon sympathique ami, le curé Ménard assistait avec plusieurs de ses paroissiens.
Nobles pionniers de l’Abitibi, vaillants propagateurs de notre race et de notre foi sur ce territoire lointain, je vous ai vus, connus et aimés.