LE. PAIN D'HABITANT
A ma mère
Le bon “ pain d’habitant ”, le noble pain de ménage ! Dans mon enfance, il était blond, frais et rose, avec une saveur exquise, un parfait goût de terroir. Il était appétissant, le pain d’autrefois, solide comme ceux qu'il nourrissait, tendre comme le cœur de ma mère qui me l’offrait.
Il était fait du plus pur froment de nos champs dorés, il méritait son nom d’aliment complet, parce que la meunerie ne l’avait pas privé des précieux éléments minéraux placés dans le germe et sous l’enveloppe du blé. Le sang qu'il engendrait était plus généreux, et nous lui devons une bonne part de l’énergie de notre race.
Le pain d’habitant, le robuste pain de nos ancêtres est rare aujourd’hui. Les goûts dépravés de certaines gens lui ont substitué le pain blanc.
26 PREMIÈRES SEMAILLES Le ‘“ pain blanc ” au teint pâle et livide prend des airs de ville. Il a des teintes d’anémie comme celles qu’il apporte aux personnes qui s’en nourrissent exclusivement. On sacrifie à la couleur des principes nutritifs essentiels qui s’en vont parmi les déchets de la mouture. La partie la plus vivifiante du grain va aux coch... on pourrait dire !
C’est un défaut d'économie. C’est aussi une faute au point de vue alimentaire. A la campagne, la santé diminue, la dentition est de plus en plus défeclueuse, les constitutions sont moins robustes. Des savants affirment même que ce pain fait naître une certaine propension à l’alcoolisme. . .
Honneur donc au bon pain d’habitant, au bon pain de nos mères !
Beaucoup de nos pains blanes ont une couleur qui séduit, qui fascine et qui trompe. À leurs grards yeux étirés, je préfère les yeux sereins du pain d’habitant, du doux pair de chez-nous.
Le bon vieux temps, comme le bon vieux pain, fera notre race... toujours jeune.